เข้าสู่ระบบLe vendredi matin, Élena arriva au café avec une détermination nouvelle.Elle avait passé la nuit à réfléchir. Au carnet. Aux observations. À ce qu'il avait dit la veille. Tu es la femme la plus fascinante que j'aie jamais rencontrée. Page douze. Elle s'était endormie avec cette phrase en tête et s'était réveillée avec une question : jusqu'où allait cette connaissance qu'il prétendait avoir d'elle ?Adrien était déjà là, comme toujours. Son allongé fumant devant lui, son sourire tranquille aux lèvres. Il portait une chemise blanche aujourd'hui, sans cravate, les manches retroussées. Il avait l'air reposé, presque détendu.— Bonjour, Élena.— Bonjour.Elle s'assit, commanda son café serré, et croisa les bras sur la table.— Hier, tu m'as dit que tu me connaissais mieux que je ne le croyais.— Oui.— Prouve-le.— Pardon ?— Prouve-moi que tu me connais. Pas des généralités. Pas des observations faciles. Quelque chose de profond. Quelque chose que personne ne sait.— C'est un test ?— C'
Elle resta silencieuse. Les mots d'Adrien résonnaient en elle avec une précision chirurgicale. Il avait mis le doigt exactement là où ça faisait mal. Exactement là où elle ne voulait pas être touchée.— Tu sais quoi ? dit-elle finalement.— Quoi ?— Tu es le premier homme qui me connaît aussi bien.— Vraiment ?— Vraiment. Mes ex ne savaient rien de moi. Ils ne posaient pas de questions. Ils ne remarquaient rien. Toi, tu remarques tout.— Parce que je tiens à toi.— Ou parce que tu veux gagner le pari.— Les deux. L'un n'empêche pas l'autre.— Et qu'est-ce que tu as noté d'autre dans ton carnet ?Il sourit. Un sourire mystérieux, presque malicieux.— Des choses que je ne te dirai pas.— Pourquoi ?— Parce que certaines observations doivent rester secrètes. C'est ce qui fait leur valeur.— Tu es impossible.— C'est ce qu'on me dit.— Tu me montreras ce carnet un jour ?— Peut-être. Quand tu auras gagné le pari.— Quand j'aurai gagné ?— Oui. Si tu ne tombes pas amoureuse de moi, je te
Le jeudi matin, Élena arriva au Café des Augustins avec une question qui lui brûlait les lèvres.Elle avait mal dormi. Le livre était resté sur sa table de nuit, la dédicace dansait encore sous ses paupières à chaque fois qu'elle fermait les yeux. Et ce carnet. Ce mystérieux carnet dont il avait parlé dans ses messages. Rempli d'elle. De ses mots, de ses gestes, de ses sourires.Elle voulait en savoir plus.Adrien était déjà là, à sa place habituelle, son allongé fumant devant lui. Il portait un pull gris à col roulé et cette veste en cuir qu'elle commençait à connaître par cœur. En la voyant entrer, il sourit.— Bonjour, Élena.— Bonjour.Elle s'assit en face de lui, commanda son café serré à Marco, et croisa les bras sur la table.— Il faut qu'on parle, dit-elle.— De quoi ?— Du carnet.— Ah. Le carnet.— Oui. Le carnet. Celui dont tu m'as parlé hier soir. Celui qui est rempli de moi.— Je t'ai dit que je ne te le montrerais pas.— Je ne veux pas le voir. Je veux savoir ce qu'il y
Le livre resta dans le sac d'Élena toute la journée.Elle le sentait contre sa hanche à chaque pas, poids léger mais présence immense. En réunion, elle posait la main dessus sans y penser, comme on touche un talisman. Personne ne le voyait. Personne ne savait. Mais elle, elle savait. Et cette pensée ne la quittait pas.Le soir, elle rentra chez elle, se servit un verre de vin, et s'assit sur son canapé. Le livre était posé sur la table basse, devant elle. La couverture en cuir vert, les lettres dorées, la dédicace à l'encre noire.Parce que les fleurs, même celles du mal, méritent qu'on les regarde pousser.Elle l'ouvrit délicatement. Les pages sentaient le vieux papier, la poussière et le temps. Une odeur d'enfance, de bibliothèque poussiéreuse, de secrets oubliés. Elle tourna les pages une à une, découvrant les vers qu'elle connaissait par cœur, ceux qu'elle avait lus cent fois dans une édition de poche écornée.« J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. »Il s'en était souv
Le mot claqua dans l'air du café. Amoureux. Il l'utilisait maintenant sans précautions, comme si c'était un fait établi.— C'est trop, dit-elle en reposant le livre.— Trop ?— Trop cher, trop rare, trop personnel. Tu n'aurais pas dû.— Pourquoi ?— Parce que je ne peux pas accepter un cadeau comme celui-là.— Tu l'as déjà accepté. Tu l'as ouvert. Tu l'as lu. Il est à toi.— Adrien...— Écoute-moi. Ce livre, je ne l'ai pas choisi pour t'impressionner. Je ne l'ai pas choisi pour sa valeur. Je l'ai choisi parce que je suis entré dans une librairie ancienne et que j'ai demandé au libraire s'il avait une édition originale des Fleurs du mal. Il m'a dit oui. Il m'a dit qu'elle était là depuis vingt ans, que personne n'en avait jamais voulu. Alors je l'ai prise. Pour toi. Parce que c'était ton livre. Parce que c'était toi.— Tu es entré dans une librairie ancienne ?— Oui.— Toi, le golden boy qui ne lit que des revues économiques ?— J'ai élargi mes horizons. Grâce à toi.— Qu'est-ce que tu
Le mercredi matin, Élena trouva un paquet sur sa table habituelle.Pas une enveloppe. Pas une lettre. Un vrai paquet, enveloppé dans du papier kraft, fermé par une ficelle blanche. De la taille d'une boîte à chaussures, peut-être un peu plus petit. Il était posé au centre de la table, à la place exacte où elle posait toujours son café.Adrien n'était pas encore arrivé. C'était voulu, évidemment. Il avait déposé le paquet avant son arrivée et s'était éclipsé pour la laisser le découvrir seule. Du Adrien tout craché : une mise en scène soigneusement orchestrée.Elle s'assit, posa son sac, et examina le paquet comme on examine une bombe.— Marco ? Qui a déposé ça ?— Devinez, répondit le patron sans lever les yeux de ses tasses.— Il est venu à quelle heure ?— Sept heures et demie. Il a payé un café, il a posé le paquet, et il est reparti. Il a dit qu'il reviendrait à huit heures.— Bien sûr.Elle fixa le paquet, hésitante. L'ouvrir, c'était accepter le jeu. Ne pas l'ouvrir, c'était lui







