LOGINJe respire profondément, mes poumons qui se vident, qui se remplissent, qui se vident à nouveau. La place du village est paisible, le soleil est doux, les cigales chantent, les enfants jouent près de la fontaine. Et pourtant, la mort rôde. Un tueur est là, caché dans les ruelles blanches, attendant son heure. — Qu'est-ce qu'on fait ? dis-je. — Rien. Pour l'instant, on ne fait rien. On ne change rien à nos habitudes. On continue de se promener, de se baigner, de vivre. S'il voit qu'on est sur nos gardes, il passera à l'action plus vite. Pour l'instant, il observe. Il repère les lieux, les horaires, les faiblesses. Il attend son moment. — Et nous, on attend quoi ? — Qu'il commette une erreur. Qu'il se découvre. Qu'il s'approche trop près. Kyriakos surveille la villa jour et nuit. C'est un ancien des forces spéciales hellènes, un homme de confiance de Matteo. Il a des armes cachées dans la villa, des capteurs dans le jar
Ce soir-là, on est descendus sur notre crique pour regarder le coucher du soleil. Le sable est encore chaud de la journée, la mer est un miroir embrasé, l'horizon est en feu. On a apporté une couverture, une bouteille de vin blanc, des olives, du fromage de chèvre, du pain pita tiède que Kyriakos a cuit le matin même. On mange en silence, allongés sur le sable, les pieds dans l'eau qui monte doucement avec la marée. Puis Dante se tourne vers moi, son regard changé, assombri par le désir, illuminé par le couchant. Sans un mot, il me prend la main, m'aide à me lever, défait ma robe d'été, la laisse tomber sur le sable. Je suis nue, face à la mer, face au soleil qui meurt, ma peau dorée par le hâle, salée par les embruns. — Tourne-toi, murmure-t-il. J'obéis. Je fais face à la mer, le vent dans mes cheveux, l'eau qui caresse mes chevilles. Je l'entends défaire son pantalon derrière moi, le bruit du tissu qu'on froisse, le cliquetis de s
Il rit, m'attire contre lui, m'embrasse, un baiser profond, salé par les embruns, sucré par le soleil. L'horizon ondule dans la brume de chaleur, la mer scintille comme une plaque d'argent martelé, les cigales crissent dans la garrigue. La vie est parfaite. La vie est exactement ce qu'elle devrait être, pour la première fois. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? dis-je. — On ne fait rien. On se baigne. On mange. On boit du vin. On regarde le soleil se coucher. Et cette nuit... — Cette nuit ? — Cette nuit, je te fais l'amour sous les étoiles, avec la mer pour seule musique. — Programme alléchant. — Programme de lune de miel. Rien que de très classique. On éclate de rire, un rire léger, enfantin, qui se perd dans le vent. Le soleil est haut, la mer est calme, l'île est déserte. Le paradis existe. Nous l'avons trouvé. Anouk
Anouk L'hydravion tangue doucement sur les eaux turquoise de la caldeira, ses flotteurs fendant la surface ridée par le vent du large. Le pilote, un Grec buriné par le soleil, moustache blanche et casquette de capitaine, coupe le moteur. Le silence qui suit est presque surnaturel, troublé seulement par le clapotis des vagues contre la coque, le cri lointain des goélands, le sifflement du vent dans les câbles. Devant nous, l'île émerge de la mer comme un miracle géologique. Des falaises de pierre volcanique plongent à pic dans des eaux d'un bleu si intense qu'elles en paraissent peintes, un dégradé de turquoise, de cobalt, d'indigo qui se fond dans l'horizon brumeux. Les maisons blanc éclatant s'accrochent aux pentes abruptes, cubes immaculés coiffés de dômes bleus, éparpillés comme des morceaux de sucre sur un gâteau. Des bougainvilliers en cascades pourpres et fuchsia débordent des murets de pierre sèche, des figuiers de Barbarie tenden
Il m'embrasse, un baiser lent, paresseux, qui goûte le sommeil, le champagne de la veille, la fraise et le chocolat. Un baiser qui ne demande rien, qui ne promet rien, qui dit juste je suis là, tu es là, c'est tout ce qui compte. Ses doigts caressent mon dos, remontent le long de ma colonne vertébrale, s'arrêtent sur ma nuque, jouent avec mes cheveux emmêlés. — On devrait se lever, dis-je sans bouger. — Pourquoi ? — Parce que c'est le matin. Parce qu'il y a une vie dehors. Parce que... — Non. — Non ? — On ne se lève pas. On ne fait rien. On ne va nulle part. La règle, c'est que le lendemain de noces, on reste au lit toute la matinée. Toute la journée, si possible. — C'est une règle officielle ? — C'est la règle Moretti. Je viens de l'inventer. — Et si j'ai faim ? —
Anouk Le soleil me réveille, un soleil doux, filtré par les rideaux de lin qui dansent sous la brise matinale. Les oiseaux chantent dans les cyprès, un concert de mésanges et de pinsons, de tourterelles et de rouges-gorges. Quelque part, dans la garrigue, un coq lance son cri rauque, déchirant le silence de l'aube provençale. La chambre est baignée d'une lumière dorée, poussiéreuse, qui donne aux murs de pierre une teinte de miel, qui fait briller les bougies consumées, le champagne éventé dans le seau d'argent, les pétales de rose flétris éparpillés sur le sol et sur le lit. Je suis nue, emmêlée dans les draps de lin blanc, les membres lourds, le corps repu, l'âme en paix. Chaque muscle, chaque articulation, chaque parcelle de ma peau se souvient de la nuit dernière. La lenteur sacrée, les baisers, les promesses murmurées dans le noir. Pour toujours. Pour toujours. Les mots résonnent encore dans ma tête comme un écho, comme le tintement
DanteChaque pensée est une trahison flagrante de ma propre discipline. De l’homme que je suis censé être. Et pourtant, je les cultive. Je les nourris. Je les laisse grandir comme des lianes vénéneuses dans les ruines de mon self-control. Je suis le jardinier de ma propre perdition.Je l’imagine co
DanteLa nuit est devenue un ennemi.Je reste debout, près de la fenêtre de mon bureau. L’alcool dans mon verre est immobile. Je ne bois pas. Je regarde le jardin noyé d’ombre, une toile vide, mais je ne vois qu’une image, imprimée au fer rouge derrière mes paupières. Une image qui a effacé toutes
DanteLe « Galion » respire l’opulence sourde. Un club « privé » où les étiquettes de champagne dépassent les cinq chiffres et où les sourires sont aussi ciselés que les verres en cristal. Des murs de velours bordeaux, des lustres en bronze doré qui ne diffusent qu’une lueur complice, un parquet ci
DanteLa porte claque derrière moi. Le son, net et sec, est celui d’un point final. Ou d’un point de rupture. Probablement les deux, avec ma chance.Je reste planté dans le couloir désert, un peu comme un idiot, les poings serrés, la mâchoire crispée. L’air que je viens de quitter était tellement s







