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La nouvelle planque est une maison au fond des bois.
Leo l'a trouvée il y a des années, une cache d'urgence pour les moments où tout va mal. Il m'a raconté une fois, pendant une de ces longues nuits d'attente, qu'il avait acheté cet endroit avec l'argent d'un contrat, avant même de rencontrer Kaï. Une assurance. Un endroit où se cacher quand le monde devient trop petit, trop dangereux, trop mortel.
Je
CINQ ANS PLUS TARDMayaLe soleil de cette fin d'après-midi est doux et doré, il baigne le vallon d'une lumière chaude qui fait scintiller les feuilles des arbres et dessine des ombres longues sur l'herbe de la prairieUn vent léger souffle de l'ouest, portant avec lui l'odeur de la terre humide et des fleurs sauvages qui poussent à la lisière de la forêt. Quelque part dans le ciel, un busard plane paresseusement, dessinant des cercles lents au-dessus de nos têtes.Une petite fille court dans l'herbe haute, ses cheveux bruns flottant derrière elle comme un étendard. Elle rit aux éclats, un rire clair et cristallin qui résonne dans l'air pur de la montagne et me remplit le cœur d'une joie si intense qu'elle en est presque douloureuse. Elle poursuit un papillon blanc qui volette devant elle, se jouant d'elle, tantôt à portée de ses petites mains, tantôt s'élevant hors d'atteinte pour se poser quelques mètres plus loin sur une fleur sauvage.— Attends-moi, papillon ! crie-t-elle. Attend
MayaSix mois ont passéSix mois entiers depuis notre retour à l'auberge de Madame Ivanova. Six mois depuis que nous avons enterré Leo dans cette clairière, au cœur de la forêt, et laissé derrière nous les cadavres calcinés de nos ennemis. Six mois que nous vivons cachés, loin de tout, dans une petite maison de pierre nichée au creux d'un vallon sauvage que Kaï a découvert il y a des années et qu'il gardait précieusement pour le jour où nous pourrions enfin nous poser.La maison est simple, rustique, presque spartiate, mais elle est devenue notre foyer. Des murs de pierre épais qui gardent la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. Un toit de lauzes couvert de mousse. Une cheminée qui fume doucement, signalant notre présence aux rares voyageurs égarés. Un potager que j'ai commencé à cultiver, avec des tomates, des haricots, des herbes aromatiques. Des poules qui caquettent dans la cour, un chat tigré qui paresse au soleil. Une vie simple, paisible, comme je n'aurais jamais osé en rêv
KaïJe me réveille brusquement au milieu de la nuit, le cœur battantLa chambre est plongée dans une obscurité presque totale, seulement troublée par les braises rougeoyantes qui finissent de se consumer lentement dans la cheminée, jetant des lueurs intermittentes et fantomatiques sur les murs de pierre. Le vent est tombé complètement, le silence est presque absolu, à peine troublé par le tic-tac lointain et régulier d'une vieille horloge quelque part dans les profondeurs de la maison et le souffle léger et paisible de Maya endormie contre moi.Elle dort profondément, paisiblement, pour la première fois depuis des jours, des semaines peut-être. Son visage est complètement détendu, ses traits apaisés, ses lèvres légèrement entrouvertes sur un souffle régulier et confiant. La cicatrice sur son cou forme une ligne pâle et sinueuse dans la pénombre, souvenir indélébile de ce qu'elle a traversé, de ce qu'elle a survécu contre toute probabilité. Je la regarde dormir, et mon cœur se gonfle d
