تسجيل الدخولJe ferme les yeux, je respire son odeur, je savoure la chaleur de son corps contre le mien. La nuit est douce, les étoiles sont brillantes, et l'horizon est en feu. Nous avons gagné. Nous avons survécu. Nous sommes vivants, libres, amoureux. Et quoi qu'il arrive demain, quoi que le destin mette sur notre route, rien ne pourra jamais effacer ce moment. Ce moment parfait, suspendu entre la mer et les étoiles, entre la bataille et la paix, entre la mort et la vie. La Veuve tangue doucement sous nos pieds, elle nous porte vers l'avenir avec la patience des navires qui ont traversé tant de tempêtes. Et je sais, au plus profond de mon âme, que ma place est ici. Sur ce navire, avec cet homme, pour toujours. Kaelan Le lendemain de la bataille, le soleil se lève sur une mer calme et vide. Les épaves ont fini de brûler pendant la nuit, il ne reste plus que des carcasses fumantes échouées sur les récifs, des squelettes de b
Je bois une gorgée de vin, je regarde les flammes qui dansent à l'horizon. Les épaves brûleront toute la nuit, peut-être même jusqu'à demain. Des bûchers funéraires pour les centaines d'hommes qui sont morts aujourd'hui. — Vous croyez que le Gouverneur était à bord ? demandé-je. — Non. Le Gouverneur est trop lâche pour mener ses troupes en personne. Il envoie ses soldats mourir à sa place, il reste à Port-Royal, à l'abri dans son palais. — Alors il va vouloir se venger. Il va envoyer d'autres navires, d'autres soldats, d'autres flottes. — Probablement. Mais pas tout de suite. Il lui faudra des mois pour reconstituer ses forces, pour convaincre ses supérieurs de lui donner plus de moyens, pour retrouver notre trace. Et d'ici là, nous serons loin. — Où allons-nous aller ? — Là où le vent nous portera. C'est la devise des pirates, non ?
La Veuve se rapproche du navire ennemi, nos coques se frôlent, les grappins volent, s'accrochent aux bastingages. Les hommes poussent un cri de guerre, ils sautent sur le pont adverse, sabre au clair. Je les suis, mon épée d'argent scintille dans la fumée des canons. Le combat au corps à corps est une boucherie. Les soldats de marine en uniforme rouge se battent avec discipline, en rang serré, baïonnette au fusil. Mes pirates se battent avec férocité, avec désespoir, avec l'énergie de ceux qui n'ont rien à perdre. Le sang coule sur les planches, les cris des mourants se mêlent aux détonations des pistolets, l'odeur de la poudre et de la chair brûlée emplit l'air. Je cherche le capitaine ennemi, je le trouve près du grand mât, un officier en habit bleu, l'épée à la main. Il me voit approcher, il lève sa lame, il se met en garde. — Rendez-vous, dis-je. Votre flotte est détruite, votre navire est perdu. Inutile de faire couler plus de
Kaelan Le canot de Sao Feng franchit les dernières vagues qui nous séparent de La Veuve, et je vois Nerina s'effondrer sur les planches, épuisée, trempée, mais vivante. Mon cœur, qui avait cessé de battre pendant les longues minutes où elle était sous l'eau, reprend son rythme normal. Elle est revenue. Elle a réussi. — Les quatre premiers navires sont désemparés, crie Sao Feng en approchant. Les gouvernails sont coupés, ils dérivent vers les récifs. Le cinquième est resté en arrière, il a jeté l'ancre. — Et Nerina ? — Elle a failli se faire manger par un requin, mais elle va bien. Elle a besoin de se reposer. — Pas de se reposer, proteste Nerina en se redressant péniblement. De me battre. Je saute dans le canot, je la prends dans mes bras, je la serre contre moi sans me soucier des regards de l'équipage. Elle est froide, elle tremble, ses lèvres sont bleues, mais elle est vivant
Je remonte vers la surface, je crève l'air avec un halètement qui résonne dans tout mon crâne. L'air n'a jamais été aussi bon, aussi pur, aussi vivifiant. Je flotte quelques secondes, je reprends mon souffle, je cherche le canot des yeux. Il est là, à une cinquantaine de mètres, Sao Feng me fait signe de revenir. Mais je ne reviens pas. Il reste quatre navires, quatre gouvernails à saboter. Et tant que je suis dans l'eau, je peux continuer. Je replonge. Le deuxième navire est plus loin, il faut que je traverse le passage, que j'évite les tirs de canons qui soulèvent des geysers autour de moi. Sous l'eau, les boulets laissent des traînées de bulles, des sillages mortels qui pourraient me broyer si je me trouve sur leur passage. Je les évite, je slalome entre les explosions, je nage comme je n'ai jamais nagé. Le gouvernail du deuxième navire est plus accessible que le premier. Je coupe les cordages en moins de deux minutes, je remonte
Je hoche la tête, je m'assois à nouveau, je fixe les navires qui se rapprochent. Ils sont magnifiques, d'une certaine manière. Leurs coques noires et blanches, leurs voiles gonflées par le vent, leurs ponts grouillant d'hommes en uniforme. Ils représentent tout ce que je déteste : l'autorité, l'oppression, la négation de la liberté. Mais je ne peux pas m'empêcher d'admirer leur puissance, leur précision, leur nombre. Cinq navires. Trois cents canons. Quinze cents hommes. Contre nos trente canons et nos quatre-vingts hommes. Les chances sont si déséquilibrées que c'en est presque risible. Mais Kaelan a raison : les chances ne sont jamais en notre faveur, et c'est ce qui rend la victoire plus savoureuse. Les minutes s'écoulent, lentes comme de la mélasse. Les navires se rapprochent, je distingue maintenant les détails : les pavillons qui flottent au sommet des mâts, les uniformes rouges des soldats de marine,
ZorahLa femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.— Et voici Amina, la troisième
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu
Zorah Le palais est un monde en soi, une cité close où tout semble régi par des règles invisibles que je ne connais pas. Les femmes que je croise baissent les yeux sur mon passage. Les hommes détournent le regard. Personne ne me parle, personne ne semble même me voir. Je suis un fantôme, une ombre
Zorah Nous franchissons les grandes portes au galop, sans ralentir. Des gardes en turban blanc s'inclinent sur notre passage, leurs lances scintillant dans la lumière déclinante. Nous traversons une première cour, puis une deuxième, puis une troisième, chacune plus somptueuse que la précédente. De







