LOGINElle attrape un coussin sur le canapé, le jette dans ma direction. Il m'atteint à la poitrine, rebondit sur le sol. Un geste dérisoire, presque enfantin, mais chargé de toute la rage du monde. — Tu m'aimes ? Tu m'aimes, vraiment ? Alors pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu me détruis ? Pourquoi tu rentres tous les soirs avec son odeur sur ta peau, avec ses mots dans ta tête, avec son désir dans tes yeux ? Pourquoi tu me mens tous les jours depuis des semaines ? Ça, c'est de l'amour ? Je ne réponds rien. Parce que je n'ai pas de réponse. Parce qu'elle a raison. Ce que je fais n'a rien à voir avec l'amour. C'est de la lâcheté. De la trahison. De la cruauté ordinaire, celle qu'on inflige aux gens qu'on prétend aimer sans même s'en rendre compte. — C'est qui ? reprend-elle en s'essuyant les yeux d'un geste rageur. C'est qui, ce Raphaël ? — Mon élève. — Ton élève. Et c'e
Léo L'appartement est silencieux quand je rentre. Trop silencieux. D'habitude, Sophie laisse la radio allumée dans la cuisine, une musique douce qui meuble le vide. Là, rien. Le silence total. Mes pas dans l'entrée résonnent bizarrement, comme dans un tombeau. — Sophie ? j'appelle. Je suis rentré. Pas de réponse. Je pose mes clés sur la console, j'enlève mes chaussures, j'avance dans le couloir. La porte du salon est ouverte. Sophie est assise sur le canapé, toute droite, les mains posées sur les genoux. Elle ne regarde pas la télévision éteinte. Elle ne regarde pas son téléphone. Elle regarde le vide. Et quand elle tourne la tête vers moi, je vois tout de suite que quelque chose est cassé. Ses yeux sont rouges, gonflés. Elle a pleuré. Beaucoup. — Sophie ? Qu'est-ce qui se passe ? Elle ne répond pas tout de suite. Elle me dévisage comme on dévisage un étranger, avec un mélange de tristesse et
Il m'entraîne vers le bord de la piscine. Mon dos heurte le carrelage froid, et le contraste avec la chaleur de son corps est un choc électrique. Ses lèvres quittent les miennes, descendent dans mon cou, y déposent une traînée de baisers humides. Ses mains sont partout. Sur mes épaules, sur mes bras, sur mon ventre. Elles descendent plus bas. Plus bas encore. Ses doigts s'enroulent autour de moi, et un gémissement m'échappe, animal, incontrôlable. — Arrête, je murmure. Il n'arrête pas. Ses doigts bougent, lents, experts, et mon corps entier se cambre sous la sensation. L'eau clapote doucement autour de nous. Le soleil chauffe nos épaules. C'est parfait. C'est trop parfait. C'est exactement ce que je veux et c'est exactement ce qui me terrifie. — Raphaël, arrête. Cette fois, ma voix est plus ferme. Il s'immobilise, ses doigts toujours refermés sur moi, son souffle chaud contre ma gorge. Il relève la tête, me regar
Il se lève à son tour, me raccompagne à la porte du grenier. Dans l'escalier étroit, nos corps se frôlent, et chaque contact est une décharge qui me rappelle le désir toujours présent, toujours tapi sous la surface. Dans le vestibule, il m'aide à enfiler mes vêtements, geste étonnamment tendre pour un homme qui, quelques heures plus tôt, jouait à me séduire sous la table. Il ajuste le col de ma chemise, lisse un pli sur mon épaule, et ce soin presque paternel achève de me bouleverser. — À demain ? demande-t-il. — À demain. Je le regarde une dernière fois avant de partir. Debout dans l'embrasure de la porte, son peignoir blanc ouvert sur son torse, ses yeux gris brillant dans la pénombre. Il est beau. Il est triste. Il est vivant. Et il m'attend. Je marche dans la nuit vers ma voiture, et chaque pas m'éloigne de lui, mais chaque battement de mon cœur me ramène vers cette pièce circulaire, vers ces p
Il se tourne vers moi, et ses yeux gris sont des puits sans fond où se mêlent la douleur et l'espoir. — Après sa mort, j'ai cru que j'étais fini. Que la partie de ma vie consacrée à l'amour était terminée. J'ai eu des aventures, des conquêtes, des nuits sans lendemain. Mais rien de vrai. Rien qui ressemble à ce que j'avais avec Clara. Et puis tu es arrivé, avec ton short propre et ton t-shirt blanc, avec ta rougeur de vierge effarouchée, avec ta façon de bafouiller quand tu es gêné. Et j'ai senti quelque chose que je n'avais pas senti depuis cinq ans. Quelque chose qui ressemble à l'espoir. Il fait un pas vers moi. Puis un autre. Sa main se pose sur ma joue, paume chaude, doigts tremblants. — Tu n'es pas un caprice, Léo. Tu n'es pas une distraction. Tu es la première personne depuis Clara qui me donne envie de me lever le matin. Envie d'aimer. Envie de vivre. Et je sais que c'est égoïste. Je sais que tu
Léo Le feu est en train de mourir dans la cheminée. Les braises rougeoient encore, projetant des ombres dansantes sur les murs du salon. La tête de Raphaël repose contre le dossier du canapé, ses yeux gris fixés sur les flammes agonisantes. Ma nuque est encore chaude de ses doigts. Mon corps entier vibre d'une tension qui ne retombe pas, qui ne retombera peut-être jamais. Je ne sais pas depuis combien de temps nous sommes là, silencieux, immobiles, bercés par le crépitement du bois. Le temps n'a plus la même consistance depuis que je l'ai rencontré. Il s'étire, se dilate, se contracte au gré de ses regards et de ses gestes. Je devrais rentrer. Sophie m'attend. Elle a préparé un dîner que je n'ai pas mangé, elle guette le bruit de mes pas dans l'escalier, elle se demande pourquoi son homme rentre si tard, pourquoi il est si distant, pourquoi il ne la touche plus comme avant. La culpabilité est une boule dure dans mon ventre, mais elle ne
Raphaël DelacroixLa chambre est prête. Elle est toujours prête. L'éclairage tamisé dessine des ombres mouvantes sur les murs tendus de soie grège. Les draps de satin noir ont été changés il y a une heure, tendus avec une perfection militaire, sans un pli, sans une imperfection, comme si personne n
Raphaël DelacroixLa tablette pèse à peine dans ma main. Un objet si fin, si élégant, si froid, et pourtant il contient l'entièreté de ma décadence, toute ma misère affective compressée dans un écran de verre trempé. Je fais défiler les profils d'un geste lent, presque désinvolte, comme si je feuil
Raphaël DelacroixCe mot. Ce simple mot de trois lettres, prononcé doucement, sans défi, sans arrogance. Juste un constat. Une évidence. Je n'ai pas envie de fermer les yeux. Je veux vous voir. Et soudain, c'est moi qui ai envie de détourner le regard, de me cacher, de fuir. Parce que ce qu'il cher
Raphaël DelacroixLa chambre est plongée dans une semi-obscurité calculée. C'est ainsi que je les préfère, ces corps de passage, ces silhouettes anonymes qui défilent dans mon lit comme des figurants dans un théâtre vide. La pénombre efface les détails, gomme les particularités, transforme chaque v







