LOGINCamille RouxLa brume matinale s’accroche encore aux collines verdoyantes, déchirée par les premiers rayons d’un soleil pâle. L’air, ici, sent l’humus, la feuille mouillée, et le café frais qui monte de la cuisine. Pas de béton. Pas de filtre. Pas de peur.Un an.Un an depuis que l’hélicoptère a posé ses roues sur le tarmac d’un aéroport discret, au cœur d’une région de lacs et de forêts, dans un pays dont je ne connaissais que le nom. Un an depuis le premier souffle d’air libre, un air si propre, si chargé de simple humidité, qu’il en avait été douloureux à respirer.Je m’appelle Camille Roux, maintenant. Un nom solide, terre à terre, choisi avec l’aide d’Eleanor, dans une liste qui semblait infinie. Mes enfants s’appellent Léo, Maëlle, et Chloé. Des noms de vent, de lumière. Ils les portent bien. Ils les ont fait leurs.Notre maison est une longue bâtisse en pierre, rénovée, au toit de lauze, encastrée dans le flanc d’une colline. Elle a une terrasse en bois qui surplombe une vallée
Camila ReyesC’était le piège final. Non pas pour le capturer physiquement , les soldats étaient là pour ça. Mais pour lui infliger la seule défaite qu’il ne pourrait jamais digérer : lui montrer qu’il n’avait plus aucun pouvoir sur moi. Le voir vaciller, ce dernier instant où le tyran s’est rendu compte qu’il n’était plus qu’un homme, face à une femme qu’il ne reconnaissait plus… Cela valait toutes les nuits de terreur.Un officier militaire s’approche, un colonel au visage grave et compétent.— Madame Reyes. L’hélicoptère médicalisé est prêt. Nous pouvons évacuer vous et vos enfants dès que vous le souhaitez.Je regarde mes enfants endormis. Je regarde les ruines fumantes du bunker, ce tombeau qui est devenu une chrysalide. Je regarde Vaughan et Eleanor, ces deux étrangers qui sont devenus les architectes de ma délivrance.— Où allons-nous ? demandé-je, et la question n’est pas pratique. Elle est existentielle.— Un lieu sûr, répond le colonel. Loin d’ici. Vous aurez le temps de vou
Camila ReyesLa lumière qui entre par les brèches du plafond n’est plus celle des projecteurs d’hélicoptères. C’est une lueur pâle, laiteuse. L’aube.Elle se fraye un chemin à travers la poussière en suspension, dessinant des colonnes tremblantes dans l’air épais. Elle caresse les visages des soldats épuisés, assis le dos contre le mur, leurs armes posées à côté d’eux comme des jouets abandonnés. Elle éclaire les formes recouvertes de draps, alignées avec une précision funèbre le long du couloir. Elle touche enfin le sol près de mes pieds, un carré de pâleur sur le béton souillé.Je suis assise sur une caisse de munitions vide, adossée à la paroi extérieure de la chambre forte. Mes enfants dorment. Vraiment dorment. Dans un coin améngré par les médecins militaires, sur des couchettes de campement, sous l’effet de sédatifs doux et nécessaires. Leurs petites poitrines se soulèvent et s’abaissent en rythme. Leurs visages, enfin détendus, sont lavés de la sueur et de la terreur de la nuit
L'Agent VaughanLa réponse vient par radio, dans l'oreillette d'El Infierno, une voix hurlante, paniquée, que nous entendons tous.— Patron ! Des hélicos ! Des militaires ! Au moins quatre ! Ils ont neutralisé les véhicules ! Ils débarquent partout ! Ils… AÏE !La transmission se coupe dans un grésillement.Le grondement des rotors est maintenant partout, écrasant, faisant trembler les murs, faisant danser la poussière sur les corps. Des voix amplifiées, autoritaires, tonnent de l'extérieur.— Ici l'armée ! Vous êtes encerclés ! Déposez immédiatement vos armes et sortez les mains sur la tête ! Toute résistance sera neutralisée !El Infierno se tourne vers moi. Son visage est un masque de fureur pure, primitive. Ce n'est plus le stratège. C'est la bête acculée.— VOUS ! hurle-t-il, son arme pointée sur mon visage cette fois. VOUS LES AVEZ APPELLÉS !— Non, dis-je, la voix étranglée. Pas moi.Mes yeux vont à la porte blindée. À l'interphone.Camila.C'était le plan. Le vrai plan. Pas te
L'Agent VaughanL'air, à l'intérieur du bunker, n'est plus respirable. Il est épais de fumée âcre, de poussière de béton pulvérisé, de l'odeur métallique du sang et de la cordite. Les lumières d'urgence clignotent, jetant des spasmes rouges sur les murs éventrés, les corps tombés, les éclaboussures sombres qui ne sont plus du gravats. La symphonie des alarmes s'est réduite à un seul cri électronique strident, obstiné, l'EG de la mort.Cela fait six minutes.Six minutes depuis que la porte principale a cédé, transformant notre forteresse en piège. Six minutes depuis qu'El Infierno est entré, avec ses démons.Nous ne nous battons plus pour gagner. Nous nous battons pour chaque seconde. Pour chaque mètre de couloir. Pour faire monter le prix du sang si haut qu'il en sera ruiné, même dans la victoire.Mes oreilles bourdonnent, pleines du crépitement des armes automatiques, des cris, du crissement des bottes sur le verre brisé. J'ai une entaille au front, le sang chaud et poisseux coule da
El InfiernoLe sang me monte aux tempes, un bourdonnement sourd, chaud. Elle ose. Elle ose me narguer. Me parler de perte. Moi.« Tu vois ces murs ? Ils ne sont pas là pour te tenir à distance. Ils sont là pour te montrer les limites de ton monde. »Les limites de mon MONDE ? Un rire rauque m’échappe, étranglé par la fureur. Rojas tourne un instant la tête, son regard vide masquant une inquiétude animale. Je saisis le mégaphone, mes doigts s’enfonçant dans le plastique.— Camila ! Tu sors ces enfants maintenant ! Tu sors, et je te promets une mort rapide ! Tout le monde à l’intérieur mourra lentement ! Tu entends ? Lentement !Je hurle. Je déverse toute ma rage dans l’appareil. Je veux que ma voix écrase la sienne, qu’elle pénètre le béton et lui glace l’âme. Je veux qu’elle se souvienne. Qu’elle revienne à elle. À la femme tremblante qui ramassait les éclats de verre.Et sa réponse vient. Calme. Tranquille. Un scalpel.« Tu parles encore de mort. Tu ne comprends donc pas ? Tu m’as dé







