เข้าสู่ระบบChiaraL'argent est posé sur la table entre nous. Des liasses, épaisses, compactes, qui sentent encore l'encre et le pouvoir. Une fortune pour une femme qui n'a plus rien, qui dort dans les rues, qui vend son corps pour une dose, qui vendrait son âme pour un peu moins de vide.Elle est là, en face de moi, dans le salon de l'appartement. Mon appartement. Celui en velours rouge sang. Celui où Diego m'a quittée. Celui où j'ai décidé de le reconquérir.Elle s'appelle Isabel. Isabel Sandoval. La mère de Diego.Ou plutôt ce qu'il en reste.Ses cheveux sont gris, sales, collés par une crasse de plusieurs semaines. Ses vêtements sentent l'alcool, la pisse, la rue. Ses mains tremblent, pas de peur, de manque. Ses yeux, autrefois peut-être beaux, sont maintenant vitreux, fous, perdus dans un brouillard permanent de tequila bon marché et d
Ils ont l'air heureux.Ils ont l'air d'avoir ce que je n'aurai jamais.Ils ont l'air de s'aimer comme je voulais qu'il m'aime, comme j'attendais qu'il m'aime, comme j'espérais qu'un jour, peut-être, il m'aimerait.Mes yeux tombent sur le coupe-papier, posé sur le bureau. Un objet ancien, en argent, qui appartenait à mon père. Une lame fine, tranchante, mortelle. Je le prends, le regarde briller sous la lumière de l'écran, sous les reflets des images d'eux, sous la lueur de ma folie.— Tu es folle, Chiara.Ma voix dans le silence, seule réponse à ma propre destruction.— Vraiment folle.Je pose la lame contre mon poignet. La peau est fine là, bleutée, vulnérable, parcourue de veines qui palpitent, qui vivent, qui portent tout ce sang qui coule en moi, tout cet amour qui n'a nulle part où aller.Une petite pression, et ça
Silence. Mes doigts bandés caressent ses cheveux, doucement, maladroitement. Je voudrais sentir leur douceur, leur soyeux, mais les bandages m'en empêchent. Je voudrais toucher sa peau, mais je ne peux pas. Alors je caresse avec ce qui me reste, avec cette enveloppe de blanc qui me sépare d'elle, et j'espère qu'elle sent l'amour à travers.— Valentina ?— Oui ?— J'ai besoin de toi. Pas pour les soins. Pas pour le nursing. Pour vivre. Pour exister. Pour avoir une raison de me lever le matin et de supporter la douleur. Pour avoir une raison de guérir.Elle lève la tête, me regarde. Dans ses yeux, des larmes, de l'amour, de la peur, tout mêlé en un cocktail puissant qui me donne envie de pleurer aussi.— Moi aussi. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de toi pour peindre, pour créer, pour être moi-même. Sans toi, je ne suis qu'une mo
Sa main se pose sur mon bras, juste au-dessus des bandages. Elle est froide, comme toujours, comme si son sang ne circulait pas vraiment, comme si elle était déjà à moitié morte à l'intérieur.Je la regarde. Je regarde ses yeux fous, son sourire trop figé, sa perfection de façade. Et derrière, je vois tout. L'amour dévorant, la folie, la possession. Et quelque chose de plus sombre. Quelque chose qui ressemble à de la culpabilité. Quelque chose qui ressemble à du secret. Quelque chose qui me glace le sang.— Non.Le mot tombe entre nous, simple, définitif, irrévocable.— Comment, non ?— Je veux rester avec elle.Mon regard va vers Valentina, restée en retrait près de la fenêtre, ses mains bandées croisées devant elle, ses yeux fixés sur moi, pleins d'amour et d'inquié
DiegoLa douleur est la première chose que je sens en émergeant du noir. Une douleur immense, partout, qui couvre mon corps comme une seconde peau, qui pulse à chaque battement de cœur, qui me rappelle à chaque seconde que je suis vivant, que je respire, que je souffre.Mes mains surtout.Elles sont emmaillotées de blanc, ces mains qui ont tant frappé, tant possédé, tant détruit. Elles ne sont plus que des moignons bandés, des souvenirs de ce qu'elles étaient, des promesses de ce qu'elles ne seront peut-être plus. Je les regarde, ou plutôt je regarde ce qu'il en reste, et je me demande si je pourrai un jour toucher Valentina avec, si je pourrai un jour caresser sa peau, ses cheveux, son visage.J'ouvre les yeux. Le plafond de l'hôpital, blanc, lumineux, aseptisé. L'odeur du désinfectant, de la mort qui rôde, de la vie qui
Pas une question. Pas un ordre. Une prière. La prière d'un homme qui sait qu'il va peut-être mourir et qui veut, avant de partir, une dernière certitude. Une dernière preuve d'amour.— Je reste, Diego. Je reste. Je reste pour toujours, je reste pour la vie, je reste jusqu'à la mort et après, je reste même quand tu voudras me chasser, même quand tu voudras me fuir, même quand tu voudras me détruire. Je reste.Les sirènes hurlent au loin, se rapprochent. Les gens crient, s'affairent, appellent les secours, tentent d'éteindre les flammes, de dégager la rue. Moi, je reste là, agenouillée près de lui, ses mains brûlées dans les miennes, mes larmes tombant sur son visage, lavant la suie, la sueur, le sang.— Je reste, Diego. Je reste.Il ferme les yeux. Une seconde. Deux secondes. Trois. Une éternité, où







