로그인Ils en parlèrent pendant cinq jours.
Pas des conversations frontales, pas des délibérations formelles avec pour et contre listés sur une feuille de papier. Des allusions, des silences, des questions posées de côté comme quand on regarde quelque chose de trop lumineux. Le mardi approchait avec la régularité d'une marée et ils faisaient semblant de ne pas le voir.
Le dimanche, Nora dit : « Je suis curieuse. Juste curieuse. »
Le lundi, Théo dit : « On peut partir quand on veut. »
Ces deux phrases ensemble formaient une décision.
La villa Sève à vingt-deux heures était méconnaissable. Pas extérieurement de la rue, rien ne différenciait ce mardi des autres nuits de la semaine, aucune lumière extérieure, aucune musique audible depuis le trottoir. Mais en poussant la porte Patrick l'avait laissée entrouverte, comme prévu on entrait dans un autre espace-temps.
La lumière était chaude, ambrée, dispensée par des lampes à pied aux abat-jours rouges et des rangées de bougies sur toutes les surfaces horizontales disponibles. La musique était là mais diffuse, électronique et lente, quelque chose entre le jazz et la transe qui donnait au corps une conscience nouvelle de lui-même. L'air sentait le bois, le parfum, et quelque chose d'autre une fragrance légèrement animale, végétale, indéfinissable.
Il y avait une vingtaine de personnes. Nora et Théo en reconnaissaient la moitié : les Arnal, Céline, les Delorme, le maire Pellac ce dernier leur fit un signe de tête courtois comme s'il les croisait à une réunion municipale. Les autres étaient des inconnus d'une quarantaine à soixantaine d'années, tous avec cette aisance particulière des gens habitués à l'endroit. Pas un visage tendu, pas une gêne visible. Des adultes qui se connaissaient bien, dans un espace qui était le leur.
Marlène les accueillit, leur donna deux verres, les présenta ici et là. Personne ne posait de question sur leur présence, personne ne semblait étonné. Comme si leur venue avait été prévue depuis longtemps, et peut-être depuis plus longtemps qu'ils ne l'imaginaient.
La première heure ressemblait à un cocktail dînatoire sophistiqué. Conversations brillantes, rires discrets, petites assiettes qui circulaient. Théo se détendit progressivement le vin aidant, l'ambiance aidant, et cette sensation étrange d'être dans un monde parallèle où les règles habituelles n'avaient pas cours.
Puis, graduellement, la soirée bascula.
Ce ne fut pas un signal, pas une annonce. Juste l'atmosphère qui se resserra, comme l'espace entre les gens qui se réduit naturellement. Les conversations se firent plus basses. Les mains restèrent plus longtemps posées sur les bras, les épaules, la nuque. Des couples se formaient et se déformaient avec une fluidité naturelle. Deux portes s'ouvrirent sur des pièces que Nora et Théo n'avaient pas encore vues, et des gens disparurent derrière sans que personne ne s'en étonne.
Luc Delorme s'approcha de Nora avec un verre et un sourire qui n'avait plus rien de mondain. Sa femme Inès était quelque part dans la pièce, parlant à Patrick, sans lui accorder un regard.
Céline prit le bras de Théo.
— Tu n'es pas obligé de faire quoi que ce soit, dit-elle doucement. Personne ne l'est jamais. Mais regarder, c'est déjà quelque chose.
Ils s'installèrent sur un large canapé de cuir marron, dans l'encoignure de la baie vitrée. Les lumières rouges y plongeaient la pièce dans une pénombre de chambre noire. Luc se plaça à côté de Nora, sa cuisse contre la sienne, tandis que Céline se collait à Théo, son parfum envahissant, ses doigts effleurant négligemment l'ourlet de sa manche.
Sur un pouf, à quelques mètres, un couple d'inconnus la femme brune, l'homme grisonnant étaient déjà en train de se déshabiller. Pas de précipitation, pas de honte. Elle retira son chemisier avec des gestes lents, il la regardait, et autour d'eux les conversations continuaient comme si de rien n'était. Quand elle baissa sa jupe, Théo sentit Céline se presser un peu plus contre lui, son sein contre son bras.
— Ça te plaît de regarder ? murmura-t-elle.
Il ne répondit pas. Sa bouche était sèche. Il chercha Nora du regard elle était là, à un mètre de lui, Luc penché vers elle, ses lèvres contre son oreille. Il disait quelque chose. Elle souriait, mais ce sourire n'était pas pour lui. C'était pour ce que Luc lui disait, pour l'effet que ça lui faisait, pour le frisson qu'elle essayait de cacher et qu'elle ne voulait pas cacher tout à fait.
