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Plus tard, bien plus tard, quand le champagne est bu et que le désir est assouvi, nous nous installons sur le canapé, face à la baie vitrée. Il a enfilé un peignoir blanc, moi une de ses chemises, trop grande pour moi, qui sent son parfum et qui tombe sur mes cuisses comme une robe de soie. Paris scintille en contrebas, une mer de lumières qui s'étend à l'infini. Nos doigts sont entrelacés, nos respirations sont lentes, nos cœurs battent au même rythme. C'est un moment parfait, un de ces instants rares où tout est en harmonie, où le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore, où seul compte le présent.Et c'est là qu'il se met à parler. Pour la première fois depuis que je le connais, il ouvre une brèche dans sa carapace de mystère. Il ne parle pas de ses affaires, ni de son empire, ni des raisons qui l'ont am
Il soupire. Un soupir profond, triste, résigné. Sa main continue de caresser mes cheveux, et il murmure quelque chose dans une langue que je ne comprends pas, une phrase douce et mélancolique qui sonne comme un adieu avant l'heure. Puis il se tait, et le silence retombe, lourd comme une pierre tombale.Je ne dors pas. Je ne dors jamais vraiment, dans cette suite. Je reste éveillée, immobile, à écouter sa respiration qui ralentit, qui s'approfondit, qui devient le souffle régulier du sommeil. Et quand je suis sûre qu'il dort, quand ses doigts se sont immobilisés dans mes cheveux, quand son torse se soulève et s'abaisse avec la lenteur de l'inconscience, alors seulement je me lève. Doucement, centimètre par centimètre, pour ne pas le réveiller. Mes jambes tremblent, mon corps est endolori, mes hanches portent l'empreinte de ses doigts. Je ramasse mon uniforme,
SaraLa première nuit n'est que la première. Il y en aura d'autres. Vernet a été clair : tous les soirs, jusqu'à nouvel ordre. Tous les soirs, je monterai dans la suite Impériale avec mon chariot de ménage et mes secrets trop lourds. Tous les soirs, je ferai semblant de nettoyer, et je regarderai, j'écouterai, je retiendrai. Tous les soirs, je trahirai l'homme que j'aime, et je me haïrai un peu plus.Mais pour l'instant, c'est la deuxième nuit, et je n'ai pas encore eu le temps de m'habituer à la douleur. La deuxième nuit, c'est pire que la première, parce que je sais ce qui m'attend. Je sais que le désir sera le plus fort, que mes résolutions fondront comme neige au soleil dès qu'il posera les yeux sur moi. Je sais que je ne pourrai pas résister, que je ne veux même pas résister, que mon corps tout entier est une boussol
Je commence à faire le ménage, les gestes mécaniques, les yeux dans le vague. Je vide les corbeilles, j'essuie les surfaces, je passe l'aspirateur. Il ne m'aide pas, ne me gêne pas. Il se tient debout près de la baie vitrée, un verre de whisky à la main, et il me regarde. Son regard est un poids, une brûlure, une caresse et une torture. Il ne dit rien, mais son silence est plus éloquent que tous les mots. Pourquoi es-tu venue avec ce chariot ? Pourquoi joues-tu cette comédie ? Pourquoi fais-tu semblant d'être une femme de chambre alors que tu es tellement plus ?Je ne réponds pas à ses questions muettes. Je continue de nettoyer, les joues en feu, les mains tremblantes. Chaque geste est une humiliation, un mensonge, une trahison. Je suis en train de souiller ce qu'il y avait entre nous, de le réduire à une transaction, à un service d'étage. Et lui
SaraJe quitte le bureau de Vernet comme on quitte un tombeau. Le couloir de l'administration s'étire devant moi, un tunnel sans fin aux parois trop blanches, aux néons trop crus. Mes pas résonnent sur le linoléum, un bruit de chaînes qu'on traîne derrière un condamné. Mes tempes battent, mes mains tremblent, ma gorge est un nœud de serpents qui se resserre à chaque respiration. Il m'a eue. Il m'a piégée. Il m'a possédée, corps et âme, et il ne me reste rien. Rien que la honte, la peur, et un ordre qui me brûle les lèvres comme un fer rouge. Vous monterez ce soir. Vingt-deux heures. Suite Impériale.Je ne retourne pas au vestiaire. Je ne veux voir personne, je ne veux parler à personne, je ne veux pas que Lina lise sur mon visage ce que Vernet vient de faire de moi. Je pousse une porte au hasard, un local à balais &e
Il contourne le bureau, s'approche de moi. Ses pas sont lents, mesurés, chaque pas est un clou qu'il enfonce dans mon cercueil. Il s'arrête juste derrière ma chaise, et je sens son haleine sur ma nuque, cette haleine de café et de tabac froid qui me donne la nausée. Ses doigts se posent sur le dossier de ma chaise, frôlent mes épaules sans les toucher vraiment.— Vous êtes à moi, Petrova. Votre vie est à moi. Votre travail est à moi. Votre silence est à moi. Et si je décide que vous devez monter dans la suite des Tuileries, vous monterez. Si je décide que vous devez monter dans la suite Impériale, vous monterez. Mais vous ne choisissez pas. Vous n'avez pas le droit de choisir. C'est moi qui choisis pour vous.Le silence retombe, lourd comme une pierre tombale. Mes doigts sont crispés sur mes cuisses, mes jointures sont blanches, mes ong







