ANMELDENChapitre 59
Gabriel
Dix-huit heures. Le rapport de l'expert arrive par mail, et je l'ouvre avec des mains qui tremblent.
Je lis. Je relis. Je reste figé.
La signature est un faux. Un faux grossier. La boucle du « M » ne correspond pas. Le paraphe est mal imité. Le document a été fabriqué de toutes pièces.
Je blêmis. Mon sang se gl
Chapitre 66ÉliseLa pluie redouble.Je suis debout sous le porche, trempée, épuisée, brisée. Gabriel est devant moi, à quelques mètres, immobile, silencieux. Il attend. Il attend que je parle. Il attend que je décide. Il attend que je reste ou que je parte.Je le regarde. Longuement. Je vois un homme brisé. Un homme qui a découvert l'amour trop tard. Un homme qui a passé sa vie à se protéger, à se cacher, à se mentir. Un homme qui vient de tout avouer, de tout confesser, de tout donner. Un homme qui a enfin parlé.Mais je vois aussi une femme brisée. Une femme qui a trop donné. Une femme qui a attendu pendant sept ans. Une femme qui a souffert pendant cinq ans. Une femme qui a aimé, qui a espéré, qui a cru. Une femme qui vient d'&ecir
Chapitre 65GabrielElle est là, devant moi, trempée, épuisée, brisée. Sa robe rouge colle à sa peau, ses cheveux ruissellent, ses pieds nus sont couverts de boue. Elle me regarde avec des yeux qui ne sont plus gris mais noirs, des yeux de tempête, des yeux de noyée.Et moi, je sais que c'est mon dernier moment. Le dernier moment pour lui dire. Le dernier moment pour qu'elle comprenne.Alors je parle.– Mon père m'a convoqué dans son bureau trois semaines avant sa mort. Il était assis derrière son bureau, un dossier posé devant lui. Il m'a dit : « Gabriel, tu vas épouser Maëlle Moreau. C'est nécessaire. » Pas une question. Pas une demande. Un ordre. J'avais trente ans, et j'ai obéi comme j'avais toujours obéi. Parce que j'étais son fi
Chapitre 64ÉliseJe fuis.Je quitte le palais en courant, mes talons à la main, mes pieds nus sur le gravier glacé du parc. La pluie tombe en torrents, une pluie d’orage qui détrempe ma robe rouge, qui colle mes cheveux à mon visage, qui noie mes larmes sous des trombes d’eau. Je ne sais pas où je vais. Je sais seulement que je dois m’éloigner. M’éloigner d’Helena, de ses révélations, de ses mots qui m’ont transpercée comme des lames. La clause contractuelle. Le mariage forcé. Tout était faux. Tout, absolument tout.– Maëlle !Sa voix me parvient, portée par le vent, déformée par la pluie. Je ne m’arrête pas. Je cours plus vite. Le gravier me brûle la plante des pieds. Les branches des arbres me fouettent
Chapitre 63HelenaLa sécurité m'encercle. Trois hommes en costume sombre, le regard dur, les mains prêtes à intervenir. Je les regarde avec mépris, mais au fond de moi, la panique commence à monter.– Vous savez qui je suis ? Vous n'avez pas le droit de me toucher.– Madame Soren, veuillez nous suivre. Sans faire de scandale.Je ris. Un rire amer, qui résonne dans le hall silencieux. Les invités se sont figés. Les journalistes ont sorti leurs téléphones. Les caméras tournent. Je suis prise au piège, mais je ne leur donnerai pas la satisfaction de me voir céder.– Un scandale ? Mais mon cher, le scandale, c'est moi qui l'ai créé. Vous n'êtes que des figurants.Je fais un pas de côté. Un mouvem
Chapitre 62GabrielJe surgis dans le hall comme une tornade.Les portes claquent contre les murs. Les têtes se tournent. Les murmures s’interrompent. Je traverse la foule sans ralentir, les yeux fixés sur l’estrade où Helena se tient, triomphante, le micro à la main.– Gabriel ! s’écrie-t-elle. Quelle surprise. Je suis en train de…Je monte les marches trois à trois. Je lui arrache le micro des mains. Elle recule, stupéfaite.– Assez.Ma voix résonne dans le hall entier. Le silence est total. Trois cents personnes retiennent leur souffle.Je me tourne vers la foule. Je les regarde, un à un.– Vous voulez la vérité ? Je vais vous la donner. La vraie.Je sors de ma poche les documents que Nathan m’a fait parvenir. Les rapports d’expertise. Les relevés bancaires. Les preuves.
Chapitre 61ÉliseLe moment est un cauchemar éveillé.Je suis au centre d'une meute. Les flashs crépitent, les murmures sont des hurlements, les visages qui m'entourent ne sont plus des visages mais des masques d'horreur et de jugement. Je suis seule, debout, dans ma robe rouge, et le monde entier semble s'être retourné contre moi.Helena continue son numéro, pathétique et triomphante. Sa voix résonne dans le hall, amplifiée par les haut-parleurs, et chaque mot qu'elle prononce est une lame qui s'enfonce dans ma poitrine. Elle brandit les documents, les photos, les faux témoignages. Elle m'accuse de tout. De mensonge. De manipulation. De crime. Elle me dépouille de mon identité, de ma dignité, de mon humanité.Je ne peux pas nier. Je ne peux pas fuir. Mon passé est affic







