LOGINJe hoche la tête. Leo a raison. Il a toujours raison. Ce gamin allongé sur un lit d'hôpital, qui se bat pour sa vie, qui tousse son sang dans des mouchoirs, qui voit plus clair que je n'ai jamais vu.— Je vais essayer.— C'est tout ce qu'on te demande.Je sors de l'hôpital. La boîte sous le bras. Je la serre contre moi comme un bouclier. Le ciel est dégagé, le soleil est bas, la ville brille. Les gens marchent, parlent, rient. La vie continue. Indifférente. Aveugle.Je marche dans les rues. Je ne sais pas où je vais. Mes pieds me portent sans que je les guide. Je marche, et je pense à elle. À la petite fille qui écrivait des lettres d'amour à un monstre. À l'adolescente qui dessinait mes yeux dans son cahier, qui les coloriait en bleu, qui les faisait briller. À la jeune femme qui a vendu son âme pour sauver son frère, qui a accepté l'inacceptable, qui a traversé l'enfer pour que je puisse, moi, être libre.Je pense à tout ce que j'ai fait. À tous ces mots que j'ai dits. À tous ces ge
Elle rit encore. Je ris aussi.Dehors, le ciel s'éclaircit. Le soleil perce les nuages, dessine des rayures dorées sur les murs blancs de la chambre, sur les draps, sur nos mains. La pluie s'arrête. Les oiseaux se remettent à chanter. Un nouveau jour commence.Je ferme les yeux. Sa main est dans la mienne. Sa tête est sur mon épaule. Son souffle est régulier, apaisé.Pour la première fois depuis des jours, je sens que ça va aller. Pour elle. Pour moi. Pour nous.Luck---Leo me tend une boîte en carton avant que je parte.Ses mains sont faibles, ses doigts tremblent un peu, mais il tient la boîte comme on tient une relique, comme on tient un trésor. La boîte est usée, les coins écornés, le couvercle taché. Une boîte à chaussures, ou à souvenirs, ou à secre
Elle relève la tête. Ses yeux sont rouges, gonflés, mais ils sont secs maintenant. Plus de larmes. Juste cette lumière dure, cette flamme qui danse au fond.— Et maintenant, Luck ? Maintenant que tu sais, qu'est-ce que tu vas faire ?— Tout ce que tu voudras. Tout ce dont tu auras besoin. Je passerai le reste de ma vie à me faire pardonner si tu me laisses. Je serai ce que tu veux. Je ferai ce que tu veux. Je deviendrai ce que tu veux.— Et si je ne te laisse pas ? Si je ne te pardonne jamais ?Il reste immobile. Ses mains retombent le long de son corps. Son visage se vide. Il devient blanc, très blanc, comme s'il avait perdu tout son sang d'un coup.— Alors je passerai le reste de ma vie à essayer de mériter ton pardon sans jamais te demander rien. Je resterai loin. Je serai invisible. Je ferai en sorte que tu n'aies jamais à me voir. Mais je t'aime
Alessandra est immobile sur le rebord de lafenêtre. Ses mains sont crispées sur le rebord. Ses jointures sont blanches. Ses ongles s'enfoncent dans le bois.— Elle avait des règles, Luck. Des centaines de règles. Alessandra n'avait pas le droit de parler trop fort. Pas le droit de rire trop fort. Pas le droit de pleurer. Pas le droit d'être en colère. Pas le droit de vouloir quoi que ce soit. Pas le droit d'être. Chaque jour, elle devait être parfaite. Silencieuse. Invisible. Absente.Je marque une pause. La toux me reprend. Alessandra ne bouge pas. Elle regarde par la fenêtre. Son visage est vide, comme une maison abandonnée.— Et quand Alessandra désobéissait, quand elle faisait quelque chose de mal, quand elle était trop bruyante, trop visible, trop présente, notre mère l'enfermait. Dans le placard sous l'escalier. Pas un placard à v&
Peur de ne plus pouvoir se cacher.Elle se rassoit. Elle pose ses mains sur ses genoux. Elles tremblent. Elles tremblent comme des oiseaux pris au piège, comme des feuilles dans la tempête.— Qu'est-ce que tu vas lui dire ? demande-t-elle.— La vérité.— Quelle vérité ?— Celle que tu n'as jamais osé lui dire. Celle que notre mère t'a empêchée de lui dire. Celle que tu portes depuis trop longtemps.Son visage se décompose. Je vois la panique monter dans ses yeux, cette panique qu'elle connaît bien, celle qui dit "non, pas ça, pas maintenant, pas jamais". Ses lèvres tremblent. Ses mains se serrent l'une contre l'autre, s'entrelacent, s'écrasent.— Leo, s'il te plaît...— Non. Ça suffit. Ça suffit de te voir comme ça. Ça suffit de te voir douter,
Leo---Les jours passent et je regarde ma sœur mourir à petit feu.C'est le seul mot qui convient. Mourir. Pas physiquement. Son cœur bat, ses poumons respirent, ses mains bougent. Elle est là, dans le fauteuil à côté de mon lit, à me sourire, à me parler, à me tenir la main. Mais quelque chose en elle s'éteint chaque jour un peu plus. Ses yeux, qui étaient si vifs, sont devenus ternes, comme des pierres polies par la mer, lisses et vides. Ses mains, qui étaient si chaudes, sont devenues froides, comme si le sang s'était retiré pour aller se cacher ailleurs, là où personne ne peut le trouver. Sa voix, qui était si douce, est devenue un murmure, une ombre de ce qu'elle était, une feuille morte que le vent emporte.Je la regarde, et je vois la petite fille qui venait me border quand je faisais des cauchemars. Je vois l'adolescente qui mentait à notre mère pour me protéger, qui se mettait entre elle et moi comme un bouclier vivant, qui encaissait les cris, les insultes, les silences gla
AlessandraLe bruit des vagues me réveille.C'est la première chose que je perçois. Ce grondement sourd et régulier, comme un cœur qui bat. Puis l'odeur. L'iode, le sel, quelque chose de frais et d'humide.J'ouvre les yeux.Je ne suis plus dans la cellule.La pièce est immense. Un lit king-size ave
Luck4h du matin.Je ne dors toujours pas. Je regarde le plafond de cette chambre d'hôtel minable, les taches d'humidité qui dessinent des cartes imaginaires. Des pays où je ne suis jamais allé. Des océans que je ne trave
AlessandraL’eau de la douche est brûlante, presque douloureuse. Je la laisse couler sur ma peau, espérant qu’elle lave plus que la sueur et le résidu de son corps. J’y frotte, je me savonne avec une vigueur qui laisse des marques roses. Mais certaines choses ne partent pas au savon. La sensation d
Alessandra Je recule d'un pas.— Tu... tu peux marcher ?— Depuis toujours.Il est devant moi. Plus grand que je pensais.— Le fauteuil, c'est pour passer inaperçu. Pour qu'on me sous-estime. Pour qu'on oublie que je suis dangereux.Il lève la main. Touche mon menton.— Toi, je ne t'oublierai pas.







