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La gare centrale est un monstre de béton et de verre. Les poutres métalliques s'élèvent vers le plafond comme des doigts squelettiques, les néons blafards jettent une lumière d'hôpital sur les visages fatigués des voyageurs. L'odeur du diesel se mélange à celle du café bon marché et de la transpiration. Des centaines de personnes marchent, courent, traînent des valises, serrent
DiegoLa gare centrale est un monstre de béton et de verre. Les poutres métalliques s'élèvent vers le plafond comme des doigts squelettiques, les néons blafards jettent une lumière d'hôpital sur les visages fatigués des voyageurs. L'odeur du diesel se mélange à celle du café bon marché et de la transpiration. Des centaines de personnes marchent, courent, traînent des valises, serrent des enfants contre elles, consultent leurs téléphones.Je les regarde sans les voir.Mes hommes m'ont appelé il y a vingt minutes. Ils ont retrouvé sa trace. Une femme correspondant à sa description a acheté un billet pour le sud. Guichet numéro quatre. Trente-huit dollars. Elle était seule, un petit sac noir sur l'épaule, les yeux rouges.Mes jambes m'ont porté jusqu'ici sans que je m'en rende compte. Je
Je remonte dans la chambre. Le lit est défait, les draps sont froids, son odeur est encore là, sur l'oreiller, sur les draps, sur ma peau. L'odeur de son parfum, de ses cheveux, de sa peau. L'odeur de Valentina.Je m'allonge. Je prends l'oreiller, je le serre contre ma poitrine. Il sent elle. Il sent son parfum, sa peau, sa vie. Je ferme les yeux, je respire, j'essaie de la retenir.— Reviens, Valentina.Ma voix est un murmure, à peine audible.— Reviens, je t'en supplie. Je ferai tout ce que tu veux. Je laisserai Chiara partir. Je vendrai la maison. Je quitterai Mexico. Je ferai tout, mais reviens.Les larmes coulent sur mes joues, tombent sur l'oreiller, se perdent dans le tissu. Je pleure comme un enfant, comme un homme brisé, comme quelqu'un qui a tout perdu et qui ne sait pas comment continuer.Le téléphone sonne.Je le prends, mes mains tremblent, mes doigts gli
DiegoJe me réveille seul.Le lit est vide. Les draps sont froids. La chambre est silencieuse. Trop silencieuse. Ce silence qui n'est pas vraiment un silence, mais une absence, un vide, une mort.Je tends la main vers sa place, vers sa chaleur, vers sa présence. Mes doigts ne rencontrent que le drap froid, l'oreiller vide, le néant.Il n'y a rien.Juste une enveloppe blanche sur l'oreiller, avec mon nom écrit dessus.Diego.L'écriture est la sienne. Fine, déliée, élégante. Je la reconnais entre mille. Je l'ai vue sur des centaines de petits mots, des milliers de "je t'aime", des millions de promesses.Je prends l'enveloppe. Mes mains tremblent. Mes doigts sont glacés. Mon cœur bat trop vite, trop fort, trop douloureusement.Je l'ouvre. Mes doigts glissent sur le papier, déchirent l'enveloppe, sortent la lettre.Je lis.
ValentinaLes rues sont vides à cette heure. Les réverbères éclairent le bitume d'une lumière jaune et sale, les rares voitures qui passent sont des taxis ou des livreurs, les trottoirs sont déserts. Mexico dort encore, ou peut-être qu'elle ne dort jamais, qu'elle attend, qu'elle observe, qu'elle guette.Je marche vite. Mon sac est léger sur mon épaule, mes chaussures sont silencieuses sur le trottoir, mon cœur bat trop vite dans ma poitrine. J'ai peur. J'ai peur qu'on me rattrape, qu'on me ramène, qu'on m'enferme à nouveau. J'ai peur de lui, de ses hommes, de sa colère.Mais j'avance. Je ne m'arrête pas. Je ne peux pas m'arrêter.Les rues défilent, les immeubles défilent, les souvenirs défilent. La boulangerie où j'achetais du pain le matin. Le petit parc où je venais lire l'après-midi. Le café
Je ne peux plus rester. Pas une nuit de plus. Pas une heure de plus. Pas une minute de plus. Je dois partir, pour me sauver, pour ne pas devenir ce que tu es, pour ne pas devenir ce que tu as fait d'elle.Les larmes viennent. Elles coulent sur mes joues, tombent sur le papier, bavent les lettres, effacent les mots. Je les essuie, je continue.Je t'aime, Diego. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Je t'aime d'un amour qui me détruit, qui me consume, qui me tue. Et c'est pour ça que je pars. Parce que je ne veux pas mourir. Parce que je veux vivre. Parce que je veux être moi, pas ton ombre, pas ta prisonnière, pas ta chose.Je pose le stylo. Mes mains tremblent, mes larmes coulent, mon cœur se serre. Je regarde la lettre. Elle est courte, trop courte. Elle ne dit pas tout. Elle ne dit pas la peur, la douleur, l'amour. Elle ne dit pas les nuits sans sommeil, les jours sans couleurs, les heures sans fin.
Je pose le passeport sur le lit, à côté de l'argent. Je regarde la boîte. Il reste des choses dedans. Des photos, des lettres, des souvenirs. Des morceaux de ma vie d'avant. Des morceaux de moi.Je prends la photo de ma mère. Elle sourit, ses yeux sont clairs, ses cheveux sont blonds. Elle est belle, elle est jeune, elle est vivante. Elle est morte maintenant, depuis dix ans. Cancer. Elle est partie sans moi, sans adieu, sans rien.— Tu me manques, maman. Tu me manques tous les jours.Je pose la photo sur le lit, à côté du passeport. Je la prendrai. Je l'emmènerai. Elle viendra avec moi.La lettre que je n'ai jamais envoyée. À mon père. Pour lui dire que je lui pardonne, pour lui dire que je l'aime, pour lui dire que je suis désolée. Je ne l'ai jamais envoyée. Je ne l'enverrai jamais. Il est mort, lui aussi. Cœur. Trop de stress,
DiegoLe trajet est une tombe roulante. Elle se tient raide contre la portière, à l’autre bout de la banquette en cuir, comme si l’espace entre nous était un fossé électrifié. Le tablier, froissé et taché, gît entre nous, insigne de sa trahison. Elle regarde la ville sans la voir, la mâchoire serré
DiegoLa réunion s’éternise. Autour de la table en acajou, les visages sont graves, les chiffres défilent sur les écrans, une litanie de profits et de pertes. Mon interlocuteur, un banquier suisse au crâne luisant, parle de taux d’intérêt, de fonds spéculatifs. Sa voix est un bourdonnement. Mon tél
ValentinaLa tasse froide de thé est encore entre mes mains. Je suis restée figée ici, derrière cette lourde porte de chêne, l’oreille collée au bois, retenant mon souffle jusqu’à ce que ma poitrine me brûle.Les pas de l’homme au manteau sombre se sont évanouis. Ceux de Diego, lourds et lents, ont
DiegoL’aube est encore pâle, accrochée aux vitres de mon bureau, quand Marco entre sans frapper. Son pas est trop rapide, son front barré d’une ride inhabituelle.— Patron. Il y a quelqu’un. Il insiste.— L’heure est mal choisie. Qu’il attende.— C’est… c’est Silvio Agnello.Le nom tombe dans la p







