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Chapitre 20 : La convocation

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-05-20 08:48:00

Sara

Elle arrive le lendemain, comme je savais qu'elle arriverait. La convocation. Un petit mot glissé dans mon casier pendant mon service, une écriture fine et penchée sur un papier à en-tête du Grand Palais Hôtel. Petrova. Bureau de Monsieur Vernet. 18 heures précises. L'encre est noire, les lettres sont acérées comme des aiguilles. Mes doigts tremblent en tenant le papier, et je dois le lire trois fois avant que
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  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 21 : La convocation 2

    Il contourne le bureau, s'approche de moi. Ses pas sont lents, mesurés, chaque pas est un clou qu'il enfonce dans mon cercueil. Il s'arrête juste derrière ma chaise, et je sens son haleine sur ma nuque, cette haleine de café et de tabac froid qui me donne la nausée. Ses doigts se posent sur le dossier de ma chaise, frôlent mes épaules sans les toucher vraiment.— Vous êtes à moi, Petrova. Votre vie est à moi. Votre travail est à moi. Votre silence est à moi. Et si je décide que vous devez monter dans la suite des Tuileries, vous monterez. Si je décide que vous devez monter dans la suite Impériale, vous monterez. Mais vous ne choisissez pas. Vous n'avez pas le droit de choisir. C'est moi qui choisis pour vous.Le silence retombe, lourd comme une pierre tombale. Mes doigts sont crispés sur mes cuisses, mes jointures sont blanches, mes ong

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    SaraElle arrive le lendemain, comme je savais qu'elle arriverait. La convocation. Un petit mot glissé dans mon casier pendant mon service, une écriture fine et penchée sur un papier à en-tête du Grand Palais Hôtel. Petrova. Bureau de Monsieur Vernet. 18 heures précises. L'encre est noire, les lettres sont acérées comme des aiguilles. Mes doigts tremblent en tenant le papier, et je dois le lire trois fois avant que les mots ne prennent un sens. Dix-huit heures. La fin de mon service. Dans deux heures. J'ai deux heures pour me préparer, pour trouver des mots, pour construire une défense. Deux heures qui passent en un éclair, deux heures pendant lesquelles je change des draps et vide des corbeilles sans rien voir, sans rien sentir, le cerveau vide et le ventre noué.À dix-huit heures précises, je frappe à la porte du bureau. Le bois est froid sous m

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 19 : Le retour au réel 2

    Le travail est une mécanique. Un geste après l'autre, un lit après l'autre, une chambre après l'autre. Tirer les draps, les plier, les remplacer. Passer l'aspirateur sur la moquette, faire attention aux coins, aux plinthes, aux recoins où la poussière s'accumule comme les secrets. Nettoyer la salle de bains, le lavabo, la baignoire, les robinets qui doivent briller comme de l'or. Changer les serviettes, les disposer en éventail, avec le petit savon parfumé posé dessus comme un bijou sur un écrin. Vider les corbeilles, vérifier le minibar, noter les consommations sur la fiche. Ouvrir les rideaux pour laisser entrer la lumière, ou les fermer si la chambre donne sur le mur d'en face. C'est un ballet muet, une chorégraphie apprise par cœur, une danse de femme invisible que personne ne voit, que personne ne remercie, que personne ne salue. D'habitude, ce travail est un refuge. Une

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 18 : Le retour au réel

    SaraLe réveil sonne à cinq heures. Un cri mécanique dans le silence du studio, une vrille qui perce mes tempes et qui m'arrache au sommeil comme on arrache un sparadrap d'une plaie encore fraîche. Ma main tâtonne dans le noir, trouve le réveil, l'écrase contre le mur sans même ouvrir les yeux. Le bruit meurt dans un hoquet métallique. Le silence revient, mais ce n'est plus le même silence. C'est un silence lourd, épais, chargé de tout ce qui s'est passé, de tout ce que j'ai fait, de tout ce que je suis devenue.Mon corps se souvient avant ma conscience. Mes hanches sont endolories, mes cuisses portent l'empreinte fantôme de ses mains, mon cou est raide, mes lèvres sont encore gonflées, mon ventre palpite d'une chaleur qui n'est pas tout à fait éteinte. Je passe mes doigts sur ma clavicule et je sens les marques, ces petits bleus

  • PROSTITUÉE MALGRÉ MOI !   Chapitre 17 : Le serment 4

    Sara Je pousse la porte du vestiaire. Le néon blafard m'agresse comme une douche froide. L'odeur de sueur, de déodorant bon marché et d'assouplissant industriel me prend à la gorge, cette odeur familière qui était mon quotidien hier et qui aujourd'hui me semble étrangère. Un monde qui n'a pas changé, alors que moi, j'ai tout changé. Je m'approche du miroir au-dessus des lavabos, mes mains s'agrippent au rebord de porcelaine froide. Je lève les yeux, je force mon regard, et je cherche mon reflet. Et je ne me reconnais pas.L'armure est en miettes. Le masque est tombé, pulvérisé, et il ne reste que la femme nue en dessous. Dans le miroir, une inconnue me regarde. Elle a les cheveux libres et fous, des mèches qui cascadent sur ses épaules, un désordre qui raconte la nuit. Ses yeux, d'un brun banal hier, sont aujourd'hui insondables, éclairés de l'intérieur par une flamme noire et dorée, par un secret qui n'appartient qu'à elle et qu'elle ne partagera avec personne. S

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    Je dors. D'un sommeil lourd, sans rêves, un sommeil d'avant la conscience, d'avant les dettes, d'avant la mort d'Elena, d'avant tout. Le sommeil de l'innocence, ou ce qu'il en reste. Quand je me réveille, je ne sais pas combien de temps a passé. Une heure, ou une nuit entière. La chambre est plongée dans une pénombre bleutée, une lumière sous-marine qui filtre à travers les rideaux. La ville, derrière la baie vitrée, est un écrin de diamants qui s'étend à l'infini. Les gratte-ciel lointains clignotent comme des phares, les toits de zinc reflètent la lune comme des miroirs brisés, la tour Eiffel pulse doucement dans la nuit, un battement de cœur d'or qui scande le temps. Tout semble irréel, un tableau suspendu hors du monde, une scène de théâtre après la représentation. Adrian dort encore. Son profil est une sculpture dans le clair-obscur, une médaille antique frappée à l'effigie d'un dieu inconnu. La ligne de sa mâchoire est nette, sa barbe naissante est une ombre bleue su

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