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Chapitre 3 : Un silence trop lourd

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-09 17:41:21

MAYA

Le temps se fige dans la cabine exiguë du van. La seule chose qui existe, c'est la pression de ses doigts autour de mon poignet. Une prise qui promet des ecchymoses. Sa peau est brûlante, sa fièvre une fournaise palpable même à travers mon propre sang froid. Ses yeux gris, d'un métal terni par la douleur et la perte de sang, ne clignent pas. Ils absorbent. Ils dissèquent. Ils condamnent.

Mon cœur, ce traître, cogne soudain contre mes côtes comme un oiseau pris au piège. Mais mon visage reste un masque de calme insolent. C'est mon armure. Celle que je porte sur scène, celle que je porte dans la vie.

Il essaie de parler. Ses lèvres gercées s'entrouvrent, un souffle rauque s'en échappe. Pas des mots. Un grognement. Celui d'un loup pris dans un piège, prêt à se ronger la patte.

— Du calme, Rambo, je murmure, ma voix étonnamment stable. Si tu me broies le poignet, je ne pourrai pas finir de te recoudre. Et franchement, mon ouvrage est déjà assez chaotique comme ça.

Ses doigts se resserrent une fraction de seconde. Une lueur de rage pure traverse son regard vitreux. Puis, comme si l'effort était trop grand, sa prise se relâche légèrement. Ses paupières papillotent. La conscience est une marée trop forte pour lui, elle se retire aussi vite qu'elle est venue. Sa main glisse de mon poignet, atterrit mollement sur le matelas, mais ses yeux restent entrouverts, fixes sur moi, comme s'il craignait que je ne disparaisse, ou que je ne lui plante mon aiguille dans le cou.

Je ne bouge pas. J'attends. Mon poignet palpite douloureusement. Je respire lentement, profondément, l'air chargé de l'odeur de son sang, de ma sueur et de la peur. Une odeur aigre-douce.

— C'est ça. Fais une petite sieste. Je vais juste… finir de te bricoler.

Je reprends l'aiguille, mes doigts légèrement tremblants maintenant que l'adrénaline retombe. Je termine le dernier point, je couds le fil, je le serre. Il ne réagit plus, sauf un léger tressaillement à chaque passage de l'aiguille. Je nettoie une dernière fois les blessures, applique une pommade antibiotique volée dans une pharmacie il y a des mois, et pose des bandages propres – des compresses stériles, pour une fois.

Quand j'ai fini, je me recule, m'assieds sur le petit tabouret pliant, et je l'observe.

Sous la crasse et le sang, il est… frappant. Pas beau de la beauté lisse des magazines. Beau de la beauté d'un couteau de combat. Une mâchoire carrée, serrée même dans l'inconscience. Des sourcils sombres et droits. Des cernes profonds qui parlent de nuits blanches, pas de fêtes. Ses cheveux, d'un châtain foncé presque noir, sont courts, en désordre, collés par endroits à son front par la sueur de l'agonie.

Je passe une main dans mes propres boucles, soudain consciente de mon apparence : un vieux sweat trop grand, un legging déchiré au genou, pas de maquillage, les yeux sûrement cernés. Je ressemble à ce que je suis : une fille épuisée qui vient de danser pour des inconnus et de jouer à la chirurgienne de guerre dans un van.

Mais il est là, allongé sur mon matelas, respirant grâce à mes points de suture. Le puzzle. L'inconnu dangereux.

— Qui es-tu ? je murmure, plus pour moi que pour lui.

Je tends la main, presque malgré moi, et écarte délicatement le pan de son t-shirt déchiré pour mieux voir le bandage. Ma main effleure sa peau, chaude et tendue sur des muscles durs. Un frisson me parcourt, inattendu, incongru. Ce n'est pas du désir. C'est… de la reconnaissance. La preuve tangible que c'est réel. Que je viens de faire ça.

Soudain, il marmonne. Des mots indistincts, roulés dans une langue qui pourrait être du russe, ou du polonais. Puis, plus clairement, un mot en anglais, chargé d'une urgence terrible :

— Danger.

Mon sang se glace.

— Quoi ? Danger ? Où ? Ici ?

Je me redresse d'un coup, les sens en alerte. Je tends l'oreille, le cœur battant la chamade. Le van est garé dans un coin reculé du parking désaffecté derrière le club. Le silence règne, seulement brisé par le lointain bourdonnement de la ville et le tic-tac d'une fuite d'eau quelque part.

Puis j'entends. Des pas. Lents, mesurés. Plusieurs paires de chaussures sur le gravier. Pas les pas titubants des ivrognes ou des clients du club. Des pas professionnels. Délibérés. Qui s'approchent.

La voix de mon amie Lana résonne dans ma tête : « Tu as un déficit criant d'instinct de survie, Maya ! »

Peut-être pas tant que ça, finalement. La peur, cette fois, est un raz-de-marée, claire et glaciale. Ce n'est plus excitant. C'est mortel.

Je me lève si vite que le tabouret bascule et cogne contre la paroi du van avec un bruit sourd qui me semble assourdissant. Les pas au-dehors s'arrêtent net.

Merde.

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