로그인MatteoJe défonce la porte d'un coup d'épaule.Le battant cède dans un craquement sinistre, s'écrase contre le mur de pierre. La pièce est plongée dans une semi-obscurité, éclairée seulement par une ampoule nue qui se balance au plafond, projetant des ombres mouvantes sur les murs humides.Et je les vois.Viktor est sur elle. Il la tient par les cheveux, la tête tirée en arrière, un couteau sous sa gorge. Aurélia est à genoux, les mains liées dans le dos, le visage tuméfié, les vêtements déchirés, couverts de sang séché. Mais ses yeux sont ouverts, vivants, pleins de défi. Elle n'a pas cédé. Elle n'a pas plié. Elle est restée elle-même jusqu'au bout.
AuréliaJe savais qu'ils venaient.Je les sentais depuis des heures, présences familières qui se rapprochaient inexorablement. Matteo, d'abord – sa force brute, sa détermination farouche, son amour qui brûlait comme un brasier dans la nuit. Et Adriano aussi, étonnamment – sa douceur, sa patience, sa volonté tranquille de fer.Deux hommes qui m'aiment. Deux hommes prêts à tout pour me sauver. Cela m'a donné la force de continuer, de résister, de préparer ma propre libération.Quand j'ai senti Viktor entrer dans l'entrepôt, j'ai su que le moment était venu. Il est descendu me voir, comme il le fait chaque fois qu'il vient. Pour me menacer, me torturer, essayer de me briser. Mais cette fois, c'était différent. Cette fois, j'étais
MatteoLa planque est un ancien entrepôt de textile, au cœur de Saint-Denis.Nous l'avons trouvée grâce à la plaque d'immatriculation, aux caméras de surveillance, aux témoignages achetés ou arrachés. Trois jours de traque intense, sans dormir, sans manger, sans penser à autre chose qu'à elle.Adriano est resté avec moi tout ce temps. Il n'a pas faibli, pas reculé, pas montré le moindre signe de faiblesse. L'artiste pacifique s'est transformé en chasseur déterminé, les yeux rivés sur le même objectif que moi : la sauver.Nous sommes garés à deux rues de l'entrepôt, dans une camionnette banalisée. Léo a déployé ses hommes tout autour du périmètre, silencieux, invisibles, pr
AuréliaLes heures passent. Ou les jours. Je ne sais plus. Le temps n'a plus d'importance. Seule compte cette force nouvelle qui grandit en moi, qui pulse sous ma peau, qui attend son heure.J'ai appris à utiliser mon don même entravée.C'est venu petit à petit, par tâtonnements, par échecs et recommencements. D'abord, j'ai essayé de voir sans toucher. C'était flou, imprécis, comme regarder à travers une vitre sale. Mais peu à peu, l'image s'est affinée. J'ai vu la pièce autour de moi – pas avec mes yeux, mais avec mon esprit. Les murs de pierre suintants, l'ampoule qui se balance, les deux cadavres allongés près de moi. Et au-delà de la porte, le couloir, les escaliers, les gardes qui montent la garde.
AuréliaLa douleur est devenue mon monde.Elle a effacé tout le reste – les pensées, les souvenirs, les espoirs. Elle est là, constante, obsédante, comme une seconde peau qui m'enveloppe et me dévore de l'intérieur. Viktor a perdu patience. Il ne pose plus de questions polies, ne fait plus de menaces subtiles. Il frappe, et il attend que je parle.Mes poignets ne sont plus que plaies à force de tirer sur les liens. Mes côtes me font mal à chaque respiration – il m'a frappée au ventre, plusieurs fois, avec une précision clinique qui évite les organes vitaux mais maximise la souffrance. Mon visage est tuméfié, ma lèvre fendue, mon arcade sourcilière ouverte. Le sang a coulé, a séché, a coulé de nouveau.Et
MatteoLa douleur est la première chose que je sens en revenant à moi.Une douleur sourde, lancinante, qui pulse dans mon crâne comme un deuxième cœur malade. J'ouvre les yeux, et la lumière m'agresse, me fait grimacer. Je suis allongé sur le parquet de l'entrée, le visage dans une flaque de quelque chose de chaud et de poisseux. Mon sang.Je me redresse péniblement, m'appuie sur un coude. Le monde tangue autour de moi, les murs de l'appartement dansent une valse désordonnée. Ma main touche ma tempe, rencontre une plaie ouverte, du sang frais qui coule encore.Et puis je me souviens.La sonnette. Les hommes cagoulés. La matraque électrique. Le goût du métal et du sang dans ma bouche. Et Aurélia. Aurélia qui crie, qu'on emm&eg
Il s'approche, pose ses mains sur mes épaules nues.— Parce que je veux qu'ils te voient. Qu'ils sachent que tu es à moi. Qu'ils comprennent que désormais, quand ils me regardent, ils te regardent aussi.— Je suis un trophée ?— T
AURÉLIALe monde est réduit à cette fournaise où nous fondons.Sa bouche sur la mienne n’est pas une conquête, c’est un achèvement. Un point final et un commencement absolu. Je goûte l’éclair sur ses lèvres, l’odeur de l’ozone et du vieux papier, du savon neutre et de cette obsession qui a la saveu
AURÉLIAMon cœur bat à tout rompre contre mes côtes, un oiseau affolé pris au piège. Le voir ainsi, dévasté, vulnérable, sur le pas de ma porte à trois heures du matin, est plus troublant que toutes ses démonstrations de pouvoir. C’est la statue qui montre une fissure. Et la fissure révèle non du v
AURÉLIAJe le regarde, incrédule.— Doser ? On ne dose pas la vie. On ne dose pas la mort !— Vous le faites pourtant déjà. L’étincelle est plus ou moins forte selon les fois, non ? Selon votre état, selon le… cadavre. Je veux que vous preniez conscience de ces variables. Que vous les maîtrisiez.I