Se connecterIl se tourne vers moi. Dans la pénombre , il n'y a plus que la très faible clarté de la lune qui filtre par les fissures des murs , je devine plus que je ne vois son visage. Ses traits durs, taillés à la serpe par des années de violence et de survie. Sa mâchoire serrée, ce tic qu'il a quand il est déterminé. Ses yeux qui brillent d'une lueur farouche, animale, cette détermination absolue que j'ai appris à reconnaître et à aimer. — Viens, dit-il. Il ouvre son manteau. Le geste est ample, généreux, comme s'il m'offrait un refuge, un sanctuaire. Il m'attire contre lui. Son corps est chaud. Étonnamment chaud pour quelqu'un qui grelottait il y a une seconde. Comme s'il puisait dans des réserves de chaleur qu'il gardait précieusement pour ce moment, pour moi, comme s'il avait décidé que sa propre survie passait après la mienne. Je me blottis contre lui. Je me love dans la chaleur de son corps comme un animal c
Ma mâchoire se serre. Le souvenir suivant est moins agréable. — Il est mort. Empoisonné par un voisin qui en avait marre de l'entendre aboyer la nuit. J'avais dix ans. Je l'ai trouvé au petit matin, allongé sur le trottoir, raide, froid. Il avait les yeux ouverts, comme s'il regardait encore quelque chose que je ne pouvais pas voir. Son sourire s'efface. — Je suis désolée. — C'était il y a longtemps. Une autre vie. Mais je pense à lui, parfois. À cette fidélité. À cette confiance absolue qu'il avait en moi. Il me suivait n'importe où, dans n'importe quelle situation. Il ne doutait jamais. Il savait que je le protègerais, que je le nourrirais, que je prendrais soin de lui. Elle me regarde longuement, intensément. Les flammes se reflètent dans ses yeux, leur donnent une profondeur presque surnaturelle. — C'est pour ça que t'as du mal à faire confiance, dit-elle enfin. Parce que tous ceux en qui
Je l'aide à entrer. Elle pèse presque rien. Son bras autour de mon cou, je sens chacun de ses os à travers ses vêtements. Elle a perdu tellement de poids ces dernières semaines. On a tous perdu du poids. La guerre, la fuite, la peur, ça creuse un corps plus sûrement que n'importe quel régime.Je la fais asseoir sur le matelas , après avoir secoué les toiles d'araignées du mieux que j'ai pu, en chassant les araignées qui détalent dans tous les sens. Elle s'effondre plus qu'elle ne s'assied, le dos contre le mur de rondins, les jambes étendues devant elle. Ses yeux se ferment immédiatement. Son visage se détend un peu, comme si le simple fait de ne plus avoir à avancer était un soulagement immense.— Maya. Maya, reste avec moi.Je m'agenouille devant elle. Je prends son visage entre mes mains. Sa peau est glacée. Glacée, alors qu'on a marché toute la journée. Mauvais signe. Très mauvais signe. Le corps qui n'arrive plus à se réchauffer, c'est le dé
Kaï La cabane est là, au fond des bois. Je la vois émerger entre les arbres comme un fantôme, grise et silencieuse dans la lumière déclinante du jour. Une vieille bâtisse de rondins, à moitié mangée par la mousse et le lierre, avec un toit de tôle rouillée qui grince au moindre souffle de vent. Les fenêtres sont des trous noirs, vides, qui regardent la forêt comme des yeux morts. La cheminée de pierre s'effrite, vaincue par des décennies de gel et de dégel. Personne ne vient jamais ici. Personne ne sait que cet endroit existe. C'est pour ça que je l'ai choisie, il y a des années, quand j'ai commencé à préparer des planques de secours un peu partout dans cette région que je connais par cœur. Maya est derrière moi. Je l'entends buter contre une racine, retenir un cri. Je me retourne. Elle avance péniblement, les pieds ensanglantés par des heures de marche, le visage creusé par la fatigue et la faim. Ses cheveux sont collés par la sueur et la crasse, ses vêtements sont déchirés par l
Je hoche la tête. Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Mais ça ne rend pas les choses plus faciles.Maya nous rejoint. Elle est équipée elle aussi, mais pas d'arme. Elle portera le matériel médical, les pansements, tout ce qu'il faut pour soigner Alexei si on le récupère vivant. Elle est pâle, tendue, mais déterminée.— On y va ? demande-t-elle.— On y va, dit Kaï.On monte dans le vieux 4x4 que Viktor nous a prêté. Kaï conduit. Maya est à côté de lui. Moi, je suis à l'arrière, avec les armes.
LeoLa voiture s'arrête.J'ouvre les yeux. Je ne sais pas depuis combien de temps on roule. Les cahots du chemin de terre m'ont secoué, réveillant la douleur dans mon flanc. Mais je n'ai rien dit. Je ne me suis pas plaint. Je ne me plains jamais.Anastasie se tourne vers moi depuis le siège conducteur.— On est arrivés, dit-elle. Le village est juste derrière cette colline. Mes contacts nous attendent.— Bien.— Tu tiens le coup ?
MayaLa lumière.C'est la première chose que je sens. Une lumière douce, pâle, qui filtre à travers mes paupières closes. Pas la lumière crue des réveils habituels, pas celle qui agresse et qui oblige à se cacher sous la
MayaOn reste silencieux un long moment. Puis je sens sa main glisser le long de mon dos, jusqu'à mes fesses. Il les pétrit doucement.— Encore ? je demande, surprise.Il r
MayaIl me renverse sur le dos, me couvre de son corps. Ses lèvres trouvent mon cou, mes épaules, la naissance de mes seins. Il prend son temps. Il m'embrasse partout, comme s'il me redécouvrait. Mes clavicules, m
MayaSon corps est magnifique. Je le sais déjà, je l'ai vu, touché, mais le voir ainsi, dans la lumière chaude du poêle, c'est autre chose. Les muscles qui roulent sous la peau, les cicatrices qui rac






