Início / Romance / PROSTITUÉE MALGRÉ MOI ! / Chapitre 1 : Le prix du silence

Compartilhar

PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !
PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !
Autor: Déesse

Chapitre 1 : Le prix du silence

Autor: Déesse
last update Data de publicação: 2026-05-04 03:53:15

Sara

Chaque matin, je me réveille dans ce cri : Le réveil affiche .. l'heure de mon calvaire . Le plafond au-dessus de mon lit est creusé d'une fissure qui serpente du mur jusqu'au lustre en verre dépoli, une veine noire sur la peau du plâtre. Je la connais. Je la connais comme on connaît les rides d'un visage aimé et disparu. Cette fissure, c'est Elena. C'est la ligne qui sépare ma vie de la sienne, celle qui est restée et celle qui est partie. Ma jumelle. Mon autre moitié. Celle dont le cœur a cessé de battre pour que le mien continue, dans un échange silencieux que je n'ai pas choisi.

Chaque chose dans cette pièce est un reproche. Les murs sont trop proches. La table en formica est écaillée, une brûlure de cigarette laissée par un locataire précédent, souvenir d'un autre naufrage. La pile de livres de la bibliothèque municipale, des romans que je n'arrive plus à lire parce que les mots dansent, parce que derrière chaque phrase il y a l'écho de sa voix qui disait : lis-moi, Sara, lis-moi ce passage. Mon uniforme est plié sur la chaise. Une relique. Une seconde peau qui m'attend. Je ne sais plus si c'est lui qui me protège ou si c'est lui qui m'étouffe.

Dans la salle de bains, le miroir est mon ennemi. Il est taché de calcaire, constellé d'éclats que le produit nettoyant ne dissout pas, comme des larmes pétrifiées. J'évite mon reflet avec la discipline d'une nonne. Je sais ce qui m'y attend : les yeux d'Elena. Nous avions les mêmes, noisette, avec cet éclat doré au bord de la pupille. Avant, quand je me regardais, je voyais nous deux. Maintenant, je ne vois qu'une usurpatrice. Une femme qui porte le visage d'une morte et qui n'a même pas eu la décence de s'effacer avec elle. L'eau de la douche est glacée, le chauffe-eau est capricieux, et ce matin il a décidé de me punir. Je laisse le froid me saisir, me mordre. Je le mérite. Chaque goutte est une pénitence. Le prix du silence, c'est celui que je paie pour ne pas hurler son nom dans ce cube de béton. Pour ne pas dire à quel point chaque respiration sans elle est une trahison. Alors je me tais. Je range ma peine au fond de moi, dans un tiroir que je ferme à double tour. Chaque chose à sa place. Même la douleur.

Je n'ai pas mangé hier soir. Je n'ai pas faim. Je n'ai plus faim depuis l'hôpital, depuis le bip continu du moniteur cardiaque, depuis le silence qui a suivi. Mon corps est un sanctuaire vide, un temple désaffecté où ne résonne plus aucun chant. Parfois, je pose ma main sur mon ventre et je cherche un battement, une pulsation, une preuve que je suis encore vivante. Mais il n'y a rien. Rien que le vide. Rien que le silence. Rien que cette fissure au plafond qui s'élargit chaque jour, comme si le monde se préparait à m'engloutir. J'attends. J'attends que le plafond s'effondre. J'attends que le réveil sonne. J'attends que la vie s'arrête, pour de bon, et qu'on me rende à elle.

Le devoir m'appelle. L'hôtel m'appelle. L'armure de lin m'appelle. Je me lève parce que je ne sais rien faire d'autre. Je me lève parce qu'Elena ne se lèvera plus jamais. Je me lève parce que rester couchée, ce serait mourir, et que mourir, ce serait trop facile.

La rame de métro est bondée, et je me tiens debout, écrasée entre des corps anonymes qui ne me regardent pas. Je suis déjà invisible. C'est un entraînement. Dans le reflet de la vitre, contre le noir du tunnel, j'aperçois ma silhouette. Une femme en manteau élimé, les épaules rentrées, le regard baissé. Une femme qui s'excuse d'exister. Avant, Elena marchait à côté de moi. Elle relevait la tête, elle défiait le monde. Moi, je la suivais. Aujourd'hui, je ne suis plus qu'une ombre qui suit une autre ombre.