Théo vit la main de Luc se poser sur sa cuisse. Nora ne bougea pas. Elle le regardait, lui Théo, par-dessus l'épaule de Luc, et ses yeux disaient : je suis là, je te vois, je sais que tu vois.
Céline suivit son regard.
— Elle est belle, dit-elle. Tu veux la regarder ou tu veux qu'elle te regarde ?
Elle lui prit le menton, lui tourna la tête vers elle. Ses doigts étaient chauds, un peu moites. Son visage était tout près, ses yeux très clairs, sa bouche entrouverte sur une promesse.
— Ou tu veux regarder autre chose ?
Sur le pouf, l'homme grisonnant avait baissé son pantalon. La femme brune était à genoux devant lui, sa tête bougeait, et Théo entendit soudain les bruits des bruits humides, réguliers, que la musique ne couvrait plus tout à fait. L'homme avait une main dans ses cheveux, pas pour forcer, juste pour tenir.
Céline écarta les jambes. Sous sa robe courte, elle ne portait rien. Elle prit la main de Théo, la posa sur sa cuisse, l'y maintint.
— Tu sens ? dit-elle.
Sa peau était chaude, humide déjà. Elle glissa sa main sur la sienne, la fit remonter, la guida entre ses cuisses. Ses doigts rencontrèrent des poils ras, de la chair ouverte, du mouillé. Elle s'écarta un peu plus, s'enfonça sur ses doigts, et laissa échapper un petit bruit un bruit de gorge, à peine audible, mais qu'il sentit vibrer contre sa paume.
Il ne regardait plus le couple. Il regardait sa main, entre ses jambes à elle, et il regardait Céline qui le regardait, qui souriait de ce sourire qui disait *tu es en train de faire ça, tu es en train de faire ça avec moi, et ça te plaît*.
De l'autre côté du canapé, Luc avait dégrafé le soutien-gorge de Nora. Pas avec des gestes de séducteur avec des gestes de quelqu'un qui fait ce qu'il a envie de faire parce que c'est ce qu'on lui permet. Nora ne l'arrêtait pas. Elle ne l'aidait pas non plus. Elle regardait Théo. Elle regardait sa main entre les cuisses de Céline, et ce qu'il y avait dans ses yeux n'était pas de la jalousie. C'était autre chose. Une intensité. Une excitation. Le regard de quelqu'un qui voit ce qu'elle veut voir.
Luc baissa la tête vers sa poitrine. Sa bouche trouva son sein gauche. Nora ferma les yeux une seconde, les rouvrit. Elle ne le regardait plus, elle, Théo elle regardait sa main à lui, entre les jambes de Céline, et elle regardait Céline qui bougeait sur ses doigts, qui se frottait contre sa paume, qui haletait doucement.
— Tu veux la toucher ? dit Céline.
Il ne répondit pas. Ses doigts bougeaient tout seuls maintenant, sans qu'il ait à y penser, trouvant d'instinct ce qu'il fallait faire, où appuyer, où tourner. Elle gémit, sa tête bascula en arrière, ses mains s'agrippèrent à son poignet.
— Non, dit-elle. L'autre. Ta femme. Tu veux la toucher ?
Luc avait relevé la tête. Il regardait Théo. Ses mains étaient sur Nora, une sur son sein nu, l'autre sur sa nuque, et il attendait. Nora attendait aussi. Ses lèvres étaient humides, ses yeux plus sombres que d'habitude, et elle le regardait avec une attente qui n'était pas patiente.
Théo retira sa main des cuisses de Céline. Ses doigts étaient glissants, et il vit Nora regarder ses doigts, vit ses narines se dilater quand elle les vit, vit quelque chose se détendre dans son visage.
Il se leva, fit le tour du canapé, s'arrêta devant elle. Luc ne bougeait pas. Ses mains étaient toujours sur elle, et Théo regarda ces mains, regarda les doigts de cet homme sur le sein de sa femme, et ce qu'il ressentit n'était pas ce qu'il avait imaginé. C'était plus brut. Plus physique. Une montée de sang qui n'était pas de la colère.
Il prit le poignet de Luc, le dégagea. Lentement. Sans brusquerie. Luc le laissa faire, un sourire au coin des lèvres, et recula d'un pas.
