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Chapitre 6 : Objet du désir 1

Autor: Déesse
last update Última atualização: 2025-12-02 21:07:42

Dante

L’odeur de son thé renversé imprègne encore l’air, même si l’appartement sent désormais le citron aseptisé. Elle est là, de l’autre côté de la porte que j’ai verrouillée. Endormie. Contenue.

Je ne me sers pas de verre. Je me verse un doigt de whisky, un Lagavulin d’un âge vénérable, dans un cristal taillé à froid. L’alcool brûle une trajectoire propre jusqu’à mon estomac. La logique est rétablie. Le protocole, engagé.

Pourtant.

Je regarde mes mains. Elles viennent de laver sa vaisselle, rangé ses papiers, touché ses objets intimes. Ses tasses fêlées, ses vêtements empilés sur une chaise, ce manuscrit aux phrases alambiquées. Une répulsion physique m’avait saisi devant le désordre. Mais autre chose, aussi. Une curiosité irritée, comme devant un mécanisme complexe et cassé qu’on aurait envie de réparer juste pour prouver qu’on le peut.

Elle est un désastre ambulant. Financier, émotionnel, logistique. Ses tentatives de crime sont d’une naïveté pathétique. Elle devrait être une variable à éliminer, une erreur de parcours réglée discrètement et définitivement.

Mais elle a dit : « C’était pour l’art. »

Personne ne m’a jamais dit ça. La peur, l’avidité, la vengeance, la stupidité, oui. Jamais l’art. C’est un motif irrationnel. Imprévisible. Comme elle.

Et lorsqu’elle a renversé ce thé… la fureur qui m’a traversé n’était pas seulement due à la souillure du tissu, à la rupture du protocole. C’était face à cette preuve vivante, palpable, de son chaos inhérent. Un chaos que je ne pouvais pas contrôler par la menace ou la raison. Un chaos qui, bizarrement, m’attire.

Je termine mon whisky. Le goût de tourbe et de fumée est une vieille connaissance, fiable.

Je n’éprouve pas de désir. Le désir est un désordre hormonal, un égarement des sens. Ce que je ressens pour Anouk Durand est plus proche de la propriété. Elle s’est introduite dans mon existence avec la délicatesse d’un ouragan dans une bibliothèque. Maintenant qu’elle y est, elle m’appartient. Sa terreur, sa créativité brouillonne, son regard qui oscille entre l’horreur et une fascination coupable… tout cela est à moi. Je vais le modeler, l’organiser, en extraire quelque chose. Une œuvre. Son roman, peut-être. Ou autre chose.

Je l’aurai. Pas maintenant. Maintenant, il y a du travail.

Mon téléphone, posé à angle droit sur le bureau, vibre une fois. Un message crypté. La réunion avec les fournisseurs d’Anvers est confirmée pour minuit sur les docks. Des détails logistiques à finaliser, des preuves de livraison à examiner, une trahison potentielle à écarter.

Je me lève, j’enfile une veste plus sombre, adaptée à l’ombre et à l’humidité des quais. Je vérifie le chargeur du pistolet à aiguilles, le vaporisateur au chloroforme raffiné, le couteau plat le long de ma colonne vertébrale. Chaque objet a sa poche désignée, son utilité prévue.

Je passe devant la porte de la chambre où elle dort. Je m’arrête une seconde. Je l’imagine, endormie dans les draps propres, ses cheveux probablement en désordre sur l’oreiller. Une nuisance. Mon projet.

Je sors, verrouillant derrière moi. L’appartement est une forteresse silencieuse, blanche, et elle en est désormais le seul élément désorganisé. Et donc, le plus précieux.

Anouk

Le réveil est lent, visqueux. La tête me lance, et un goût amer persiste au fond de ma gorge. Le chloroforme, sans doute. Je garde les yeux fermés un long moment, écoutant le silence. Un silence si épais, si propre, qu’il en est oppressant.

Je finis par ouvrir les yeux. Le plafond blanc me contemple, impassible. Je suis dans le lit moelleux, dans la chambre stérile. Ce n’était pas un cauchemar.

Je m’assois, les membres lourds. Sur la chaise, près de la commode, des vêtements ont été déposés. Un pantalon en lin beige, parfaitement repassé. Un chemisier en soie ivoire. Des sous-vêtements simples en coton. Rien de moi. Tout sent le neuf et le… neutre.

Une colère sourde commence à gronder sous la peur. Il m’a déplacée. Il m’a changée. Il veut contrôler jusqu’à la fibre de mes vêtements.

Je me lève, je vais à la fenêtre. Je tente de glisser un doigt entre les lames du store vénitien. Elles ne bougent pas d’un millimètre. Verrouillées aussi. Je regarde le jardin intérieur, parfait, symétrique, mort. Une prison magnifique.

Mon estomac crie famine. Il est… quelle heure est-il ? Je n’ai plus mon téléphone. Je n’ai rien.

Je me dirige vers la porte de la chambre. A ma surprise, elle s’ouvre. Le couloir blanc et vide s’étend devant moi. L’appartement semble désert.

— Dante ?

Ma voix résonne, faible, avalée par les murs nus. Pas de réponse.

Un mélange de soulagement et d’anxiété plus aiguë m’envahit. Il n’est pas là. Je suis seule dans sa cage. Mais pour combien de temps ?

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