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Péché originel
Péché originel
작가: Dledition

CHAPITRE 1 : LE SILENCE DE DIEU

작가: Dledition
last update 게시일: 2026-07-05 06:56:19

Aurora

Le froid du marbre traverse l'épaisseur de ma robe et mord mes genoux. Autour de moi, tout n'est que silence, pierre et encens. La chapelle baigne dans une pénombre traversée de rais de lumière pourpres et or, tombés des vitraux comme des larmes de verre. L'un d'eux vient mourir sur mes mains jointes, et je les regarde, ces doigts trop blancs, presque translucides, des doigts qui n'ont jamais touché que le bois des chapelets, le cuir des missels, le lin rêche des draps du couvent. La prière roule dans ma tête, mécanique, polie par des années de répétition. Je vous salue Marie, pleine de grâce. Grâce. Ce mot me hante. Suis-je en état de grâce ? Sœur Maria dit que la pureté est un vase précieux qu'il faut porter sans le fêler. Alors je suis ce vase. Un récipient vide, intact, qui attend. Mais quoi ? Je ferme les paupières et j'écoute battre mon cœur, lent, profond, comme le tambour des processions. Un sang que personne ne voit, que personne ne touchera jamais. Est-ce cela, la sainteté ? N'être qu'une âme sans corps, une flamme sans chair ? Le froissement d'une étoffe derrière moi m'arrache à mes pensées. Je reconnais le pas de Sœur Maria avant même qu'elle ne parle, ce claquement doux de ses sandales sur les dalles froides. Elle s'arrête à ma hauteur et son ombre engloutit le rayon pourpre.

— Aurora.

Sa voix est trop douce. La voix qu'on prend pour annoncer une mort ou une naissance. Lentement, je relève la tête. Sous la cornette, son visage ressemble à un parchemin froissé par les années et les veilles, et ses yeux, deux billes sombres, ne cillent pas.

— Ma Sœur.

— Lève-toi, mon enfant. Nous devons parler.

Parler. Toujours ce mot qui précède les tremblements de terre. Les genoux endoloris, je me redresse et lisse machinalement les plis de ma robe grise, ce tissu usé jusqu'à la trame que je porte depuis six ans, depuis mes seize ans, depuis que le monde extérieur a cessé d'exister pour moi. Sœur Maria s'assied sur le banc de chêne qui grince toujours au troisième rang et tapote la place à côté d'elle. Je m'y glisse docilement, le dos droit, les mains croisées sur mes cuisses, et le froid du bois traverse l'étoffe, me rappelle que tout est froid ici — les pierres, l'eau bénite, le regard de Dieu.

— Tu as vingt-deux ans, Aurora.

Un constat, pas une question. J'acquiesce sans un mot. Vingt-deux ans, huit mille trente jours, et combien de prières ? Combien de génuflexions ? J'ai compté, autrefois, j'ai rempli des cahiers entiers de chiffres comme si quantifier ma dévotion pouvait la rendre plus réelle.

— Le couvent ne peut plus subvenir à ton entretien.

Les mots tombent, nets, chirurgicaux, et mon cœur rate un battement tandis que mes doigts se crispent sur le tissu de ma robe.

— Je ne comprends pas, ma Sœur.

— Les dons se font rares. Les vocations aussi. Nous ne sommes plus que douze. Douze vieilles femmes et toi. Elle marque une pause, cherche ses mots, et son regard se fait plus doux, presque triste. Tu n'as pas prononcé tes vœux, Aurora. Tu n'es pas des nôtres. Pas tout à fait.

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