LOGINMayaLes heures passent.Dans la cave, on n'a pas de fenêtre, pas de lumière du jour. On n'a que les bougies qui vacillent, qui brûlent lentement, qui nous rappellent que le temps passe.Alexei est stable, pour l'instant. Il dort, ou il est inconscient, je ne sais pas. Mais il respire. Sa respiration est faible, mais régulière. C'est l'essentiel.Je suis assise près de la porte, à guetter. Dmitri est dehors, mais moi je guette aussi. Je guette un bruit de pas, un souffle, un appel, n'importe quoi.Rien.Les minutes s'étirent comme des heures. Les heures comme des jours.Et s'il ne revenait pas ? Et s'il était resté là-bas, seul contre tous, à se battre pour nous donner le temps de fuir ? Et si la prochaine fois que je le verrai, ce sera pour dire adieu ?Je chasse cette pensée. Je ne peux pas. Je ne peux pas imaginer ma vie sa
Je veux aller vers lui, mais je suis trop loin. Les balles pleuvent entre nous, un mur de feu et de plomb. Je ne peux pas. Je ne peux rien faire.Puis je vois Maya. Elle court. Elle court droit vers Alexei, sans arme, sans protection. Les balles sifflent autour d'elle, mais elle continue. Elle l'atteint, le hisse sur ses pieds, le ramène vers les voitures.Putain de folle. Mais putain de courageuse.Je tire pour couvrir sa retraite. Un homme, deux hommes, trois hommes. Ils tombent. Elle arrive aux voitures. Anastasie l'aide à installer Alexei.— Leo ! crie Dmitri. On doit battre en retraite ! Ils nous encerclent !Il a raison. Je regarde autour de moi. Les hommes de Chernov sont partout, ils avancent, ils nous prennent en tenaille. Dans quelques minutes, ils seront sur nous.— Où est Kaï ?— Je sais pas !— On ne peut pas partir sans lui !— Il conna&i
Il n'y a que moi.Moi, l'ex-stripteaseuse. Celle qui ne sait pas se battre. Celle qui ne sait pas tuer. Celle qui, il y a quelques semaines encore, passait ses nuits à danser pour des hommes qui la regardaient comme un morceau de viande.Mais celle qui sait recoudre. Celle qui sait sauver.Je prends une profonde inspiration. Je cours.Les balles sifflent autour de moi. Je cours plus vite que je n'ai jamais couru de ma vie. Mes poumons brûlent. Mes jambes me supplient de m'arrêter. Mais je continue. Parce que Alexei est là-bas. Parce que c'est l'ami de Kaï. Parce que c'est un père, un mari, un homme qui mérite de vivre.J'atteins Alexei. Il est allongé derrière son arbre, une tache sombre qui s'élargit sur son flanc. Son visage est gris, ses yeux sont révulsés.— Alexei ! Alexei, tu m'entends ?Il ouvre les yeux. Ses pupilles sont dilatées, mais il me reconnaît.— Maya... dit-il. Mes enfants...— Tais-toi. Ne parle pas. Je vais t'aider.Je regarde sa blessure. Une balle dans le côté. Ç
MayaLa première balle traverse la nuit comme un cri.Elle vient de nulle part et de partout à la fois. Une seconde, il n'y a que le silence de la forêt, ce silence épais des nuits sans lune où on entend chaque souffle de vent, chaque craquement de branche. La seconde d'après, le monde explose.Le bruit déchire l'air, rebondit contre les arbres, se répercute dans ma poitrine. Pendant une fraction de seconde, je ne comprends pas ce qui se passe. Mon cerveau met du temps à traduire ce son en danger, cette détonation en menace.Puis tout explose.Les tirs crépitent de tous les côtés. Une pluie de balles qui sifflent, qui percutent, qui tuent. Les phares des véhicules de Chernov illuminent la forêt d'une lumière blanche, aveuglante, qui transforme les arbres en ombres mouvantes, en silhouettes fantomatiques. Les hommes hurlent des ordres en russe, des mots que je ne comprends pas mais dont je saisis la violence, cette violence qui est la leur, celle de tueurs, de prédateurs.Je suis figée
Il me regarde. Et pour la première fois depuis longtemps, je vois de la peur dans ses yeux. Une peur froide, lucide, terrible.— Elle a tout donné à Chernov. Notre planque. Nos forces. Nos faiblesses. Nos plans. Tout.Le silence dans la voiture est assourdissant. Plus un bruit. Plus un souffle.— Il sait tout, continue Kaï. Il va nous attaquer. Bientôt. Peut-être même aujourd'hui.— Putain, murmure Leo.— Il faut disparaître, dit Anastasie. Tout de suite. Loin. Le plus loin possible.— Trop tard, dit Kaï en regardant dans le rétroviseur. Ils sont déjà là.Je me retourne.Derrière nous, sur la route de terre, trois véhicules noirs approchent. Rapides. Déterminés. Implacables.— Accélère, dit Kaï.Leo accélère. La voiture bon
Elle me regarde une dernière fois. Un regard chargé de haine. De jalousie. De rage. Un regard qui dit que ce n'est pas fini. Que ça ne fait que commencer.— Profite, dit-elle. Ça ne durera pas.Elle sort. La porte claque. Le bruit du moteur démarre, rugit, s'éloigne dans la nuit.Le silence retombe, épais comme une couverture.— Bien, dit Leo. C'était intense.Dmitri rit, un rire nerveux. Anastasie soupire, soulagée. Alexei secoue la tête, incrédule.Moi, je regarde Kaï. Il me regarde aussi.— T'as fait quoi, là ? je demande.— J'ai choisi. Comme toi.— Devant tout le monde.— Fallait qu'elle comprenne. Fallait que tout le monde comprenne.— Et t'as pas peur qu'elle fasse des conneries ?Il réfléchit une seconde. Une seule.— Si, di
MayaLe soir tombe sur la maison.La lumière décline, les ombres s'allongent, la forêt devient peu à peu une masse sombre et menaçante. À l'intérieur, on a allumé des bougies et la cheminée crépite, p
Elena marque un temps. Ses yeux vont de lui à moi, de moi à lui. Elle évalue la situation, recalcule, s'adapte.— Comme tu veux, dit-elle enfin. Je suis venue vous aider.— Nous aider ?— Contre Chernov. Je sais des choses.
MayaLe lendemain.Je me réveille dans les bras de Kaï. La lumière filtre à travers les volets mal fermés, dessinant des raies de soleil sur le plancher. Dehors, les oiseaux chantent. Une journée qui commence, normale, presque pa
Je le comprends. Mieux que personne. J'ai attendu Kaï pendant quatre jours sans savoir s'il était vivant ou mort. Je sais ce que c'est, cette douleur dans la poitrine. Cette impression que chaque minute dure une éternité. Cette façon dont l'imaginati