Théo se mit à genoux devant Nora. Sa jupe était relevée, sa culotte baissée Luc avait déjà commencé, et cette idée le traversa comme un coup de couteau et une brûlure de plaisir mêlés. Il écarta ses cuisses, les posa sur ses épaules. Elle était mouillée. Très mouillée. Il la vit se mordre la lèvre quand il la regarda, quand il vit ce que Luc avait commencé, quand il comprit qu'elle avait laissé faire.
Il se pencha.
Sa langue trouva son clitoris. Elle sursauta, ses mains cherchant ses cheveux, s'y agrippant. Il l'avait fait cent fois, mille fois, mais jamais comme ça avec cet homme derrière lui qui regardait, avec Céline sur le canapé qui les regardait, avec cette salle entière où d'autres couples étaient en train de faire la même chose ou d'autres choses, et où personne ne trouvait ça étrange.
Il l'embrassa là où elle avait envie d'être embrassée. Sa bouche, sa langue, ses lèvres, tout ce qu'il savait faire pour la faire gémir, pour la faire se cambrer, pour la faire perdre le contrôle. Elle ne perdait pas le contrôle, elle le lui donnait ses hanches se soulevaient à la rencontre de sa bouche, ses doigts tiraient ses cheveux, et elle haletait son nom entre ses dents.
— Théo.
Il leva les yeux vers elle. Elle le regardait, et au-dessus d'elle il y avait Luc qui les regardait, et dans le champ de sa vision périphérique il voyait Céline, les jambes écartées, une main entre ses cuisses, qui les regardait aussi. Tout ce monde qui les regardait, et lui à genoux devant sa femme, la bouche pleine d'elle.
Il se redressa, la fit basculer en arrière sur le canapé, se plaça entre ses jambes. Il n'avait pas enlevé son pantalon, il se débattit avec sa ceinture, ses doigts tremblaient, il était plus dur qu'il ne l'avait jamais été, une tension presque douloureuse dans le bas-ventre. Quand il la sentit sous lui, ouverte, offerte, ses cuisses contre ses hanches, ses talons dans ses reins, il se demanda une seconde s'il allait pouvoir durer.
Il entra en elle d'un coup.
Elle cria. Pas un cri retenu, pas un cri pour les autres un cri pour elle, pour lui, pour ce qu'il lui faisait. Il sentit ses ongles dans son dos, ses dents sur son épaule, son corps tout entier qui se resserrait autour de lui comme pour le piéger, le garder, ne pas le laisser partir.
Il la baisa. C'était le mot. Pas faire l'amour, pas un autre mot plus doux. Il la baisa sur ce canapé, sous les lumières rouges, avec des inconnus autour d'eux et le visage de Luc Delorme à quelques centimètres, et chaque coup de reins était plus profond que le précédent, chaque fois elle criait plus fort, chaque fois ses mains s'accrochaient plus fort à lui.
— Regarde-moi, dit-il.
Elle le regarda. Ses yeux étaient ceux qu'il connaissait et pourtant ils étaient différents dilatés, brillants, avec au fond quelque chose qu'il n'avait jamais vu, une sorte de violence consentie, de lâcher-prise total.
— Toi, dit-elle. Toi seulement.
Il ne savait pas si c'était vrai. Il ne savait pas si ça l'était encore, après ce qu'ils venaient de faire, après ce qu'ils avaient laissé faire. Mais il avait envie de le croire, et elle avait envie de le lui faire croire, et c'était peut-être la même chose.
Il accéléra. Elle ne criait plus, elle haletait, des bruits courts, saccadés, au rythme de ses coups. Sa main à elle était descendue entre eux, elle se touchait, elle accélérait aussi, elle montait avec lui, et quand elle vint, il sentit ses ongles s'enfoncer dans ses fesses, son bassin se soulever, ses dents mordre sa lèvre pour ne pas hurler. Elle se tendit comme un arc, resta bloquée une seconde, deux, trois, puis se défit en une série de secousses qui la firent gémir à chaque expiration.
Il attendit qu'elle redescende, qu'elle rouvre les yeux. Puis il la retourna sur le ventre, la releva à quatre pattes, et la reprit par-derrière. Cette position, il l'aimait parce qu'il voyait tout ses omoplates, la courbe de ses reins, ses fesses qui se tendaient à chaque poussée, et le visage de Luc Delorme qui les regardait toujours, qui regardait sa femme, qui regardait Théo la prendre comme il n'avait pas eu le temps de le faire.
