LOGIN« Bon sang », marmonna Myla à mi-voix en s'écartant pour laisser passer un policier escortant une femme menottée à la tenue voyante. « Cet endroit est d'une agitation folle. Je n'ose imaginer la migraine qu'on y développerait en y restant la journée entière. »Le commissariat du centre-ville ressemblait à une ruche sous contrôle. L'air y était saturé d'odeurs de café rassis, de vieux papiers et d'effluves piquantes de produits d'entretien. Les téléphones sonnaient sans discontinuer, et le brouhaha ambiant se détachait sur le grésillement des néons qui donnaient à chaque visage une mine blafarde.Le bureau du détective Ben se situait à l'extrémité du couloir, encombré mais ordonné d'une manière propre aux enquêteurs expérimentés. Des dossiers d'affaires s'empilaient avec soin sur un côté de sa table. Un panneau derrière lui regroupait des photographies, des repères chronologiques et des notes manuscrites reliées par des fils rouges. Une simple lampe de bureau projetait u
Beck demeurait silencieux depuis plus d'une heure, et cette réserve suffisait à elle seule à tendre Hayden.Il siégeait courbé sur la table de la salle à manger, l'ordinateur ouvert, les manches remontées, la mâchoire fermée tandis que ses doigts balayaient le clavier avec vélocité. Des pages de dossiers classifiés, des notes médicales et des fiches administratives défilaient à l'écran.Myla l'observait depuis le canapé, blottie contre Hayden, les pieds repliés sous elle. Jared se tenait près de la baie vitrée, les bras croisés, le regard balayant l'obscurité extérieure par habitude plus que par nécessité.« Bon sang », marmonna Beck. « Son enfance s'est résumée à un relevé de traumatismes. Les mauvais traitements documentés », poursuivit-il platement, « révèlent une négligence extrême et des violences physiques. Il essuyait des coups avec tout ce qui tombait sous la main. Ceintures, câbles, bouteilles et tuyaux. Il a fui lorsque les services sociaux ont envisagé so
« Ne penses-tu pas viser trop à gauche ? » demanda l'homme d'un ton condescendant.Eddie ne prit pas la peine de tourner la tête ni d'abaisser son fusil. « Je compense le vent », répondit-il posément, la voix basse et catégorique. « Tu l'entends. Moi, je le ressens. »Un silence s'installa dans son dos. Puis un rire bref et conciliant s'éleva. « Évidemment », reprit son interlocuteur. « Tu maîtrises ces sujets bien mieux que moi. »Edward expira lentement, stabilisant sa posture. Le matin entrait à peine, et la fraîcheur était telle que son souffle formait une buée devant lui. Mais il appréciait cette température ; elle affûtait son attention au lieu de l'engourdir.Dans cet environnement, son corps se rappelait qui il était. Ses pas demeuraient silencieux, sa respiration régulière et ses gestes sûrs.Même l'arme semblait prolonger son bras, familière et docile comme l'avaient toujours été les armes.Il aimait les armes. Elles ne lui mentaient pas, ne le
(Flash-back : Premier Noël ensemble)« Alors », dit-il d'un ton détaché, comme s'il lui demandait si elle souhaitait un dessert, « tu aimerais passer Noël avec moi ? »Myla était installée sur un banc en béton dans le parc, la tête posée sur l'épaule d'Hayden, ses doigts enlacés aux siens. Deux de ses gardes du corps se tenaient à une distance respectable. L'un d'eux l'accompagnait systématiquement lorsqu'il devait se déplacer en ville.Elle venait d'interrompre sa phrase concernant une série qu'elle visionnait et se tourna vers lui, clignant des yeux sous l'effet de la surprise. « Noël ? »« Oui, avec mes proches et moi », dit-il en hochant la tête. « Les gars adoreraient te rencontrer officiellement. »Sa première pensée lui évoqua des hommes guindés vêtus de pulls ajustés, arborant des sourires polis et tenant des conversations conventionnelles.Elle ne se sentait pas prête à faire face à des fortunés s'exprimant dans un langage réservé et jugeant ses
« Ne touche à rien pour l'instant, B », le prévint Myla d'un ton ferme mais joueur. « Nous attendons Jay. Assieds-toi. »Beck esquissa un sourire malicieux, savourant cette étincelle de vie dans son regard qui manquait plus tôt ce matin-là, alors qu'il tendait encore la hand à travers la table.Elle étendit le bras et lui tapota légèrement les doigts au moment même où il frôlait la croûte d'une boucle de pain frais dans le panier.« Aïe ! » Beck laissa échapper une grimace théâtrale, pressant sa hand contre sa poitrine en boudant avec une détresse exagérée. « Myyyy… » rouspéta-t-il comme un enfant. « Je dépéris, et mon cerveau a besoin de glucides pour traiter le cryptage du pare-feu que je lance à l'étage. »« Tu survivras bien cinq minutes de plus », répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel tout en ajustant un set de table. « Nous mangeons ensemble. »Ils se trouvaient en bas, dans la grande salle à manger, au cœur d'une atmosphère détendue. La cuisinièr
« Je ne devrais pas me trouver ici », se répéta Myla en progressant dans la ruelle sombre.Elle tenta d'interrompre sa marche et de rebrousser chemin, mais sa volonté semblait aussi défaillante que ses jambes, qui la guidaient plus avant au cœur de l'obscurité.Les hautes parois de briques de chaque côté lui donnaient l'impression de se resserrer sur elle, occultant la mince bande de ciel au-dessus de sa tête. Plus elle avançait, plus les ténèbres gagnaient en densité, devenant presque palpables.Soudain, des pas retentirent dans son dos, provoquant une montée de panique immédiate qui lui donna une chair de poule sur toute la peau.Ils se voulurent d'abord lents. Réguliers et mesurés, évoquant une personne qui ne précipite pas son allure, assurée de n'avoir nul besoin de courir.Le souffle de Myla se bloqua. Elle inclina légèrement la tête, trop effrayée pour se retourner mais incapable de s'empêcher de tendre l'oreille.Soudain, ses pieds refusèrent d'a







