LOGINCormac
Je n'ai pas dormi.
Après l'avoir laissée sur le canapé, je suis monté dans mon bureau. J'ai regardé les écrans de surveillance. Elle ne dort pas non plus. Elle regarde le feu, perdue dans ses pensées.
Pourquoi j'ai cédé ? Pourquoi je lui ai promis d'appeler Leo ?
Parce que je suis faible. Parce qu'elle a raison. Parce que je ne peux pas la regarder souffrir sans rien f
Alessandra— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu.La voix de Leo est douce, presque un murmure. Il est allongé dans son lit d'hôpital, pâle, fatigué, mais ses yeux brillent de cette sagesse étrange qu'il a toujours eue, même enfant. Je suis assise à son chevet, ma main dans la sienne, et je l'écoute.— Ça n'excuse pas tout, continue-t-il. Il reste responsable de ce qu'il fait. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche entre vous, tu dois l'aider à guérir.Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde par la fenêtre, le ciel gris de cette fin d'après-midi, les arbres dénudés qui se balancent dans le vent.
Leo hoche la tête.— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu, dit-il doucement. Ça n'excuse pas tout. Il reste responsable de ses actes. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche, tu dois l'aider à guérir.— Comment ?— En lui montrant qu'il peut te faire confiance. En étant patiente. En ne cédant pas à ses crises, mais en ne l'abandonnant pas non plus. En lui rappelant, chaque jour, qu'il mérite d'être aimé.Je le regarde. Mon petit frère. Si jeune, si sage. Il a toujours su trouver les mots justes, même dans les moments les plus sombres.— Tu crois que c'est possible ? je demande. Qu'il change vraiment ?— Je crois que tout le monde peut changer, si on lui en donne la
Leo. Ce nom résonne en moi comme un coup de tonnerre. Leo, que j'ai déçu. Leo, qui m'a fait confiance, qui m'a donné sa bénédiction. Leo, qui se bat contre la maladie et qui n'a pas besoin de mes drames.— Pourquoi Leo ?— Parce qu'il la connaît mieux que personne. Parce qu'il l'aime plus que tout. Et parce que, bizarrement, il te comprend. Il te comprend mieux que tu ne te comprends toi-même.Je réfléchis. Gallagher a raison. Il a toujours raison.Le lendemain, je vais à l'hôpital.Je traverse les couloirs familiers, je salue les infirmières qui me reconnaissent, je m'arrête devant la chambre de Leo. La porte est fermée. Je frappe doucement.— Entrez.Sa voix est faible, mais clai
L'hôpital.Je me gare sur le parking presque vide. Je traverse le hall silencieux, je prends l'ascenseur, je marche dans le couloir faiblement éclairé jusqu'à la chambre de Leo. La porte est entrouverte. Je la pousse doucement.Il ne dort pas. Il est assis dans son lit, un livre ouvert sur les genoux, la lampe de chevet allumée. Il lève les yeux quand j'entre, et son sourire s'efface immédiatement quand il voit mon visage.— Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-il.Sa voix est faible, mais pleine d'inquiétude. Je m'approche, je m'assois sur le bord du lit, je prends sa main. Et je raconte. Tout. Le dîner, Marc, Luck qui débarque, le coup de poing, la honte, la fuite.Leo écoute sans
AlessandraLe restaurant est charmant.Une petite table près de la fenêtre, des bougies qui dansent dans leurs photophores, une nappe blanche, des couverts en argent. L'endroit est calme, intime, parfait pour des retrouvailles entre vieux amis. Marc est arrivé en avance, comme toujours. Il s'est levé quand je suis entrée, m'a fait la bise, m'a complimentée sur ma robe. C'est un homme bien. Vraiment. Drôle, cultivé, attentionné. Il travaille dans l'édition, il a voyagé partout, il a des histoires fascinantes à raconter.Nous parlons de tout et de rien. De ses voyages, de mes projets, de Leo, de la vie qui passe si vite. Il me fait rire. Il a toujours su me faire rire, même dans les moments les plus sombres.
Elle se lève, va chercher son sac, en sort un petit carnet. Elle feuillette les pages, concentrée, sérieuse. Elle planifie. Elle organise. Elle va le voir. Ce Marc. Cet inconnu qui la fait sourire comme ça, qui la fait rire comme ça, qui a ce pouvoir sur elle que je ne connais pas.— Mercredi soir, c'est parfait. Oui... Moi aussi, j'ai hâte de te voir. Ça fait tellement longtemps...Elle raccroche. Elle pose le téléphone. Elle se tourne vers moi, et son sourire s'efface quand elle voit mon visage.— Luck ? Qu'est-ce qu'il y a ?Je ne réponds pas tout de suite. Je la regarde fixement, et je sens la colère monter en moi, cette vieille colère familière, celle que je connais trop bien, celle que j'ai passée ma vie à nourrir sans savoir d'où el
LuckLe jour se lève sur Manhattan, teignant le ciel d'orange et de rose, mais dans mon bureau, l'obscurité persiste. Les paroles de Julian résonnent encore dans l'air comme une malédiction.Une adversaire à ta mesure.Je reste devant la baie vitrée, les poings serrés, à regarder la ville s'éveille
Alessandra— Le placard avait besoin d’être aéré.La phrase résonne dans le silence de la bibliothèque, claire, presque légère. Un euphémisme qui cache un carnage. Je reste sur le pas de la porte, une sentinelle dans ma simple robe de laine noire. Le tissu est rugueux contre ma peau, une armure bie
AlessandraLa vapeur de la douche envahit la salle de bain, un brouillard chaud qui ne parvient pas à laver la sensation de ses yeux sur ma peau. Je me frotte, je me frotte jusqu’au rouge, jusqu’à ce que la douleur physique éclipse l’autre, celle, plus profonde, qui s’est installée au plus creux de
LuckLe soleil se lève sur Manhattan, et chaque rayon est une aiguille dans mes paupières. Je n'ai pas dormi. Le sommeil serait une capitulation, un aveu de faiblesse qu'elle pourrait sentir à travers les murs.— Silas.Il est là, comme toujours. Son silence est un reproche.— Du café. Fort.Il hoc







