LOGINRaphaël Deux jours avant notre départ définitif, j'ai pris une décision qui a surpris tout le monde, à commencer par moi-même. J'ai invité les parents de Léo à dîner à la villa. Pas pour les convaincre, pas pour les forcer à m'accepter, pas pour obtenir une bénédiction dont je n'avais que faire. Mais pour leur offrir une dernière chance. Une chance de voir qui j'étais vraiment, qui nous étions vraiment, avant que leur fils ne disparaisse de leur vie, peut-être pour toujours. Léo a d'abord refusé, catégoriquement. Il ne voulait plus jamais les revoir, plus jamais leur parler, plus jamais souffrir à cause d'eux. Mais j'ai insisté, doucement, patiemment, comme je sais le faire quand il est buté. — Tu ne leur parles pas pour toi, Léo. Tu leur parles pour eux. Pour qu'ils n'aient pas de regrets plus tard. Pour qu'ils ne puissent pas dire qu'ils n'ont pas eu leur chance. — Et s'ils la refusent, cette chance ? S'il
Léo La nuit est tombée sur la villa des Cèdres, une nuit sans lune, sans nuages, constellée d'étoiles qui scintillent comme des diamants sur un écrin de velours noir. Les cyprès bordant le jardin se découpent en silhouettes immobiles, sentinelles silencieuses de notre dernière veillée. Demain, nous partirons. Demain, nous quitterons cette maison, cette piscine, ce jardin où tout a commencé. Demain, nous tournerons la page pour écrire un nouveau chapitre de notre histoire. Mais cette nuit, cette dernière nuit, est à nous. Rien qu'à nous. Raphaël m'a pris la main après le dîner, sans un mot, et m'a entraîné à travers le jardin obscur. Ses doigts étaient chauds, fermes, et je les ai suivis sans poser de questions, comme je l'aurais suivi n'importe où, comme je le suivrai toujours. La piscine nous attendait, miroir liquide parfaitement immobile, dont la surface reflétait la voûte céleste avec une fidélité troublante. On aurait dit un morceau
RaphaëlLe lendemain matin, nous avons pris le petit-déjeuner sur la terrasse, face à la piscine. Le soleil s'était levé sur un jardin lavé par la pluie, étincelant de gouttes d'eau, vibrant de chants d'oiseaux. Léo était assis en face de moi, les cheveux encore humides de sa douche matinale, vêtu d'un peignoir blanc qui lui donnait l'air d'un ange échappé d'un tableau de la Renaissance. Il mangeait ses tartines avec appétit, pour la première fois depuis des jours, et je le regardais avec une joie muette, presque incrédule. Il était là. Il était vraiment là. Après deux semaines d'absence, de silence, de désespoir, il était revenu.Mais je savais que tout n'était pas réglé. Ses parents n'allaient pas disparaître par magie. Ils continueraient à le harceler, à le menacer, à essayer de le ramener de force. Et cette petite ville de province, avec ses ragots, ses jugements, ses photos volées qui circulaient sur les réseaux sociaux, n'était plus un endroit sûr p
Léo Nous sommes restés longtemps enlacés sur le seuil de la villa, sous la pluie battante, sans nous soucier du froid, de la nuit, du monde autour de nous. Les gouttes ruisselaient sur nos visages, trempaient nos cheveux, collaient nos vêtements à notre peau. Mais nous ne les sentions pas. Nous ne sentions que la chaleur de nos corps l'un contre l'autre, cette chaleur qui nous avait tant manqué pendant ces deux semaines de séparation forcée. Raphaël a fini par desserrer son étreinte, juste assez pour prendre mon visage entre ses mains. Ses pouces caressaient mes pommettes, effaçaient la pluie et les larmes mêlées. Ses yeux gris, ces yeux que j'avais vus dans mes rêves chaque nuit depuis mon départ, me regardaient avec une intensité qui me coupait le souffle. — Je t'aime, Léo. Sa voix était grave, étranglée par l'émotion. Je t'ai toujours aimé. Depuis le premier regard, depuis ce jour où tu es arrivé au bord de ma piscine a
LéoJ'ai couru. De toutes mes forces, de tout mon cœur, de toute mon âme. J'ai couru dans les rues de mon enfance, ces rues que je connaissais par cœur, que j'avais arpentées des milliers de fois à vélo, à pied, en courant déjà, mais jamais avec cette urgence, cette nécessité vitale. Les maisons défilaient, les arbres, les voitures. Les passants me regardaient, étonnés, peut-être inquiets. Je ne m'en souciais pas. Je courais, et chaque foulée m'éloignait de ma prison, me rapprochait de lui.La gare était à trois kilomètres. Trois kilomètres que j'ai avalés en un temps record, le souffle court, les jambes en feu. Quand je suis arrivé sur le quai, le train pour Paris était déjà à quai, les portes sur le point de se fermer. Je me suis engouffré dedans au dernier moment, haletant, trempé de sueur, le visage écarlate.Je me suis effondré sur un siège, essayant de reprendre mon souffle. Le train s'est ébranlé, a quitté la gare, et j'ai regardé ma ville
LéoLa lettre est arrivée ce matin, glissée sous la porte de ma chambre par une main inconnue. Mes parents étaient déjà partis au travail, ma mère chez le coiffeur, mon père à son atelier de bricolage. J'étais seul dans la maison, pour la première fois depuis deux semaines. Seul, mais enfermé à double tour. Mon père avait verrouillé la porte de ma chambre de l'extérieur, comme on enferme un animal dangereux.J'ai vu l'enveloppe blanche sur le parquet, juste derrière la porte. Je me suis précipité, le cœur battant, les doigts tremblants. Mon nom était écrit dessus, d'une écriture fine et penchée que j'aurais reconnue entre mille. L'écriture de Raphaël.J'ai déchiré l'enveloppe, déplié la lettre. Quatre pages entières, recto verso, couvertes de son écriture serrée. Quatre pages dans lesquelles il avait mis toute son âme. J'ai lu debout, adossé à la porte, incapable de m'asseoir, incapable de respirer normalement.Léo, mon amour. Si tu lis
Raphaël DelacroixCe mot. Ce simple mot de trois lettres, prononcé doucement, sans défi, sans arrogance. Juste un constat. Une évidence. Je n'ai pas envie de fermer les yeux. Je veux vous voir. Et soudain, c'est moi qui ai envie de détourner le regard, de me cacher, de fuir. Parce que ce qu'il cher
Raphaël DelacroixLa chambre est plongée dans une semi-obscurité calculée. C'est ainsi que je les préfère, ces corps de passage, ces silhouettes anonymes qui défilent dans mon lit comme des figurants dans un théâtre vide. La pénombre efface les détails, gomme les particularités, transforme chaque v
Raphaël DelacroixLa chambre est prête. Elle est toujours prête. L'éclairage tamisé dessine des ombres mouvantes sur les murs tendus de soie grège. Les draps de satin noir ont été changés il y a une heure, tendus avec une perfection militaire, sans un pli, sans une imperfection, comme si personne n
Raphaël DelacroixLa tablette pèse à peine dans ma main. Un objet si fin, si élégant, si froid, et pourtant il contient l'entièreté de ma décadence, toute ma misère affective compressée dans un écran de verre trempé. Je fais défiler les profils d'un geste lent, presque désinvolte, comme si je feuil







