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Chapitre 7 — L’Épine dans la Chair

ผู้เขียน: Déesse
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2025-09-17 00:31:04

Cristóbal Vargas

La voiture n’arrive jamais à destination.

Un claquement sec. Un crissement bref. Puis le silence.

L’écran vacille un instant, une pixellisation verte qui masque les détails. Puis l’image revient, nette. Fixe. Crue.

Je vois Camila sortir du véhicule. Seule. Elle marche sans se presser. Son dos droit. Ses talons claquent dans la nuit. Pas une hésitation.

Torres, lui, ne bouge plus. Il est resté là, la tête éclatée contre la vitre. Un seul tir. Parfait. Chirurgical. Juste entre les deux yeux. Il n’a pas souffert.

Mateo a bien travaillé.

Et pourtant…

Je sens une chose étrange. Une déchirure, une fausse note. Quelque chose qui me gratte sous la peau comme une alarme trop discrète.

Je zoome.

Camila ne crie pas. Elle ne gémit pas. Elle ne regarde même pas autour d’elle. Elle fixe le corps de Torres avec un calme dérangeant. Comme si elle l’attendait, cette mort. Comme si elle l’avait déjà vécue.

Elle effleure l’enveloppe, encore intacte, puis l’enfouit sous sa veste. Sa main glisse avec précision. Elle ne tremble pas. Elle ne vacille pas.

Je plisse les yeux.

— Mateo.

— Oui ?

— Ramène-la. Vivante. Pas un bleu, pas une égratignure. Je veux la voir respirer quand je lui parle.

— Et si elle résiste ?

— Elle ne résistera pas.

Mais à voix basse, je murmure :

— Du moins, pas encore.

Parce que soudain, une idée me traverse.

Et si elle n’était pas ce que je crois ?

Et si Camila Reyes… n’était qu’une façade ?

Un masque.

Un piège.

Un nom de trop.

Mateo

J’ai tiré. Comme je le fais toujours.

Froidement. Avec méthode. Sans un bruit.

Mais cette fois, quelque chose a changé.

Ce n’est pas le sang. Ce n’est pas la mort.

C’est le regard de la fille.

Pas de panique. Pas de choc. Pas même un sursaut.

Juste… un silence tendu.

Un calcul.

Une promesse.

Elle m’a regardé comme on jauge un adversaire. Pas un bourreau. Pas un tueur. Un pion.

Elle savait.

Et elle a reculé. Lentement. Son corps effleurant la carrosserie, comme pour mieux disparaître dans les ombres. Pas un mot. Juste ce regard planté dans le mien, comme une lame dans la gorge.

Je n’aime pas ça.

J’ai l’habitude de comprendre les gens avant qu’ils ne bougent. C’est mon travail. Lire les intentions. Anticiper. Abattre.

Mais elle, je ne la lis pas.

Camila Reyes ? Non.

Ce nom sonne faux maintenant. Comme une invention.

Je sors mon téléphone. Appelle Cristóbal.

— Elle a filé. Mais je vais la retrouver.

Il ne répond pas tout de suite. Puis :

— Fais vite, Mateo. Je crois qu’elle joue une partie que nous ne comprenons pas encore.

Camila Reyes (Isabella)

Torres est mort.

Et je ne pleure pas.

Parce qu’au fond, ce n’était jamais lui que j’attendais pour me sauver. Il a été un outil. Une distraction. Un éclat du passé qui croyait encore qu’on pouvait se battre avec la vérité.

Mais la vérité n’est qu’une arme, elle aussi.

Je regarde son corps. Juste un instant. Pas pour lui. Pour moi.

Je veux m’en souvenir. De l’odeur du sang. De la chaleur qui s’échappe. De la fin.

Je veux me rappeler que tout ce que je fais depuis le début a un prix. Que chaque geste, chaque sourire, chaque chanson chantée dans ce club pourri est une lame que j’enfonce plus profondément dans la bête.

Je me glisse dans l’arrière-rue. Quinze secondes. Pas plus. Avant que Mateo réalise. Avant que les caméras me suivent.

Je retire mes talons. J’arrache les bijoux. Mon souffle est court, mais calme.

Et puis je murmure.

— Isabella.

Ce nom. Je ne l’ai pas dit depuis des années. Je l’ai enterré. Étouffé. Pour survivre.

