Se connecterAuréliaLe réveil est doux, progressif, inhabituel. J'émerge lentement du sommeil, portée par une chaleur agréable et une odeur de café qui vient de loin. Mes doigts rencontrent le vide à côté de moi Matteo est déjà levé.Je m'étire, sens chaque muscle protester. La nuit a été intense, en émotions comme en sensations. Mon corps garde la mémoire de ses mains, de sa bouche, de cette façon qu'il a de me dévorer des yeux avant même de me toucher.Un peignoir est posé sur la chaise, à portée de main. Je l'enfile, passe mes doigts dans mes cheveux emmêlés, et suis l'odeur du café.Matteo est dans la cuisine, torse nu, en jogging, préparant le petit-déjeuner. Il y a quelque chose de si ordinaire, de si banal dans cette scène que j'en ai le souffl
La voix de Matteo me fait sursauter. Il est dans l'encadrement de la porte, une serviette autour de la taille, les cheveux mouillés, des cicatrices apparentes sur le torse que je n'avais jamais vues.— Tu me faisais suivre ? demandé-je, la voix étranglée.— Au début. Pour te protéger. Après… pour te regarder.Il s'approche, prend la photo de mes mains, la repose sur la commode.— Je suis désolé. Je sais que c'est une intrusion. Je peux l'enlever si tu veux.— Pourquoi l'as-tu gardée ?Il réfléchit. Une main passe dans ses cheveux mouillés, les rejette en arrière.— Parce que sur cette photo, tu es heureuse. Sans savoir que quelqu'un te regarde. Sans peur. Sans ce poids que tu portes toujours. J'avais besoin de voir cela. De me rappeler que c'était possible.Je sens ma gorge se serrer.— Matteo…— Laisse-moi finir. Je sais que je suis un salaud. Je sais que j'ai fait des choses inexcusables. Je sais que je t'ai entraînée dans mon monde, que je t'ai mise en danger, que je t'ai enfermée
AuréliaLa nuit a fini par tomber sur la ville, avalant les dernières lueurs orangées qui traînaient encore à l'horizon. Dans la voiture qui roule silencieusement vers le centre, je regarde défiler les immeubles sans vraiment les voir. Mes mains tremblent encore par moments, résidu de l'orage électrique que j'ai déchaîné au Domaine.Matteo conduit d'une main, l'autre posée sur ma cuisse, comme s'il avait besoin de ce contact permanent pour s'assurer que je suis vraiment là, vivante, entière. Il n'a pas prononcé un mot depuis que nous avons quitté la forêt. Pas besoin. Ses doigts qui serrent doucement mon genou en disent plus long que tous les discours.— Tu saignes, dis-je soudain en remarquant une tache sombre qui s'élargit sur sa manche.Matteo baisse les yeux, hausse les épaules.— Ce n'est pas moi.— Tu es sûr ?— Certain. Je connais l'odeur de mon sang. Ça, c'est celui d'un des gardes de Kael.Je frissonne. J'ai tué ce soir. Pas directement, pas avec mes mains, mais les hommes qu
AuréliaDes images. Des milliers d'images. Kael enfant, battu par un père ivre. Kael adolescent, vendant son corps pour survivre. Kael jeune homme, tuant son premier ennemi avec une froideur absolue. Kael aujourd'hui, seul dans son bureau, regardant des photos de moi, caressant l'écran du doigt.Des noms. Des lieux. Des codes. Des comptes bancaires. Des planques. Des alliés corrompus. Des ennemis éliminés. Des secrets si sombres qu'ils pourraient détruire des gouvernements.Et une image, plus forte que toutes les autres. Kael, dans ce qu'il croit être ses derniers instants, voyant défiler sa vie. Pas de regret. Pas de peur. Juste une question : est-ce que j'ai assez fait ? Est-ce que j'ai assez pris ?La femme lâche ma main. Je vacille. Matteo me rattrape.— Ça va ?Je hoche la tête, mais je sens les larmes couler sur mes joues. Pas de tristesse. D'épuisement. De trop-plein.— Je sais tout, dis-je. Je sais tout de lui.— Qu'est-ce qu'on fait ?Je me tourne vers lui. Mes yeux doivent ê
AuréliaOn avance de bâtiment en bâtiment, utilisant chaque ombre, chaque recoin. Les hommes de Matteo se déploient en silence, neutralisant les gardes isolés avec des gestes précis, presque chirurgicaux. Personne ne crie. Personne ne tire. Juste des corps qui s'effondrent, des armes qu'on récupère, des radios qu'on éteint.Le bâtiment principal est une ancienne caserne reconvertie en laboratoire. Des fenêtres éclairées, des silhouettes en blouse blanche qui passent derrière les vitres. Des éprouvettes. Des écrans d'ordinateur. Des cages.Mon cœur s'arrête.Des cages.— Matteo.— J'ai vu.On s'approche d'une fenêtre, on regarde à l'intérieur. La salle est immense, remplie d'équipements médicaux. Des lits. Des monitors. Des perfusions. Et dans un coin, alignées contre le mur, des cages. Des vraies cages, en métal, assez grandes pour contenir un être humain.Certaines sont vides.D'autres non.— Putain de merde, souffle Léo derrière nous.Dans les cages, des gens. Hommes, femmes, quelqu
AuréliaMatteo ne répond pas. Il regarde les écrans, les images du Domaine. Ce qu'il pense, je ne sais pas. Peut-être qu'il mesure ce qu'il a créé. Peut-être qu'il se demande si c'est ça, la fin de son histoire avec Kael.— Tu as déjà tué quelqu'un ? je demande.— Oui.— Combien ?— Assez.Je laisse le silence s'installer. Dehors, un chien aboie au loin. Dans l'entrepôt, les hommes de Matteo préparent le matériel en silence.— Moi aussi, dis-je. Un. Pour l'instant.— Ça te pèse ?— Non. C'est ça le pire. Ça ne me pèse pas du tout.Il me prend la main. Ses doigts s'entrelacent aux miens.— Alors on est deux.Trois heures du matin.Deux véhicules quittent l'entrepôt. Une berline blindée avec Matteo, moi, Léo et deux tireurs d'élite. Un fourgon banalisé avec le reste de l'équipe : huit hommes, armement lourd, matériel de brèche.On roule vers le sud. La nationale défile, vide à cette heure. Personne ne parle. Chacun est dans sa tête, à préparer l'impact.Je sens la main de Matteo sur ma







