MasukIl s'éloigne, ses pas résonnent dans le couloir vide, un bruit de bottes sur le linoléum, un bruit de glas. Et je reste seule, le dos contre mon casier, le métal froid contre mes omoplates, les jambes tremblantes, le cœur au bord des lèvres. Je mens de plus en plus, à tout le monde, tout le temps. Je mens à Inaya, ma seule amie, qui s'éloigne de moi un peu plus chaque jour. Je mens à Vernet, qui n'est pas dupe, qui sait que je mens mais qui ne peut pas encore le prouver. Je mens à Adrian, à qui je ne dis rien de mes véritables activités, à qui je laisse croire que je monte pour lui, par désir, par amour, alors que je monte par contrainte, par chantage, par survie. Je mens pour protéger les uns, pour apaiser les autres, pour sauver ce qui peut encore l'être. Mais les mensonges s'accumulent comme des dettes, comme des intérêts composés, et je
SaraChaque matin, c'est le même rituel, la même cérémonie de l'humiliation et de la peur. Je redescends de la suite Impériale à l'aube, quand le ciel parisien commence à peine à pâlir au-dessus des toits de zinc, quand les premiers camions de livraison grondent dans les rues encore désertes, quand l'hôtel tout entier est plongé dans ce silence cotonneux qui précède le réveil. Mon corps est brisé, mes jambes flageolent, mes hanches portent l'empreinte des doigts d'Adrian comme des sceaux, comme des médailles, comme des stigmates. Mon cœur est en miettes, déchiré entre l'amour que je ressens pour lui, ce sentiment immense et terrifiant qui grandit chaque nuit un peu plus, et la honte de ce que je lui fais, de ce que je suis en train de devenir. Mon âme est en lambeaux, effilochée par les mensonges, par l
Elle s'interrompt, hésite, et son hésitation est pire que tous les mots qu'elle pourrait prononcer. Je la vois chercher ses mots, les peser, les retourner dans sa bouche comme des bonbons amers, et je sais que ce qui va suivre va me faire mal, très mal.— On dit quoi ? je demande, la voix cassée, un filet d'air qui s'échappe d'une tombe.— Que tu couches avec Sterling. Que t'es sa maîtresse. Ou pire, que tu te vends à lui. Que t'es devenue une de ces femmes qui monnayent leurs charmes, qui utilisent leur corps pour obtenir des faveurs, de l'argent, une vie meilleure. La blondasse du troisième, celle qui a une dent contre toi depuis toujours, elle raconte à qui veut l'entendre que tu as des extras, que tu fais la tournée des suites, que tu es une honte pour le personnel. Elle utilise des mots horribles, Sara. Des mots que je ne veux pas répéter.
Sara Cela fait trois jours que je n'ai pas vu Inaya. Trois jours que je mens, que j'évite, que je me cache dans les couloirs de service dès que j'entends le son de sa voix au détour d'un étage. Trois jours que je ne réponds pas à ses messages qui s'accumulent sur mon téléphone comme des feuilles mortes, que je laisse ses appels sonner dans le vide, que je détourne le regard quand j'aperçois sa silhouette élancée au bout du couloir. Ce n'est pas de la lâcheté, c'est pire que ça. C'est de la honte. Une honte qui me brûle le ventre comme un acide, qui m'empêche de respirer, qui m'empêche de la regarder en face, elle, ma seule amie, la seule personne dans cet hôtel qui se soucie vraiment de moi, la seule qui m'a tendu la main quand je suis arrivée ici il y a cinq ans, brisée par la mort d'Elena, perdue dans un monde que je ne comprenais pas. Comment pourrais-je lui dire la vérité ? Comment pourrais-je lui avouer que je monte chaque soir dans la suite Impér
Plus tard, bien plus tard, quand le champagne est bu et que le désir est assouvi, nous nous installons sur le canapé, face à la baie vitrée. Il a enfilé un peignoir blanc, moi une de ses chemises, trop grande pour moi, qui sent son parfum et qui tombe sur mes cuisses comme une robe de soie. Paris scintille en contrebas, une mer de lumières qui s'étend à l'infini. Nos doigts sont entrelacés, nos respirations sont lentes, nos cœurs battent au même rythme. C'est un moment parfait, un de ces instants rares où tout est en harmonie, où le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore, où seul compte le présent.Et c'est là qu'il se met à parler. Pour la première fois depuis que je le connais, il ouvre une brèche dans sa carapace de mystère. Il ne parle pas de ses affaires, ni de son empire, ni des raisons qui l'ont am
Il soupire. Un soupir profond, triste, résigné. Sa main continue de caresser mes cheveux, et il murmure quelque chose dans une langue que je ne comprends pas, une phrase douce et mélancolique qui sonne comme un adieu avant l'heure. Puis il se tait, et le silence retombe, lourd comme une pierre tombale.Je ne dors pas. Je ne dors jamais vraiment, dans cette suite. Je reste éveillée, immobile, à écouter sa respiration qui ralentit, qui s'approfondit, qui devient le souffle régulier du sommeil. Et quand je suis sûre qu'il dort, quand ses doigts se sont immobilisés dans mes cheveux, quand son torse se soulève et s'abaisse avec la lenteur de l'inconscience, alors seulement je me lève. Doucement, centimètre par centimètre, pour ne pas le réveiller. Mes jambes tremblent, mon corps est endolori, mes hanches portent l'empreinte de ses doigts. Je ramasse mon uniforme,