Mais maintenant, il revient. Et avec lui, tout ce que j’ai été.

La fille de personne. L’ombre dans les archives. L’héritière du silence.

Cristóbal pense qu’il me possède.

Il pense que je suis son chef-d’œuvre. Sa sirène. Son poison apprivoisé.

Il ne sait pas qu’il a bâti son empire autour de moi.

Et que je tiens déjà la clef.

Je passe la main sous ma robe.

La clé USB est toujours là. Collée à ma cuisse. Minuscule. Indétectable.

Torres ne la connaissait pas.

Personne ne la connaît.

Parce que moi, je n’ai jamais misé sur une sortie de secours.

J’ai toujours préparé l’incendie.

Et cette fois, je vais faire tomber le roi.

Pas avec un cri.

Pas avec une balle.

Mais avec un sourire.

Et un nom que personne ne connaît encore.

Isabella Cruz.

Et c’est le début de leur fin.

Cristóbal Vargas

Ils l’ont retrouvée.

Dans une ruelle, assise sur un muret, les bras croisés, comme si elle attendait.

Elle n’a pas fui. Elle n’a pas couru.

Elle m’attendait.

Quand Mateo l’approche, elle lève la main.

— Dis-lui que je viens. Mais seule.

Et Mateo, l’imbécile, obéit.

Je l’observe entrer.

Lente. Silencieuse.

Ses talons claquent sur le marbre comme un glas.

Ses cheveux sont humides. Sa robe froissée. Mais son regard… intact.

Froid. Brillant. Insaisissable.

Elle s’arrête devant moi.

Ne baisse pas les yeux.

Et moi, pour la première fois, je sens quelque chose d’ancien se réveiller.

La faim. La vraie. Celle qui ne dévore pas le corps, mais l’âme.

— Isabella, hein ?

Elle ne répond pas. Mais son silence vaut mille vérités.

Je m’approche.

Elle ne recule pas.

Elle me défie.

Je lève la main. Pas pour la frapper.

Pour la toucher. La posséder. L’éprouver.

Sa joue est chaude. Sa peau douce. Mais je sens la morsure sous la tendresse.

— Qui es-tu, vraiment ?

Ses lèvres esquissent un sourire.

— Celle que tu veux trop tard.

Je serre la mâchoire.

Elle a du feu dans la voix.

Et moi, je la veux.

Pas comme on veut un corps.

Pas comme on veut un trophée.

Je la veux pour ce qu’elle cache. Pour ce qu’elle détruit.

Je la veux même si elle me saigne.

— Tu sais ce que je fais aux traîtres ?

Elle incline la tête, amusée.

— Tu les couches dans ton lit avant de les enterrer.

Le silence claque.

Elle sourit.

Je l’attrape par la nuque. Lentement.

Je pourrais la briser. Elle le sait.

Mais mes lèvres frôlent les siennes.

Et elle ne bouge pas.

— Dis-moi non.

Elle murmure :

— Fais-le, et je t’avale.

Je la plaque contre le mur.

Elle rit dans ma bouche.

Un rire de défi, de feu, d’explosion.

Elle est poison.

Et je suis déjà mortellement ivre d’elle.

Isabella Cruz

Je suis revenue parce que je le voulais.

Pas pour me rendre.

Pas pour supplier.

Je suis venue le regarder en face.

Lui montrer que je sais.

Lui montrer que je n’ai plus peur.

Quand il me touche, je sens son trouble.

Il me veut. D’une façon qu’il ne comprend pas encore.

Ce n’est pas du désir. C’est du besoin. Du manque. De la rage.

Il croit qu’il m’a enchaînée.

Mais c’est lui qui tourne en rond dans ma cage.

Ses lèvres brûlent les miennes.

Et moi, je le laisse croire que je cède.

Que je vacille.

Mais au fond, je n’oublie rien.

Ni la clé.

Ni les noms.

Ni la tombe que j’ai creusée pour lui depuis longtemps.

— Tu me veux, Cristóbal ?

— Comme on veut ce qu’on ne peut pas avoir.

Alors je glisse à son oreille :

— Regarde-moi bien. Ce n’est pas moi que tu possèdes. C’est ta fin que tu caresses.

Et je souris.

Parce que la nuit est à moi.

Et que le roi, déjà, chancelle.

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