ログイン— Tu te mets en position de faiblesse. Si je ne tombe pas amoureuse, tu perds tout.— Oui.— Pourquoi tu prends ce risque ?— Parce que je suis sûr de gagner.— Tu es arrogant.— Non. Je suis confiant. Nuance.— Tu crois vraiment que je vais tomber amoureuse de toi en un mois ?— Je crois que tu es déjà en train de tomber amoureuse. Tu refuses juste de l'admettre.— Tu te fais des idées.— Prouve-le. Accepte le pari. Prouve-moi que j'ai tort.Elle le regarda, cherchant le piège. Il n'y en avait pas. Il était sérieux. Parfaitement sérieux. Il mettait son cœur sur la table, sa présence dans sa vie, tout ce qu'il avait construit depuis des semaines. Et il lui demandait de jouer.— Tu es complètement fou, dit-elle.— C'est ce qu'on me dit.— Et si je refuse ?— Alors je continuerai comme avant. Sans pari, sans limite de temps. Jusqu'à ce que tu craques.— Et si je ne craque jamais ?— Alors j'aurai passé ma vie à essayer. Et je ne le regretterai pas.Elle but une autre gorgée de café, len
Le mardi matin, la pluie tombait sur Lyon comme un rideau gris.Adrien arriva au Café des Augustins avant l'heure, ce qui ne lui arrivait jamais. Il s'assit à sa table habituelle, commanda son allongé, et attendit. Il avait passé la nuit à réfléchir. À repenser à ce qu'elle avait dit la veille. Cette sensation étrange. Je la ressens aussi. Et à ce geste — sa main dans la sienne, au-dessus de la table, sans un mot.C'était un début. Un vrai début. Mais ce n'était pas assez.Il voulait plus. Il voulait tout.La porte s'ouvrit à huit heures précises. Élena entra, son manteau ruisselant de pluie, ses cheveux relevés en chignon strict. Elle portait un tailleur gris anthracite aujourd'hui, et ses talons claquaient sur le carrelage avec cette autorité qui faisait tourner les têtes. En le voyant déjà installé, elle arqua un sourcil.— Tu es en avance.— Moi ? En avance ? C'est nouveau.— C'est suspect.— C'est matinal. Nuance.Elle s'assit en face de lui, commanda son café serré à Marco, et c
Le lundi matin, Élena entra dans le Café des Augustins avec une appréhension qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps.Marco l'accueillit avec son sourire habituel, mais elle ne le lui rendit pas. Elle commanda son café serré d'une voix brève et s'assit à sa table. La place près de la fenêtre. La sienne.Il n'était pas encore arrivé.Elle but une gorgée de café, les yeux fixés sur la porte. La clochette tintait chaque fois qu'un client entrait, et chaque fois son cœur s'emballait. Mais ce n'était jamais lui. Un étudiant. Une femme pressée. Un couple de retraités. Pas lui.Elle vérifia l'heure sur son téléphone. Huit heures dix. Il était en retard. Adrien de Vilmorin n'était jamais en retard. Il arrivait toujours à huit heures précises, s'asseyait à sa table, commandait son allongé, et l'attendait avec ce sourire à fossette qu'elle aimait tant.Huit heures quinze. Toujours rien.Huit heures vingt.À huit heures vingt-deux, la porte s'ouvrit enfin. Il entra, son manteau sombre con
Le lendemain matin, Élena se réveilla avec une migraine.Elle resta allongée dans son lit, les yeux fixés au plafond, repassant dans sa tête chaque seconde de la soirée précédente. La robe noire. Le jardin. La valse. Les mains qui s'enlaçaient. La distance qui s'effaçait. Et ce mot. Ce fichu mot qui résonnait encore dans son crâne comme un écho.Amour.Adrien de Vilmorin l'aimait. Il le lui avait dit en pleine danse, au milieu de deux cents personnes, sans ciller, sans trembler, sans hésiter. Comme s'il annonçait la météo. Comme si c'était une évidence.Elle se leva, enfila un peignoir, et se prépara un café dans sa cuisine. Le soleil matinal entrait à flots par la baie vitrée, faisant scintiller les toits de Lyon. Tout était calme. Tout était normal. Et pourtant, rien n'était normal.Elle n'arrêtait pas d'y penser.Pas au mot lui-même. Au moment. À la façon dont il l'avait regardée en le prononçant. À cette intensité dans ses yeux bleus. À la chaleur de sa main dans son dos. Au souff
Elle le regarda. Il n'avait pas bougé. Il se tenait à la distance qu'elle avait imposée, les mains dans les poches, le col relevé, les yeux brillants dans la nuit. Il ne la pressait pas. Il ne la suppliait pas. Il attendait.— C'est une mauvaise idée, répéta-t-elle, mais sa voix était plus douce maintenant.— Peut-être. Mais c'est la nôtre.— Il n'y a pas de « nous ».— Pas encore.— Tu es impossible.— C'est ce qu'on me dit.Elle frissonna. Le froid commençait à traverser la veste d'Adrien, celle qu'elle portait toujours sur ses épaules. Il le remarqua immédiatement.— Tu veux rentrer ? demanda-t-il.— Non. Pas encore.— Alors prends ça.Il fit le geste de retirer sa chemise, et elle éclata de rire malgré elle.— Qu'est-ce que tu fais ?— Je te donne ma chemise. Tu as froid.— Tu es déjà en bras de chemise. Si tu l'enlèves, tu seras torse nu.— Et alors ? Je préfère être torse nu que de te voir grelotter.— Tu es complètement fou.— Tu me l'as déjà dit.— Et tu continues.— Oui.Elle
Élena traversa la salle de bal sans regarder personne.Les conversations s'interrompaient sur son passage, les regards se tournaient vers elle, mais elle ne les voyait pas. Elle ne voyait que la porte-fenêtre, cette issue vers le jardin, vers l'air froid, vers le silence. Ses talons claquaient sur le parquet ciré, rythmant sa fuite comme un métronome affolé.Il avait dit le mot. Le mot qu'aucun homme n'avait jamais prononcé devant elle. Le mot qu'elle avait rayé de son vocabulaire depuis des années. Le mot qu'elle s'était juré de ne plus jamais entendre, de ne plus jamais ressentir, de ne plus jamais espérer.Amour.Adrien de Vilmorin venait de lui dire qu'il l'aimait. En pleine valse. Devant deux cents personnes. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.Elle poussa la porte-fenêtre et s'engouffra dans le jardin. Le froid la saisit immédiatement, mordant sa peau nue, s'infiltrant à travers la soie de sa robe. Elle n'avait pas pris son manteau. Elle n'avait rien pris. Elle







