LOGINSofia
La pharmacie est petite.
Un comptoir de bois. Des étagères en métal. Une lumière blanche, agressive, celle des néons qui éclairent trop et mal. L'odeur du moisi et des médicaments périmés flotte dans l'air, mélangée à celle du désinfectant bon marché.
Une femme est derrière le comp
SofiaLa pharmacie est petite.Un comptoir de bois. Des étagères en métal. Une lumière blanche, agressive, celle des néons qui éclairent trop et mal. L'odeur du moisi et des médicaments périmés flotte dans l'air, mélangée à celle du désinfectant bon marché.Une femme est derrière le comptoir.Elle me regarde entrer.Elle me regarde errer entre les rayons.Elle me regarde avec cette curiosité indifférente des gens qui ont vu passer tous les malheurs du monde. Les clientes qui pleurent. Les clients qui tremblent. Les adolescents qui achètent des préservatifs en rougissant. Les vieilles qui viennent chercher leurs pilules pour le cœur.Je suis juste une cliente de
Le soir tombe sur le ranch.La lumière change.Elle devient orange, puis rouge, puis violette.Les grillons commencent leur musique. Une musique monotone, obsédante, qui remplit l'air comme une respiration.Une odeur de terre sèche monte de la plaine.L'odeur du Paraguay.L'odeur de la fin du monde.Je me lève.Je vais jusqu'à ma sacoche.Je cherche.Mes doigts trouvent le pistolet.Le dernier.Celui que j'ai gardé pour la fin, pour l'ultime recours, pour le jour où plus rien n'aurait de sens.Je le sors.Il est lourd dans ma main.Froid.Familler.
MatteoLe ranch est une tache blanche au milieu du vert.Je regarde par la vitre de la camionnette qui nous a déposés. La piste en terre battue s'arrête là, devant un portail de fer rouillé. Au-delà, la route n'existe plus. Il n'y a que la terre, l'herbe, les arbres, et cette maison blanche qui semble avoir poussé là comme un champignon après la pluie.Nous avons atterri il y a trois heures.Un avion plus petit, plus bruyant, plus inquiétant que le cargo. Un bimoteur qui sentait l'essence et la peur. Les pilotes étaient deux hommes silencieux, des mercenaires paraguayens, le genre de types qui transportent tout et n'importe quoi pour tout et n'importe qui.Ils nous ont déposés sans un mot.À peine un regard.
Sofia— Papa... ne me frappe pas...Sa voix n'est plus la sienne.Je veux dire, ce n'est pas la voix de Matteo. Ce n'est pas cette voix grave, posée, contrôlée, celle qu'il utilise pour donner des ordres, pour parler aux hommes, pour me dire qu'il m'aime. C'est une autre voix. Une voix plus aiguë, plus fragile, plus cassée. Une voix d'enfant. Une voix qui a été brisée avant d'avoir eu le temps de devenir adulte.— Papa, je serai sage...Les mots sortent de sa bouche comme d'une blessure. Lentement, douloureusement, comme s'ils étaient déchirés de quelque part très profond en lui, un endroit qu'il a condamné, muré, oublié volontairement.— Je serai fort... je ferai tout ce que tu veux...
SofiaL'avion vibre.Ce n'est pas une vibration ordinaire, pas ce léger tremblement qu'on sent dans les vols commerciaux, celui qui berce et endort. C'est une vibration profonde, viscérale, qui monte du plancher métallique et traverse tout mon corps, mes os, mes dents, mon crâne. Une vibration qui dit que cet appareil n'a jamais été conçu pour le confort, jamais conçu pour des passagers, jamais conçu pour autre chose que transporter la mort d'un point à un autre.Quatorze heures.Quatorze heures dans ce ventre.Les parois sont nues, sales, marquées par des années de cargaisons illégales. Des traces de rouille. Des tags indéchiffrables. Des numéros de série barbouillés au marqueur noir. La lumière des ampoules suspendues au plafond est jaune, malade, elle vacille sans jamais s'éteindre complètement, comme si elle hésitait entre la vie et la mort.L'odeur.L'odeur est partout.Kérosène, bien sûr. L'essence d'avion qui imprègne chaque fibre de mes vêtements, chaque pore de ma peau, chaqu
Elle s'allonge sur moi.Son poids est léger, mais présent. Ses seins contre ma poitrine. Son ventre contre le mien. Ses jambes qui s'entrelacent avec les miennes. Sa peau est chaude maintenant, brûlante presque, comme si la fièvre qui m'a quitté était passée en elle.Elle m'embrasse.Ce baiser est différent de celui du bateau. Il n'est pas désespéré. Il est lent, profond, explorateur. Sa langue entre dans ma bouche comme on entre dans une maison abandonnée — avec curiosité, avec respect, avec le désir d'y rester.Mes mains remontent le long de son dos. Je sens chaque vertèbre s
AlessandroMatteo Cavalli se tient sous un réverbère au néon clignotant, vêtu d’un long manteau sombre. À ses côtés, un homme plus petit, encapuchonné, une longue boîte à ses pieds. Un étui à fusil de précision. Le Corbeau.Nous nous arrêtons à quelques mètres. Les regards se croisent, chargés de t
AlessandroLa pièce sent le vieux café, la sueur froide et la poussière. Une odeur de défaite lente. Je fixe le téléphone jeté sur la table, cet objet inerte qui va devenir notre corde de pendu et notre fil d’espoir. Clara, Riccardo, Lorenzo et Gia me font face. Leurs visages sont des masques de fa
AlessandroCe n'est qu'une fois hors des grilles, à l'abri relatif d'une ruelle sombre, que je m'effondre contre un mur, le corps parcouru de tremblements incontrôlables. Pas de peur. De rage. Une rage impuissante, sourde, qui bout dans mes veines.Le retour au repaire est une marche d'automate. Cl
AlessandroLe silence après sa question est un gouffre. Le temps semble se distendre dans l'air froid du cimetière, chaque seconde une goutte d'eau glacée sur la nuque. Je vois mon propre souffle former de petits nuages blancs entre nous. Je vois ses yeux, ces miroirs maudits de mon propre visage,