Il lève une main, lentement, précautionneusement, et effleure du bout des doigts la cicatrice sur mon cou. Ses doigts sont calleux, rugueux, durcis par des années de combat et de survie, mais leur contact est d'une douceur infinie, presque insoutenable. Il suit le tracé exact de la blessure refermée, cette ligne pâle et légèrement boursouflée qui barre ma gorge, souvenir indélébile du couteau d'Elena, de ce moment où tout a failli basculer.— J'ai cru te perdre, dit-il d'une voix étranglée par l'émotion. Quand j'ai vu le sang couler sur ton cou, quand j'ai compris que j'avais failli arriver trop tard, que quelques secondes de plus et tu serais morte. J'ai cru que j'allais devenir fou de douleur.— Tu n'es pas arrivé trop tard. Tu es arrivé exactement au moment où il fallait. Tu m'as sauvée, Kaï. Comme tu m'as toujours sauvée.— J'aurais dû être plus rapide. J'aurais dû la tuer avant qu'elle ne puisse même poser les yeux sur toi.— Kaï. Arrête de te torturer. Tu es arrivé exactement au
MayaL'auberge de Madame Ivanova est exactement comme dans mon souvenir le plus précis, comme si le temps s'était figé dans une bulle d'ambre depuis notre premier passageLa même bâtisse de pierre grise, trapue et massive, avec ses murs épais qui semblent défier les siècles et les intempéries. Le même toit de tuiles moussues, d'un vert profond et velouté, qui s'incurve légèrement sous le poids des années et des hivers rigoureux. Les mêmes volets de bois délavés par les pluies et les soleils successifs, dont la peinture s'écaille par longues plaques, révélant le bois gris et noueux en dessous. La même fumée paresseuse qui s'élève de la cheminée de pierre, se découpant en volutes paresseuses sur le ciel gris et bas de cette fin d'après-midi d'automne, comme un signal silencieux adressé aux voyageurs égarés. Les mêmes poules qui picorent dans la cour boueuse, indifférentes et appliquées, grattant la terre de leurs pattes griffues à la recherche de vers et d'insectes, sans même lever la t
KaïLa nuit est tombée sur la forêtNous sommes de retour à la cabane de chasseurs, tous les quatre — Maya, Anastasie, Dmitri et moi. Les derniers survivants. Ceux qui ont traversé l'enfer et en sont ressortis vivants, mais pas indemnes. Personne ne ressort jamais indemne de ce genre d'épreuve.Dmitri est assis dans un coin, silencieux, le regard perdu dans le vide. Il n'a presque pas parlé depuis que nous avons enterré Leo. Il rumine son chagrin, sa colère, ses regrets. Je sais ce qu'il ressent. Je le ressens aussi. Leo était son ami, son frère d'armes, peut-être plus que ça. Et il est mort sans que Dmitri ait pu lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur.Je m'approche de lui, m'assois à côté de lui. Il ne réagit pas, ne tourne même pas la tête vers moi. Il continue de fixer le mur, les yeux vides.— Je suis désolé, dis-je à voix basse. Pour Leo. Je sais que vous étiez proches.— Proches, répète-t-il d'une voix sans timbre. Oui, on peut dire ça.— Si tu as besoin de parler, je suis là
MayaUn pas sur le palier.Pas celui de Kaï. Plus lourd. Plus assuré. Plus nombreux.Je les entends maintenant. Ils sont deux. Peut-être trois. La répartition des pas, le glissement furtif des semelles sur le parquet ancien. Des professionnels.Je glisse la main sous le matelas. Le métal de la lame
MayaLa poignée de la porte de ma chambre est froide sous ma paume. Je rentre, je m’adosse au bois. Le cœur bat à coups sourds contre mes côtes. L’adrénaline de l’affrontement avec Kaï se mue en une vibration basse, incessante.Ton miroir.Je l’ai dit. Je l’ai vu. Dans ses yeux, j’ai vu la fracture
MayaLa fourgonnette roule dans un silence de plomb, seulement troublé par le ronronnement feutré du moteur et la respiration trop contrôlée de Kaï à côté de moi. Il a les yeux fermés, mais je sais qu’il ne dort pas. La douleur le tient éveillé, une mâchoire de fer qui se resserre sur son flanc.De
MayaLe couloir sent le moisi, le métal froid et quelque chose d'autre, d'âcre et chimique, qui pique les narines. La lumière est fournie par des ampoules nues protégées par des grillages, jetant des ombres difformes sur les murs de béton brut. Les pas de l'homme de devant, l'homme au bureau qu'ils







