ログインRaphaëlDeux jours passent.Deux jours à flotter dans un brouillard d'incertitude. Les heures s'étirent, se confondent, perdent leur sens. Le jour et la nuit se mélangent. Je ne sais plus quand je dors, quand je veille.Chloé dort dans mon lit, se réveille, me regarde, sourit, pleure parfois. Elle a des moments de tendresse explosive où elle se jette dans mes bras, m'embrasse partout, me dit qu'elle m'aime. Et des moments de silence où elle regarde par la fenêtre, perdue, ailleurs, chez lui.On ne parle pas de lui. On fait comme s'il n'existait pas. Comme si cette nuit n'avait pas eu lieu. Comme si Matthias n'était qu'un cauchemar, une illusion, une erreur.Mais il existe.Il est là, dans ses yeux quand elle me regarde. Dans la façon dont elle hésite avant de m'embrasser, comme si elle comparait. Dans ses silences, plus lourds qu'avant, plus
ChloéLa salle de bains est plongée dans une pénombre bleutée. La lumière de l'aube filtre à travers le store en bambou, dessine des ombres fines sur le carrelage blanc, sur la baignoire, sur le miroir. L'air est frais, presque froid. Mes pieds nus sont glacés sur le sol. Je frissonne.Raphaël ouvre le robinet. L'eau chaude jaillit dans un bruit de cascade, remplit la pièce de vapeur, de bruit, de vie. La buée monte, couvre le miroir, efface nos reflets. On ne voit plus que des ombres, des silhouettes, des corps flous.Il se tourne vers moi. La vapeur entoure son visage, caresse ses épaules. Ses yeux clairs brillent dans la pénombre.--- Je peux ?Sa voix est hésitante, presque timide, comme s'il avait peur de ma réponse. Comme s'il avait peur d'être refoulé, rejeté, remplacé.--- Oui.Il enlève son t-shirt. Le tissu noir glisse sur sa peau, se froisse à ses pieds. Son corps apparaît dans la lumière tamisée, dans la buée, dans la pénombre. Les muscles de ses épaules, larges, puissants
ChloéLe petit matin gris sourd sur Paris quand je pousse la porte du loft. La ville s'éveille à peine, des bruits lointains de livraisons, de moteurs qui toussent, de pigeons sur les rebords des fenêtres. La lumière est blême, sans chaleur, sans couleur. Tout semble suspendu, en attente.Mes jambes tremblent encore. Chaque pas est un effort. Mon corps porte les marques de la nuit comme un vêtement trop serré. Les doigts de Matthias sur mes hanches , là, je sens encore la pression, la marque de son emprise. Sa bouche sur ma peau , là, sur mon cou, un suçon qu'il a laissé en partant, comme une signature, comme un "je suis passé par là". Son sexe en moi , je le sens encore, profond, immense, comme s'il avait laissé un vide impossible à combler.Je sens tout cela comme une seconde peau, comme un souvenir brûlant incrusté dans ma chair, comme une brûlure qui ne veut pas s'éteindre.Je referme la porte derrière moi sans bruit. Mes doigts tremblent sur la poignée. Je voudrais me fondre dans
Il pose sa main sur ma joue. Sa paume est chaude, rugueuse, réconfortante. Il me regarde avec une tendresse que je ne lui ai jamais vue. Matthias Delacroix, l'homme de glace, le roi de la finance, le manipulateur, le stratège, est là, vulnérable, offert, amoureux.--- Dis-moi de m'arrêter.Sa voix casse sur les derniers mots.--- Dis-le, et je m'arrêterai. Je te le promets. Je te laisserai partir, et je ne te reparlerai plus jamais de ce que je ressens. Je retournerai dans ma prison de verre et d'acier, et je t'oublierai. Ou j'essaierai. Ou je ferai semblant.Je ne dis rien.Il se penche. Il m'embrasse.Ce n'est pas comme avec Raphaël. Ce n'est pas doux, pas tendre, pas exploratoire. C'est intense. Profond. Possessif. Désespéré.Sa langue prend possession de ma bouche comme si elle avait toujours été là, comme si elle avait attendu ce
RaphaëlLe lendemain matin, je suis dans l'atelier. Je peins. Je peins Chloé. Encore. Toujours. Comme depuis treize ans.Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, je la peins entre nous deux. Matthias et moi.La toile est immense. Deux mètres sur trois. Elle occupe tout un mur. Je l'ai commencée il y a trois jours, sans réfléchir, poussé par une urgence que je ne m'explique pas.Trois visages. Les siens, le mien, celui de Matthias. Trois corps enlacés. Une seule histoire. La nôtre.Les couleurs sont chaudes, vibrantes, presque violentes. Des rouges, des oranges, des ors. La couleur de la passion. La couleur de l'amour. La couleur du danger.Je peins depuis des heures. Je ne vois pas le temps passer. Je ne vois qu'eux. Qu'elle. Que nous.Mon téléphone vibre. Je sursaute. Je regarde l'écran. Ce n'est pas le mien. C'est
ChloéRentrés au loft, nous n'allumons pas la lumière. Nous restons dans le noir, debout dans le salon, à nous regarder sans nous voir. Les lumières de Paris entrent par les grandes fenêtres, dessinent des ombres sur nos visages, sur nos corps, sur nos âmes.La robe rouge est encore sur moi. Elle pèse des tonnes. Elle brûle ma peau.--- Tu as envie de lui, dit Raphaël.Ce n'est pas une question. C'est un constat. Une évidence.--- Oui.--- Tu l'as toujours eu ?--- Je ne sais pas. Peut-être. Depuis toujours. Depuis cette photo dans le grenier. Depuis cette danse il y a dix ans. Depuis ce premier regard que je n'ai pas vu à l'époque mais que je vois maintenant, que je ressens dans tout mon corps.--- Et moi ?--- Toi aussi. Depuis toujours. Depuis le premier jour où papa m'a ramenée. Depuis
LAURENCELa lumière me brûle les paupières.Je me tourne dans le lit, la main tendue vers l'autre côté, vers la chaleur qui devrait s'y trouver.Rien.Le drap est froid. L'oreiller est froid. La place de Damon est vide depuis des heures.Mes doigts se referment sur le vide, et quelque chose se serr
Kassian Léon1 an plus tard.Je ne l’ai jamais quittée des yeux.Nous sommes dans notre appartement. Le nôtre. Pas le mien, pas le sien. Le nôtre. À Montmartre, avec une vue sur Paris qui me rappelle Venise chaque fois que je regarde par la fenêtre. Elle a choisi les meubles, j’ai installé la cuisi
LAURENCE— Laurence... je... ce n'est pas ce que tu crois...Les mots de Mathieu flottent dans l'air comme des bulles de savon prêtes à éclater. Ridicules. Absurdes. Dérisoires.Je l'observe. Lui. Dans notre lit. Avec cette femme. Cette blonde aux jambes interminables qui se recouvre maintenant d'u
LAURENCEJe rougis. Moi. À mon âge. Je rougis comme une adolescente.— Arrête.— Je dis ce que je vois.Il pose une assiette devant moi. Une pile de pancakes dorés, du beurre







