로그인Anouk
Je ne suis pas allée chez Dante, finalement.
Je suis allée chez Leo.
Parce que sur le chemin, j'ai croisé son regard. Il était assis sur un banc, près du Vieux-Port, à regarder la mer. Seul. Perdu. Brisé.
— Leo ? ai-je dit.
Il a levé la tête. Ses yeux étaient rouges, gonflés, comme s'il avait pleuré. Leo ne pleure jamais.
— Anouk, a-t-il
DanteL'appartement est vide. Poussiéreux. Silencieux.Le silence pèse. C'est un silence lourd, épais, presque solide. Un silence qui a entendu des choses. Des pleurs, des coups, des mensonges.Castellano est passé par là. Je le sens. Je sens son odeur. Sa peur. Sa folie. Un mélange de sueur froide, de tabac bon marché et de sang. Une odeur de bête traquée. Une odeur de mort.— Qu'est-ce qu'on a ? demandé-je à Leo.— Pas grand-chose. Des empreintes. Des cheveux. Rien d'exploitable pour l'instant.Il est accroupi par terre, près d'une chaise cassée. Il relève la tête, ses yeux sont rouges. Il n'a pas dormi non plus. Personne n'a dormi.— Il a laissé des traces volontairement.— Pourquoi ?— Pour qu'on le suive. Pour qu'on tombe dans son piège.Je marche dan
On entre.L'immeuble sent le moisi, l'urine, la mort. Les murs sont tagués, les ampoules grillées, l'escalier branlant. Mes pas résonnent sur les marches. Chaque bruit est un souvenir. Chaque odeur est une douleur.Mon enfance défile à chaque marche. La porte du deuxième étage. C'est là qu'on vivait. C'est là que je jouais avec mes poupées. C'est là que ma mère criait. C'est là que mon père frappait. Le bruit des coups. Le bruit des pleurs. Le bruit du silence après.— Il est au troisième, dit Marc. Dans l'appartement vide au-dessus du vôtre.— Pourquoi il est venu ici ?— Parce que c'est là que tout a commencé. Parce qu'il veut finir là où ta mère est morte.— Il ne sait pas qu'elle est vivante ?— Non. Personne ne le sait. Sauf moi. Sauf t
AnoukLa voiture roule trop vite. Marc conduit d'une main, l'autre dans son écharpe, les yeux fixés sur la route. Je ne sais pas où on va. Je ne sais pas ce qu'on va trouver. Je ne sais plus rien.Le paysage défile derrière la vitre. Les immeubles des quartiers nord, les tags sur les murs, les grilles aux fenêtres. Je connais ces rues. Je les ai fuies il y a quinze ans, et les voilà qui reviennent, qui m'engloutissent, qui me rappellent que je n'ai jamais vraiment quitté cet endroit.— Explique-moi, dis-je. Maintenant.Ma voix est calme. Trop calme. Celle qu'on a quand on est au bord du gouffre et qu'on essaie de ne pas tomber.— Ta mère, commence Marc. Elle n'est pas morte cette nuit-là.Ses doigts blanchissent sur le volant. Il évite mon regard. Il regarde la route comme si sa vie en dépendait.— J'ai vu son corps, dis-
Il se lève. Il s'habille. Il met son costume noir, ses chaussures, sa ceinture.— Qu'est-ce que tu fais ? demandé-je.— Je vais le trouver. Avant qu'il ne te trouve.— Je viens avec toi.— Non.— Dante…— Non, Anouk. Cette fois, c'est non. Tu restes ici. Tu fermes la porte à clé. Tu n'ouvres à personne. Pas à moi. Pas à Marc. Pas au commandant. Personne.— Pourquoi ?— Parce que Castellano est dangereux. Parce qu'il n'a plus rien à perdre. Parce que si tu sors, tu meurs.— Et toi ?— Moi, je ne mourrai pas.— Tu ne peux pas le promettre.Il s'approche de moi. Il pose ses mains sur mes joues. Il m'embrasse. Un baiser long, profond, désespéré.— Je te promets que je reviendrai, dit-il.— Tu mens.— Je n
Il ne répond pas. Il ferme les yeux.— Dors, dis-je. Je veille.— Tu veilleras toujours ?— Toujours.Il s'endort. Je reste éveillée, à regarder la pluie, à penser à ses mots.Je me demande si j'ai encore une âme.Il en a une. Je la vois. Elle est cabossée, abîmée, marquée. Mais elle est là.Et je l'aime.AnoukLe cimetière est en haut d'une colline, au-dessus de Marseille. De là-haut, on voit toute la ville, la mer, les îles. Le ciel est gris, la terre est mouillée, les cyprès se balancent doucement.Je n'y suis jamais venue. Je n'ai jamais osé. Mais aujourd'hui, c'est le jour.— Tu veux que je t'accompagne ? demande Dante.— Non. Je dois y aller seule.— Je t'attends à la voiture.— Merci
Il vient.Je jouis en silence, la bouche ouverte, les mains dans ses cheveux.Il ne s'arrête pas. Il continue. Plus doux. Plus lent. Il me fait grimper à nouveau, plus haut, plus fort.Le deuxième orgasme me fracasse. Mon corps se cabre, mes jambes tremblent, mes doigts s'enfoncent dans ses épaules.Il remonte. Il s'allonge à côté de moi. Il passe son bras autour de ma taille.— Ça va ? demande-t-il.— Je ne peux plus bouger.— C'est le but.— Tu es content de toi ?— Très content.Il m'embrasse. Je goûte ma propre chair sur ses lèvres.— Dors, murmure-t-il. Je veille.— Tu veilleras toujours ?— Toujours.Je ferme les yeux. La pluie tombe. Le tonnerre gronde au loin. Mais je n'ai plus peur.Je suis dans ses bras.Je suis en sécurit
AnoukJe suis toujours assise par terre, le dos contre la porte de ma chambre. La sensation du bois froid à travers la fine soie de ma robe me ramène peu à peu à la réalité. À la réalité de cet endroit. À la réalité de lui.Son rire résonne encore dans mes oreilles. Pas un rire moqueur. Un rire de
DanteLa porte blindée de l’ascenseur privé se referme dans un silence feutré. L’air conditionné murmure. Je m’adosse à la paroi de cuir, fermant les yeux. Mais ce n’est pas le froid du métal que je sens contre ma peau. C’est le regard d’Anouk.Brûlant. Terrifié. Fasciné.« Mon Dieu. Comme il est…
AnoukLa porte de la suite se referme derrière moi avec un clic définitif, trop doux pour un verrou de prison. Le silence est immédiat, épais, écrasant. Tout le luxe environnant – les marbres, les soieries, les fleurs fraîches renouvelées en mon absence – se fige en un décor parfait et mort.Mon co
AnoukNous passons à une sculpture, un bronze tourmenté. Il me parle technique, fonte à la cire perdue, patine. Sa connaissance est encyclopédique, sa passion, palpable. Cet homme-là n’est pas un faux. Il aime cela. C’est réel. Cela rend le reste , le danger que je sens en lui, l’ambiguïté de ses g