Il jouit en elle, profond, les mains sur ses hanches, le souffle coupé. Il sentit ses doigts à elle s'agripper au cuir du canapé, sa nuque qui se renversait, un dernier gémissement étouffé dans ses bras. Il resta en elle, pantelant, le front contre sa nuque, son odeur, sa transpiration, son souffle qui reprenait son rythme.
Quand il se releva, Céline était partie. Luc aussi. Le couple sur le pouf n'était plus là non plus, remplacé par deux autres qu'il ne reconnut pas, enlacés dans une obscénité tranquille. La musique continuait. Les bougies aussi. Le temps, dans cette pièce, semblait avoir une autre texture, plus épaisse, plus lente.
Nora se retourna, se glissa contre lui. Elle tremblait encore un peu, ou peut-être que c'était lui. Il ne savait plus.
— Il faut qu'on aille aux toilettes, dit-elle.
Sa voix était rauque, usée.
Ils se levèrent, traversèrent la pièce. Personne ne les regarda. Ou peut-être que si. Ils ne s'en souvenaient plus.
C'est vers minuit que Théo se leva.
Il avait besoin d'air, ou de reprendre pied dans quelque chose de concret les toilettes, un verre d'eau, n'importe quelle excuse pour sortir du salon et retrouver un couloir normal avec une lumière normale et des murs normaux. Il traversa le hall, tourna à gauche, trouva une porte fermée, l'ouvrit.
Ce n'était pas les toilettes.
C'était un escalier qui descendait.
Il ne sut pas pourquoi il descendit. Peut-être parce que le vin lui avait émoussé son instinct de prudence. Peut-être parce que quelque chose en bas produisait une légère lumière orange qu'il prit d'abord pour une veilleuse. Peut-être simplement parce que les gens curieux descendent les escaliers inconnus.
La pièce du sous-sol était petite, basse de plafond, éclairée par des bougies rangées en cercle sur le sol en pierre. Les murs étaient recouverts de symboles gravés directement dans le crépi des formes géométriques complexes, des cercles concentriques avec à leur centre quelque chose qui ressemblait à un oiseau stylisé aux ailes déployées, ou peut-être à autre chose selon l'angle. Dans un coin, une étagère portait des objets : des bocaux de verre sombre, des cordes tressées, ce qui ressemblait à des ossements de petits animaux disposés avec soin.
Et au centre de la pièce, une cage. En bois sombre, d'environ un mètre cube, robuste. Vide.
Sur le plancher de la cage, dans les interstices entre les lattes, quelque chose de brun sombre. Séché. Vieux.
Théo recula jusqu'à l'escalier, monta les marches sans se retourner, referma la porte derrière lui avec un soin extrême, et s'appuya contre le mur du couloir en essayant de décider si ce qu'il venait de voir était réel.
Nora avait commencé à aimer Céline Forêt avant même de la connaître vraiment. Il y avait chez elle cette qualité rare des personnes qui occupent l'espace sans l'envahir une présence chaleureuse et non invasive, le genre d'amie qu'on peut voir chaque jour sans en avoir assez. La rousse au rire facile devint en moins d'une semaine une figure régulière dans la vie des Castel, frappant à leur porte avec des prétextes divers et transparents : un livre à rendre qu'elle n'avait jamais emprunté, une recette à discuter, une question sur les horaires du marché.Nora comprit assez vite que ces prétextes n'étaient que ça. Céline avait besoin de compagnie d'une compagnie particulière, récente, pas encore tout à fait intégrée dans le réseau serré de Sainte-Luce. Une compagnie avec qui on pouvait encore parler sans sous-entendus.C'est lors d'une de ces visites du mercredi matin, autour d'un thé dans la cuisine des Castel, que la conversation prit une tournure différente.Théo était sorti. Nora et
Il attendit le matin pour parler.Pas par calcul, pas pour trouver les mots justes il n'en trouva pas. Mais il lui semblait qu'une cave avec des bougies et du sang séché méritait mieux que d'être racontée à une femme encore à moitié endormie à deux heures du matin. Alors il attendit que Nora ait bu son café, mangé sa tartine, regardé la mer depuis la terrasse avec ses yeux du matin ces yeux-là qu'il aimait particulièrement, moins défendus que ceux du soir.Il lui dit tout.Elle l'écouta sans l'interrompre, posant sa tasse à mi-chemin, la reprenant, la reposant. Quand il eut fini, elle resta silencieuse un moment en regardant ses mains autour du bol vide.— Tu es sûr que c'était du sang ? dit-elle enfin.— Non. Mais c'était vieux, sombre, sur le plancher d'une cage dans une cave avec des symboles aux murs.— Ça pourrait être une cave à vin avec une décoration excentrique.— Une cage à vin ?Elle eut un petit rire malgré elle, qu'elle étouffa aussitôt parce que ce n'était pas drôle. O