Le Grand Palais Hôtel surgit de la brume matinale comme un sarcophage de pierre. Sa façade haussmannienne, ses balcons en fer forgé, sa marquise dorée. Il est trop beau, trop grand, trop riche. Il m'écrase. Chaque matin, je me tiens devant lui et je me rappelle que je n'en franchirai jamais la porte principale. Mon chemin, c'est la ruelle. La porte de service. Le bip du badge qui retentit comme un verdict : tu entres ici non pas comme une invitée, mais comme un outil.

Les couloirs de service sont un dédale de néons blafards, de murs blancs salis par le passage des chariots. Le luxe a un envers, un squelette de béton et de tuyaux où le personnel s'agite en silence. Dans le vestiaire des femmes, l'odeur est un mélange de sueur et d'assouplissant industriel. Les conversations sont des murmures, des plaintes étouffées, des fragments de vies cabossées. Je ne parle à personne. Personne ne me parle. On me connaît comme la silencieuse, celle qui ne sourit jamais vraiment, celle qui fait son travail et disparaît. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que je n'ai plus de mots. Elena était mes mots. Sans elle, je suis une bouche cousue.

Mon casier, le 42. Le nombre des jours qu'elle est restée à l'hôpital avant de s'éteindre. Je ne l'ai pas choisi, c'est un hasard, mais un hasard qui me vrille le ventre chaque matin. À l'intérieur, mon uniforme. La robe de lin anthracite, le tablier blanc, les chaussures à semelles de crêpe. Je l'enfile comme on enfile un linceul. Chaque bouton que je ferme est une serrure qu'on verrouille. Le tissu rêche monte sur ma gorge, le col est trop serré, il me comprime la trachée. C'est voulu. Il faut que rien ne dépasse, ni une mèche, ni une émotion. Je tire mes cheveux en un chignon si serré que la peau de mes tempes se tend. Mes yeux dans le petit miroir du casier sont deux pierres noisette sans lumière. L'armure de lin est en place. Sara Petrova n'existe plus. Il ne reste que la femme de chambre, celle qu'on ne voit pas, celle qui efface la poussière et les traces.

Madame Kostova, la gouvernante, est un bloc de granit en tailleur noir. Elle ne marche pas dans le couloir, elle y jette une ombre polaire. Quand elle passe près de moi, je retiens mon souffle. Je ne suis pas la seule. Lina, ma seule presque-amie, baisse les yeux comme une enfant prise en faute. La voix de Kostova, c'est le bruit d'une porte de prison qui claque.

— Petrova. Quatrième étage. La Tourelle. Et faites-moi briller ces verres, pour l'amour du ciel. Le client précédent était un porc.

— Oui, Madame.

Continue a ler este livro gratuitamente
Escaneie o código para baixar o App

Último capítulo

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 26 : Le secret

    Plus tard, bien plus tard, quand le champagne est bu et que le désir est assouvi, nous nous installons sur le canapé, face à la baie vitrée. Il a enfilé un peignoir blanc, moi une de ses chemises, trop grande pour moi, qui sent son parfum et qui tombe sur mes cuisses comme une robe de soie. Paris scintille en contrebas, une mer de lumières qui s'étend à l'infini. Nos doigts sont entrelacés, nos respirations sont lentes, nos cœurs battent au même rythme. C'est un moment parfait, un de ces instants rares où tout est en harmonie, où le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore, où seul compte le présent.Et c'est là qu'il se met à parler. Pour la première fois depuis que je le connais, il ouvre une brèche dans sa carapace de mystère. Il ne parle pas de ses affaires, ni de son empire, ni des raisons qui l'ont am

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 25 : La troisième nuit

    Il soupire. Un soupir profond, triste, résigné. Sa main continue de caresser mes cheveux, et il murmure quelque chose dans une langue que je ne comprends pas, une phrase douce et mélancolique qui sonne comme un adieu avant l'heure. Puis il se tait, et le silence retombe, lourd comme une pierre tombale.Je ne dors pas. Je ne dors jamais vraiment, dans cette suite. Je reste éveillée, immobile, à écouter sa respiration qui ralentit, qui s'approfondit, qui devient le souffle régulier du sommeil. Et quand je suis sûre qu'il dort, quand ses doigts se sont immobilisés dans mes cheveux, quand son torse se soulève et s'abaisse avec la lenteur de l'inconscience, alors seulement je me lève. Doucement, centimètre par centimètre, pour ne pas le réveiller. Mes jambes tremblent, mon corps est endolori, mes hanches portent l'empreinte de ses doigts. Je ramasse mon uniforme,

