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CHAPITRE 2 – LA SENTENCE

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-23 07:45:31

Rosalie

Le sol est froid sous mes genoux, un marbre glacé qui pénètre à travers la soie fine de ma robe, qui remonte jusqu'à mes os, qui s'installe dans ma moelle, qui devient une partie de moi, une douleur sourde et constante qui me rappelle où je suis, qui je suis, ce que je suis devenue, et je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, à genoux, à regarder le motif des dalles sans le voir, les heures s'étirent, les minutes s'écoulent comme du sable entre mes doigts, une heure, deux heures, peut-être plus, j'ai perdu la notion du temps, j'ai perdu la notion de moi, j'ai les bras le long du corps, les doigts légèrement crispés sur le tissu de ma robe, la nuque douloureuse, le sang qui bat dans ma tempe gauche, là où sa main m'a frappée, une pulsation sourde, régulière, qui me rappelle que je suis encore vivante, que je suis encore là, que je n'ai pas encore cédé.

La chambre est vaste, immense, un espace qui pourrait accueillir une foule mais qui n'accueille que moi et lui, et je la découvre lentement, par fragments, comme une plaie qu'on ne veut pas regarder en entier, comme un blessé qui n'ose pas voir l'étendue des dégâts, et il y a des miroirs au plafond, des tentures en velours rouge qui tombent jusqu'au sol comme des cascades de sang, une cheminée éteinte dont l'âtre vide semble attendre un feu qui ne viendra peut-être jamais, des bougies allumées, posées sur des bougeoirs en argent, qui projettent des ombres tremblantes sur les murs, et il y a le lit, ce lit immense, aux draps noirs, qui trône au centre de la pièce comme un autel sacrificiel, comme une promesse de nuits sans fin, de caresses et de douleurs, de plaisirs et de honte.

Alessandro est debout devant moi, il a retiré sa veste, il porte une chemise blanche, les manches toujours retroussées sur ses avant-bras musculeux où les veines dessinent des rivières sous la peau, le col ouvert sur un triangle de poitrine que je connais déjà trop bien, que j'ai déjà senti contre le mien, que j'ai déjà mordu et caressé malgré moi, et il me regarde avec une expression que je n'arrive pas à déchiffrer, ce n'est pas de la colère, ce n'est pas du mépris, ce n'est pas de la haine, c'est autre chose, une curiosité froide, une attente, comme un prédateur qui observe sa proie avant de frapper, qui savoure l'instant avant le coup, et je sens que je suis une proie, que je suis piégée, que je suis perdue, mais je ne le montre pas, je ne le lui montre pas.

— Relève la tête, dit-il, et sa voix est calme, posée, sans violence, sans menace, juste une instruction, un ordre, une demande que je ne peux pas refuser, et je relève la tête, je le regarde, je veux que mes yeux soient des lames, des poignards, des armes qui le transpercent, je veux qu'il voie que je ne suis pas brisée, pas encore, pas jamais, pas tant que je respire, pas tant que mon cœur bat, et il s'accroupit devant moi, il est à ma hauteur, il plante ses yeux dans les miens, ses pupilles sont si sombres qu'elles semblent absorber toute la lumière de la pièce, toute la chaleur, toute l'espoir, et il me dit "Tu te souviens de ce que je t'ai dit, Rosalie ? Un an, un an où tu m'appartiens, où ton corps est mon bien, où tu n'as plus de volonté, plus de choix, plus de nom, plus d'identité", et il pose sa main sur ma nuque, sa paume est chaude, rugueuse, calleuse, la main d'un homme qui a travaillé, qui a tué, qui a possédé, et il la fait glisser vers l'arrière de mon crâne, il attrape une poignée de mes cheveux, pas fort, juste assez pour m'immobiliser, juste assez pour me rappeler qui est le maître ici.

— Ce soir, tu commences à apprendre, dit-il, et sa voix est un murmure, une caresse, une menace, la première leçon, la première de nombreuses leçons qui vont me briser, me modeler, me refaire à son image, et il se lève, il me lâche, il fait quelques pas vers la table de chevet, il y prend quelque chose, un collier, un collier en cuir noir, large, orné d'un anneau d'acier à l'avant, et il revient vers moi, il me le montre, il le fait briller dans la lumière des bougies, il me dit "Je vais te le mettre, et à partir de maintenant, tu ne l'enlèves jamais, jamais, c'est ta nouvelle identité, tu n'es plus Rosalie Dumont, tu es ma chose, mon bien, ma propriété, quand on te demandera ton nom, tu diras objet, quand on te parlera, tu baisseras les yeux, quand je te toucherai, tu ne bougeras pas, tu ne parleras pas, tu ne penseras pas, tu existes pour moi, c'est tout."

Il s'approche, il passe le collier autour de mon cou, le cuir est frais, souple, presque doux contre ma peau, l'anneau d'acier repose contre ma gorge, je le sens, il est là, une marque, une laisse, un symbole de ce que je suis devenue, et il me dit "Dis-moi ce que tu es", et je sens les mots se bloquer dans ma gorge, la rage monte, brûlante, aveugle, je veux cracher, je veux hurler, je veux l'insulter, lui dire qu'il n'est rien, qu'il ne sera jamais rien, qu'il peut me tuer mais qu'il ne me brisera pas, mais il me regarde, et il y a quelque chose dans son regard, une promesse, une certitude, il sait que je vais céder, il sait que ça ne fait que commencer, et je ne dis rien, je reste là, à genoux, le collier autour du cou, la rage dans mon cœur, et je ne cède pas, pas encore.

Il se redresse, il me regarde de haut, il semble réfléchir, puis il hausse les épaules et il dit "Alors tu restes à genoux, sans collier, sans eau, sans nourriture, jusqu'à ce que tu acceptes, je ne suis pas pressé, Rosalie, j'ai tout mon temps, tu es ma prisonnière, ma chose, ma poupée, et je peux attendre", et il se tourne, il va vers la porte, il s'arrête, il dit "Je vais te laisser réfléchir, je reviendrai demain matin, j'espère que tu auras changé d'avis", et il sort, il referme la porte, la clé tourne dans la serrure, et je reste seule, à genoux, le collier autour du cou, la faim qui commence à tordre mon estomac, la soif qui assèche ma gorge, et je serre les poings, je serre les dents, je ne céderai pas, je ne céderai jamais.

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