Ils en parlèrent pendant cinq jours.Pas des conversations frontales, pas des délibérations formelles avec pour et contre listés sur une feuille de papier. Des allusions, des silences, des questions posées de côté comme quand on regarde quelque chose de trop lumineux. Le mardi approchait avec la régularité d'une marée et ils faisaient semblant de ne pas le voir.Le dimanche, Nora dit : « Je suis curieuse. Juste curieuse. »Le lundi, Théo dit : « On peut partir quand on veut. »Ces deux phrases ensemble formaient une décision.La villa Sève à vingt-deux heures était méconnaissable. Pas extérieurement de la rue, rien ne différenciait ce mardi des autres nuits de la semaine, aucune lumière extérieure, aucune musique audible depuis le trottoir. Mais en poussant la porte Patrick l'avait laissée entrouverte, comme prévu on entrait dans un autre espace-temps.La lumière était chaude, ambrée, dispensée par des lampes à pied aux abat-jours rouges et des rangées de bougies sur toutes les sur
Quand elle le prit en bouche, Théo laissa échapper un son qu'il ne contrôla pas. Sa tête heurta doucement le mur, ses mains trouvèrent ses cheveux, n'y restèrent pas, se posèrent sur ses épaules, cherchèrent un appui qui n'était pas une pression. Il ne voulait pas la guider. Il voulait seulement être là, dans ce qu'elle faisait, dans la façon dont elle prenait son temps, dont sa langue dessinait des cercles lents, dont sa bouche s'ajustait avec une précision qui n'avait rien d'empressé.Il y avait dans son geste une patience de professionnelle non, pas de professionnelle. De quelqu'un qui sait ce qu'elle fait parce qu'elle l'a fait mille fois, oui, mais surtout parce qu'elle est en train de le faire maintenant, entièrement, sans rien garder pour ailleurs.Elle le regarda, ses yeux levés vers lui pendant qu'elle le prenait, et ce regard était un miroir : elle voyait ce qu'elle lui faisait, elle le voyait lutter pour garder ses mains là où elles étaient, pour ne pas s'oublier, pour res
Le premier dîner Ils traversèrent la rue vers vingt-trois heures. La nuit était douce, une de ces nuits d'avril où la mer respire au loin et qu'on l'entend à peine, comme un souffle régulier. Nora marchait devant, Théo derrière, et il regardait sa nuque, la façon dont ses cheveux s'étaient légèrement défaits, la ligne de sa mâchoire qu'il connaissait par cœur mais qu'il voyait soudain différemment.Dans l'entrée, elle ne ralluma pas le grand salon. Elle alla droit vers la cuisine, alluma le spot au-dessus de l'évier, posa son sac sur la table. Théo ferma la porte, tourna le verrou, posa le carton épais sur le meuble de l'entrée. Il la rejoignit sans un mot.— Tu as aimé ce soir ? dit-elle.Sa voix n'était pas la même. Un peu plus grave, un peu plus lente, comme si elle goûtait les mots avant de les dire.— Je ne sais pas encore, dit Théo.Il ouvrit une bouteille d'eau, en servit deux verres. Ses gestes étaient précis, mesurés, comme s'il contrôlait soigneusement quelque chose. Nora
Théo ne montra pas le mot à Nora. Pas tout de suite. Il passa une partie de la nuit à le retourner entre ses doigts, couché sur le dos à côté d'elle qui respirait doucement, et il se dit que les raisons d'avoir écrit une telle chose étaient probablement nombreuses et banales. Un voisin trop zélé qui voulait prévenir d'une réunion de copropriété. Une blague d'enfant du quartier. Une habitude locale incompréhensible pour qui arrivait de Paris. Il finit par le ranger dans le tiroir de sa table de nuit et s'endormit en se convainquant que l'explication serait claire au matin.Le matin n'éclaircit rien mais apporta du café et du soleil, ce qui était déjà beaucoup. Nora se leva avant lui, ouvrit les volets de la terrasse, resta un long moment à regarder la mer entre les toits. Elle avait ce visage qu'elle n'avait jamais à Paris ouvert, disponible, légèrement ébahi, comme si ses traits s'étaient desserrés pendant la nuit.— On a bien fait, dit-elle quand il la rejoignit avec deux tasses.—