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 24 : La deuxième nuit

    SaraLa première nuit n'est que la première. Il y en aura d'autres. Vernet a été clair : tous les soirs, jusqu'à nouvel ordre. Tous les soirs, je monterai dans la suite Impériale avec mon chariot de ménage et mes secrets trop lourds. Tous les soirs, je ferai semblant de nettoyer, et je regarderai, j'écouterai, je retiendrai. Tous les soirs, je trahirai l'homme que j'aime, et je me haïrai un peu plus.Mais pour l'instant, c'est la deuxième nuit, et je n'ai pas encore eu le temps de m'habituer à la douleur. La deuxième nuit, c'est pire que la première, parce que je sais ce qui m'attend. Je sais que le désir sera le plus fort, que mes résolutions fondront comme neige au soleil dès qu'il posera les yeux sur moi. Je sais que je ne pourrai pas résister, que je ne veux même pas résister, que mon corps tout entier est une boussol

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 23 : Le chantage 2

    Je commence à faire le ménage, les gestes mécaniques, les yeux dans le vague. Je vide les corbeilles, j'essuie les surfaces, je passe l'aspirateur. Il ne m'aide pas, ne me gêne pas. Il se tient debout près de la baie vitrée, un verre de whisky à la main, et il me regarde. Son regard est un poids, une brûlure, une caresse et une torture. Il ne dit rien, mais son silence est plus éloquent que tous les mots. Pourquoi es-tu venue avec ce chariot ? Pourquoi joues-tu cette comédie ? Pourquoi fais-tu semblant d'être une femme de chambre alors que tu es tellement plus ?Je ne réponds pas à ses questions muettes. Je continue de nettoyer, les joues en feu, les mains tremblantes. Chaque geste est une humiliation, un mensonge, une trahison. Je suis en train de souiller ce qu'il y avait entre nous, de le réduire à une transaction, à un service d'étage. Et lui

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 22 : Le chantage

    SaraJe quitte le bureau de Vernet comme on quitte un tombeau. Le couloir de l'administration s'étire devant moi, un tunnel sans fin aux parois trop blanches, aux néons trop crus. Mes pas résonnent sur le linoléum, un bruit de chaînes qu'on traîne derrière un condamné. Mes tempes battent, mes mains tremblent, ma gorge est un nœud de serpents qui se resserre à chaque respiration. Il m'a eue. Il m'a piégée. Il m'a possédée, corps et âme, et il ne me reste rien. Rien que la honte, la peur, et un ordre qui me brûle les lèvres comme un fer rouge. Vous monterez ce soir. Vingt-deux heures. Suite Impériale.Je ne retourne pas au vestiaire. Je ne veux voir personne, je ne veux parler à personne, je ne veux pas que Lina lise sur mon visage ce que Vernet vient de faire de moi. Je pousse une porte au hasard, un local à balais &e

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 21 : La convocation 2

    Il contourne le bureau, s'approche de moi. Ses pas sont lents, mesurés, chaque pas est un clou qu'il enfonce dans mon cercueil. Il s'arrête juste derrière ma chaise, et je sens son haleine sur ma nuque, cette haleine de café et de tabac froid qui me donne la nausée. Ses doigts se posent sur le dossier de ma chaise, frôlent mes épaules sans les toucher vraiment.— Vous êtes à moi, Petrova. Votre vie est à moi. Votre travail est à moi. Votre silence est à moi. Et si je décide que vous devez monter dans la suite des Tuileries, vous monterez. Si je décide que vous devez monter dans la suite Impériale, vous monterez. Mais vous ne choisissez pas. Vous n'avez pas le droit de choisir. C'est moi qui choisis pour vous.Le silence retombe, lourd comme une pierre tombale. Mes doigts sont crispés sur mes cuisses, mes jointures sont blanches, mes ong

Mais capítulos
Explore e leia bons romances gratuitamente
Acesso gratuito a um vasto número de bons romances no app GoodNovel. Baixe os livros que você gosta e leia em qualquer lugar e a qualquer hora.
Leia livros gratuitamente no app
ESCANEIE O CÓDIGO PARA LER NO APP
DMCA.com Protection Status