MasukCamila ReyesUn rugissement, inhumain, emplit les haut-parleurs adverses. Puis des ordres hurlés. Les moteurs rugissent à nouveau.— Ils chargent ! crie la technicienne.Sur les écrans, les points rouges accélèrent droit vers nous.Vaughan se jette sur les commandes.— Contention maximale ! Tous les boucliers ! Préparez les dispositifs non-létaux !Le bunker tremble.Un premier impact. Métal contre béton renforcé. Un gémissement profond parcourt la colonne vertébrale du monde, du plancher jusqu’à mes dents. La lumière vacille. Une alarme stridente se déclenche quelque part.Puis un deuxième. Plus violent.Le troisième impact n’est pas un choc. C’est une explosion.La porte principale, la plus épaisse, encaisse le souffle. L’écran qui la montre se couvre de poussière et de feu. Les lumières s’éteignent, plongeant la salle dans un rougeoiement d’urgence.Dans cette lueur d’enfer, je me tiens droite. Les cris, les ordres, le crépitement des systèmes qui luttent, tout cela devient un fond
Camila ReyesLe présent est un fil tendu. Il vibre entre le silence du bunker et la tempête qui s’assemble au-dehors. Je le sens. Dans l’air filtré. Dans la façon dont la lumière des néons ne tremble plus, mais se durcit. Je suis éveillée. Mes enfants dorment, mais mon sang veille.Je suis devant le hublot de la salle de contrôle. Derrière la vitre teintée, Vaughan et son équipe sont des ombres nerveuses qui se déplacent dans la lumière bleutée des écrans. Des mots claquent, étouffés par la paroi : mouvements, périphérie, signatures thermiques multiples. Ils pensent que je n’entends pas. Mais je vois. Je lis sur leurs dos courbés, sur leurs mains qui tapent trop vite.Eleanor approche. Son pas est feutré, mais son énergie est un nuage électrique.— Camila.Je ne détourne pas le regard du hublot.— Ils sont là, n’est-ce pas ?Un silence. Puis sa voix, basse, professionnelle, mais avec une faille, une minuscule fissure.— Nos drones ont détecté une concentration d’activité à deux kilomè
Camila ReyesLe silence, ici, a une couleur. Un gris de béton, un jaune de lumière fatiguée. C’est le silence après la tempête. Après lui.Je respire. L’air sent le filtre et la pierre froide. C’est une bonne odeur. Une odeur de cave, de racines. Une odeur où il n’est pas.Mes enfants dorment. D’un vrai sommeil, épuisé, dans les lits métalliques de ce bunker désaffecté. Mateo, les poings serrés près des joues. Isabella, la bouche entrouverte. Lucia, un soupir qui soulève sa petite poitrine. Je les regarde. Je ne compte pas pour surveiller. Je compte pour savourer. Un. Deux. Trois. Tous les trois. Loin de lui.On m’a donné une injection pour « calmer l’anxiété post-traumatique ». Je l’ai laissé faire. Le liquide froid dans ma veine était le prix à payer pour ce calme, pour cette lucidité de crystal. Mes yeux ne brûlent plus de terreur. Ils brûlent d’une autre flamme. Plus nette.Nous avons changé de cercle. Mais nous ne sommes plus en enfer. Nous sommes dans les coulisses. Dans les ent
Richard VaughanLe bunker médical sent l’antiseptique et le désespoir refoulé. Ce n’est pas l’hôpital champêtre que nous avions imaginé. C’est une aile sécurisée, profonde, enterrée sous un autre complexe gouvernemental. Les murs sont blancs, sourds. La seule fenêtre est un écran affichant une vue paisible de forêt, une boucle vidéo de trente secondes.Je les observe depuis la salle de contrôle, à travers une vitre sans tain.Camila est assise dans un fauteuil moelleux, trop grand pour elle. Elle porte un sweat-shirt informe et un pantalon de survêtement, tous deux d’un gris terne. Elle ne regarde pas l’écran-forêt. Ses yeux sont fixés sur le mur blanc, au-delà duquel, de l’autre côté d’un couloir, dans une chambre jumelle, dorment Mateo, Isabella et Lucia.Elle n’a pas dormi. Pas vraiment. Les moniteurs le confirment. Des phases de sommeil léger, entrecoupées de sursauts, de murmures inaudibles. Elle mange parce que le Dr. Thorne l’y oblige avec des arguments nutritionnels implacable
Cristóbal La nouvelle m’atteint à Madrid, dans le bureau feutré d’un avocat discrètement corrompu. Un simple bip sur mon téléphone chiffré. Un code. Pas de mots. Juste le vide qui se creuse là où, il y a une heure encore, il y avait une certitude. Ma certitude.Le verre de brandy que je tenais se fige à mi-chemin de mes lèvres. Le monde extérieur , le murmure de la circulation sur le Paseo de la Castellana, les rires étouffés de l’avocat au téléphone , devient soudain une scène muette, plate, insignifiante.Ils l’ont prise.Elle l’a prise.Le silence dans ma tête n’est pas du calme. C’est le vide avant l’explosion. Un vide qui absorbe tout le bruit du monde. Je pose le verre, trop doucement. L’avocat me regarde, un sourcil interrogateur levé. Je lui fais signe de quitter la pièce d’un simple mouvement de la main. Il hésite, lit quelque chose dans mes yeux, et obéit sans un mot.Quand la porte se referme, la fureur arrive.Ce n’est pas une explosion. C’est une vague glacée qui monte d
Richard VaughanL’heure zéro.Dans le SCIF, l’air est statique, saturé d’ondes radio et d’angoisse retenue. Les écrans montrent des images en infrarouge de la propriété, des silhouettes fantomatiques qui se déplacent derrière les murs épais. Sur une autre console, les signes vitaux de Camila, captés par un biocapteur dissimulé dans un bouton, tracent une ligne plate, trop calme, vaguement inquiétante. Les enfants dorment. Du moins, c’est ce que disent les rapports.Ma main est moite sur le combiné sourd. Je n’ai plus rien à ordonner. Le plan est en marche. Frank Decker et son équipe sont en position, des ombres collées aux rochers surplombant la partie la plus ancienne du complexe. L’équipe médicale de Thorne est en attente dans un camion garé à trois kilètres, dans un bosquet d’oliviers. Eleanor est avec eux, silencieuse.L’infiltrée principale, une infirmière nommée Clara, doit déclencher l’opération. Un signal simple : couper le flux d’alimentation secondaire de la nurserie, simula







