LOGINSofiaL'avion vibre.Ce n'est pas une vibration ordinaire, pas ce léger tremblement qu'on sent dans les vols commerciaux, celui qui berce et endort. C'est une vibration profonde, viscérale, qui monte du plancher métallique et traverse tout mon corps, mes os, mes dents, mon crâne. Une vibration qui dit que cet appareil n'a jamais été conçu pour le confort, jamais conçu pour des passagers, jamais conçu pour autre chose que transporter la mort d'un point à un autre.Quatorze heures.Quatorze heures dans ce ventre.Les parois sont nues, sales, marquées par des années de cargaisons illégales. Des traces de rouille. Des tags indéchiffrables. Des numéros de série barbouillés au marqueur noir. La lumière des ampoules suspendues au plafond est jaune, malade, elle vacille sans jamais s'éteindre complètement, comme si elle hésitait entre la vie et la mort.L'odeur.L'odeur est partout.Kérosène, bien sûr. L'essence d'avion qui imprègne chaque fibre de mes vêtements, chaque pore de ma peau, chaqu
Elle s'allonge sur moi.Son poids est léger, mais présent. Ses seins contre ma poitrine. Son ventre contre le mien. Ses jambes qui s'entrelacent avec les miennes. Sa peau est chaude maintenant, brûlante presque, comme si la fièvre qui m'a quitté était passée en elle.Elle m'embrasse.Ce baiser est différent de celui du bateau. Il n'est pas désespéré. Il est lent, profond, explorateur. Sa langue entre dans ma bouche comme on entre dans une maison abandonnée — avec curiosité, avec respect, avec le désir d'y rester.Mes mains remontent le long de son dos. Je sens chaque vertèbre s
Il a sauté dans l'eau peu profonde, a tiré le bateau sur la plage de galets. Nous sommes descendus à notre tour. L'eau était froide, plus froide que ce que laissait supposer sa couleur turquoise. Nos pieds se sont enfoncés dans le sable.Kovac a poussé le bateau. Il est remonté à bord. Le moteur a toussé, craché, puis a démarré.— Trois jours, a-t-il répété. Pas un de plus. Pas un de moins. Soyez là.Puis il est parti.Le bateau s'est éloigné, est devenu un point noir sur l'eau brillante, puis a disparu derrière la pointe de la falaise.
Elle se dégage une seconde.Juste une seconde.Le temps de reprendre son souffle. Le temps de planter ses yeux dans les miens.— Je ne veux pas mourir sans t'avoir aimé, dit-elle.Sa voix est brisée par le vent, par la peur, par le désir.— Tu ne vas pas mourir.— Promets-le.— Je te le promets.— Promets-le sur ce que tu as de plus sacré.
Une autre vague.Le bateau grince de toute sa carcasse. Un bruit de métal torturé, de bois qui plie, de rivets qui menacent de céder.Le vent se lève.Je le sens sur mon visage. Il est froid, salé, coupant. Il apporte avec lui une odeur de tempête, d'embruns, de danger. La mer change. Les vagues sont plus hautes, plus rapprochées. Le bateau ne tangue plus , il tape, il cogne, il s'écrase dans les creux comme un animal blessé.Kovac se tourne vers nous.— Tenez-vous ! crie-t-il.Sa voix est à peine
Le silence.Le climatiseur ronfle. Une sirène de police au loin. Le souffle de Sofia, qui a changé — plus rapide, plus court. Elle ne dort pas. Elle écoute.— J'ai mis des années à comprendre, dit Kovac. Des années à remonter la piste. À interroger des témoins. À trouver d'autres victimes. Romano a fait la même chose dans une dizaine de villages. Il distribuait des médicaments périmés, se faisait passer pour un sauveur, et repartait avec la réputation d'un homme bon. Les morts, il s'en foutait. C'était de la publicité. Rien de plus.— Tu as essayé de le tuer ?
Lorenzo Je m'apprête à partir quand mon regard est attiré par le "berceau". L'église. Une plaque près du portail indique qu'elle a été restaurée, il y a longtemps, grâce à un "généreux donateur anonyme". San Giovanni. Le berceau.Pas la maison. L'église.Je pousse la lourde porte de bois. L'intéri
ClaraJe le regarde sombrer. Alessandro. Chaque heure qui passe creuse un peu plus le vide dans son regard. Le meurtre de Greco l'a changé. Non en un monstre, comme il le craint. Mais en un stratège froid, dont toute chaleur humaine semble s'être retirée pour alimenter la froide machinerie de notre
AlessandroJe vois dans ses yeux le moment où il comprend. Je ne suis pas là pour négocier. Je suis là pour livrer une performance. Pour prouver à mon geôlier invisible que je suis désormais son pantin.— S'il vous plaît… murmure-t-il, des larmes coulant sur ses joues. Mes filles…Le point rouge de
AlessandroLes quarante-huit heures de répit sont un calvaire. Chaque minute qui s'égrène est une éternité d'attente viciée. Le repaire, déjà sinistre, devient une chambre de torture mentale. Nous nous surprenons à sursauter au moindre bruit, à scruter les fenêtres avec une paranoïa maladive. Le fa







