เข้าสู่ระบบLa robe glisse sur ma peau comme de l'eau, épouse mes formes sans les contraindre, souligne ma taille, caresse mes hanches, effleure mes chevilles. Le tissu est léger, aérien, presque impalpable. Je me regarde dans le miroir, et pour la première fois de la journée, je me reconnais. Je vois Anouk. Pas un mannequin, pas une princesse, pas une étrangère. Anouk. La femme qui a survécu, la femme qui a aimé, la femme qui va épouser Dante. Je tire le rideau. Je sors de la cabine. Clara pose son verre, se lève, porte sa main à sa bouche. Ses yeux s'embuent, ses lèvres tremblent. Sofia elle-même arrête de boire son café, pose la tasse, me regarde avec une intensité nouvelle. — C'est celle-là, murmure Clara. C'est elle. C'est toi. — Sì, dit Rosalia en hochant la tête gravement. Questa è lei. C'est vous. Je me tourne vers le grand miroir, je me contemple. Je ne pleure pas, mais mes yeux brillent. La robe est parfa
Il m'embrasse. Un baiser lent, tendre, qui goûte le thé au citron, la pluie sur les vitres, les mots qu'on vient d'échanger. Ses mains glissent sous mon pull, caressent ma peau nue, mes côtes, mon dos. Je frissonne. — Alors, dit-il en détachant ses lèvres des miennes, par quoi on commence ? — Par le lieu. Il faut trouver un lieu. — J'ai une idée. — Déjà ? — Depuis longtemps. Une propriété dans l'arrière-pays, un mas du dix-huitième siècle, perché sur une colline, entouré de vignes et de cyprès. Tu connais déjà. On y était invités il y a quelques mois. Leo et Clara s'y sont mariés. — Le mas de Clara et Leo ? — Le même. Le propriétaire est un ami de Matteo. Il nous le louera pour une bouchée de pain. Et puis... ça aurait une signification. — Laquelle ? — Continuer ce qu'ils ont commencé. L'amour dans ce clan. La vie après la mort. La lumière
Anouk La pluie tambourine contre les vitres du salon, un staccato irrégulier, presque musical. Le mistral s'est levé dans la nuit, charriant des nuages noirs depuis le golfe du Lion, et maintenant Marseille grelotte sous une averse glacée de mars. Les gouttes frappent les carreaux comme des doigts impatients. Le ciel est bas, lourd, uniformément gris. La lumière est pauvre, une lumière d'aquarium, qui brouille les contours des meubles et noie le salon dans une pénombre bleutée. Je suis assise en tailleur sur le canapé, une tasse de thé brûlant coincée entre les paumes, les jambes repliées sous un plaid en laine des Abruzzes que ma mère m'a tricoté l'hiver dernier. Dante est affalé dans le fauteuil en cuir en face de moi, ses pieds nus posés sur la table basse, une pile de magazines de mariage entre nous. Des brochures luxueuses, glacées, pleines de femmes en robes blanches et de tables décorées de fleurs exotiques. Je les ai achetées ce matin chez le libraire du Vieux-Port, fébr
Clara bondit de sa chaise, les mains sur la bouche, même si elle est déjà au courant, même si elle a vu l'anneau, même si elle savait. Marc reste figé, ses sourcils qui montent, sa fourchette qui tombe sur la nappe avec un bruit sourd. Matteo éclate de rire, un rire tonitruant qui fait trembler les verres, et il tape du poing sur la table en criant Enfin ! dans un italien rugueux. Sofia sourit, un vrai sourire, le premier que je lui vois depuis des années, un sourire qui transforme son visage, qui le rend presque doux. Tout le monde applaudit, des cris de félicitations fusent de toutes parts, les serveurs eux-mêmes s'arrêtent pour regarder la scène. Marc se lève, contourne la table, s'approche de Dante. Il le regarde longuement, un regard intense, scrutateur. Puis il le prend dans ses bras, une accolade brusque, virile, qui claque. — T'as mis le temps, dit-il, la voix enrouée. — Je sais. — Si tu lui fais du mal, je te tue. — Je sais aussi. — Je suis sérieux. — Moi aussi. Marc
Anouk Le restaurant est perché sur la corniche, une terrasse suspendue entre ciel et mer, protégée du mistral par des baies vitrées et des oliviers centenaires en pot. Les tables sont nappées de blanc, les couverts brillent sous les suspensions en cuivre martelé, les verres à pied étincellent comme des diamants. La Méditerranée s'étale en contrebas, immense plaque d'ardoise bleue piquetée d'or par le soleil de midi. Les îles du Frioul flottent à l'horizon, floues dans la brume de chaleur. Un voilier blanc tire des bords, sa voile gonflée par le vent du large. J'ai les mains moites. Je les essuie sur ma robe pour la troisième fois depuis qu'on s'est assis. Une robe bleu nuit, toute simple, que Dante m'a offerte la semaine dernière sans raison apparente. Maintenant je comprends pourquoi. Il savait. Il préparait ce déjeuner depuis des jours, dans le dos de tout le monde, avec la minutie d'un stratège militaire. Il a réservé la meilleure table, celle au fond, à l'écart, protégée par
Je bouge. Je donne le rythme. Un rythme lent, profond, implacable. Mes cuisses claquent contre ses hanches, mes mains s'agrippent à ses épaules, mes ongles s'enfoncent dans sa peau, y laissent des marques en demi-lune. Il se laisse faire, le dos plaqué contre le marbre froid du plan de travail, les doigts crispés sur le rebord, les yeux mi-clos mais rivés aux miens. Il me regarde comme on regarde une apparition surnaturelle, comme on regarde un miracle qui se déroule en temps réel. Comme si j'étais la Vierge descendue du retable d'une église baroque pour le sauver de ses damnations. — Je t'aime, dit-il. — Moi aussi. — Plus fort. — Plus vite. Il rit, un rire bref, secoué, qui se transforme en gémissement quand j'accélère le rythme, quand je serre mes muscles autour de lui, quand je le chevauche avec une exubérance presque violente. Le café refroidit dans les tasses, une peau brune se forme à la surf
AnoukLe jour entre dans la suite par les baies vitrées, froid et clair. Paris s’étale, net et indifférent, trente étages plus bas. Je suis debout depuis longtemps. Je me suis habillée avec un soin méticuleux : un pantalon de tailleur noir, un chemisier de soie ivoire, des escarpins sobres. Une arm
AnoukLa suite est trop silencieuse. Le luxe est un étouffoir. Mes oreilles bourdonnent encore du fracas de ma propre respiration dans le couloir, du silence assourdissant après la claquement de sa porte.Je marche jusqu’au grand bureau, pose mes mains à plat sur le bois verni. Elles tremblent. Je
Dante L’air conditionné, le parfum discret des fleurs fraîches, le cuir neuf des fauteuils. Un désert de luxe après l’oasis brûlante qu’elle avait été, ne serait-ce qu’un instant, dans mes bras.J’ai claqué la porte derrière moi, un geste inutile dans cet espace insonorisé. La ville lumière étale s
AnoukLa porte de la suite s’est refermée.Le son était sourd, étouffé par le luxe feutré du palace, mais il a retenti dans ma poitrine comme un coup de gong. Je reste debout au milieu du salon immense, les bras enlacés autour de moi, à trembler. Les lumières de la ville inconnue scintillent, cruel







