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| Première rencontre

Author: Alissia
last update publish date: 2026-03-23 13:56:54

Je ne mis pas longtemps à comprendre que trouver Adrian Voss n’avait rien de compliqué.

Il ne se cachait pas. Au contraire.

Son nom était partout, glissé dans les conversations, affiché sur les façades, murmuré avec un mélange d’admiration et de méfiance. Il possédait des lieux où les gens rêvaient d’entrer, et où peu avaient réellement leur place.

Il suffisait de choisir le bon.

Debout devant l’entrée du Velvet Room, j’observai la file d’attente qui s’étendait sur le trottoir. Des silhouettes élégantes, des regards impatients, et cette tension particulière propre aux endroits où tout se joue en un instant.

À l’intérieur, disait-on, se trouvait le cœur de son empire nocturne.

Et parfois… lui.

Je jetai un coup d’œil à mon reflet dans la vitre sombre. Simple, efficace, suffisant.

Puis j’avançai.

— Liste ou réservation ? demanda le videur sans me regarder.

Je soutins son silence une seconde de trop.

— Ni l’un ni l’autre.

Il releva enfin les yeux, légèrement agacé.

— Alors c’est non.

Je souris doucement.

— Vous devriez peut-être vérifier.

Un temps. Il hésita, pas convaincu… mais intrigué.

Je n’ajoutai rien. Le doute faisait le reste.

Il soupira, puis s’écarta finalement.

— Dépêchez-vous.

Je passai sans un mot.

La musique me frappa en plein corps dès que je franchis les portes. Grave, vibrante, presque hypnotique. Les lumières dansaient sur les murs, sur les visages, sur les verres levés trop haut.

Le Velvet Room était exactement comme je l’imaginais.

Luxueux, étouffant, vivant.

Je pris le temps de marcher lentement, d’observer, de sentir l’ambiance. Chaque détail comptait. Chaque regard échangé, chaque geste.

Si Adrian Voss était là, il ne serait pas au milieu.

Il serait au-dessus.

Je levai légèrement les yeux. Et je le vis.

La mezzanine dominait la salle, isolée, presque inaccessible. Un espace à part, protégé, réservé.

Et au centre… lui.

Adrian Voss.

Il était assis, légèrement en retrait, comme s’il n’avait pas besoin d’être au premier plan pour exister. Costume sombre, posture impeccable, regard attentif.

Il ne parlait pas. Il observait.

Autour de lui, les autres semblaient presque flous. Moins importants. Moins présents.

Je restai immobile quelques secondes.

Pas pour l’admirer mais pour comprendre.

Il n’y avait rien d’excessif chez lui. Rien de trop visible. Et pourtant… tout attirait.

C’était ce genre d’homme. Ceux qui n’ont pas besoin d’essayer.

Je repris ma marche, contournant la foule, cherchant l’accès à l’étage. Deux hommes en costume barraient le passage.

— Privé.

— Je sais.

— Alors ?

Je levai les yeux vers la mezzanine, puis revins à eux.

— Dites-lui que quelqu’un veut lui parler.

Ils échangèrent un regard amusé.

— Il ne reçoit pas sans rendez-vous.

— Ce n’est pas une demande.

Le silence s’installa.

L’un d’eux esquissa un sourire.

— Et c’est quoi, alors ?

Je soutins son regard, sans ciller.

— Une erreur.

Il fronça légèrement les sourcils.

— Pardon ?

Je haussai les épaules.

— Une erreur qu’il fera s’il refuse.

Un battement. Puis un autre.

Il hésita.

Je n’insistai pas. Je n’avais pas besoin de plus.

Quelques secondes plus tard, il se tourna vers son collègue.

— Reste là.

Puis il monta.

Je n’eus pas à attendre longtemps. Le regard d’Adrian Voss se posa sur moi.

Directement sans détour ni hésitation.

Comme s’il savait déjà que j’étais là.

Un frisson discret glissa le long de ma colonne vertébrale. Rien de visible. Rien d’incontrôlable.

Mais suffisant pour me rappeler une chose essentielle :

Cet homme n’était pas comme les autres.

L’homme redescendit, s’arrêtant devant moi.

— Il accepte.

Je le suivis sans un mot.

Chaque marche semblait ralentir le temps.

La musique devenait plus lointaine, les voix plus floues. Et plus j’avançais, plus une étrange sensation s’installait.

Pas de peur, pas vraiment.

Plutôt… une anticipation.

Arrivée en haut, je m’arrêtai à quelques pas de lui.

Il ne se leva pas. Il ne sourit pas. Il ne fit rien.

Mais il était entièrement présent.

Ses yeux glissèrent sur moi, lentement, sans gêne, sans précipitation. Comme s’il lisait quelque chose que les autres ne voyaient pas.

Je soutins son regard.

Le silence dura.

Puis, enfin :

— Vous avez cinq minutes.

Sa voix était calme, maîtrisé, presque détachée.

Je penchai légèrement la tête.

— C’est largement suffisant.

Un très léger mouvement passa dans ses yeux. Presque imperceptible.

— Je doute que vous sachiez de quoi vous parlez.

Je m’approchai d’un pas.

— Et moi, je doute que vous ayez l’habitude qu’on vous résiste.

Lentement, il se redressa.

— Qui êtes-vous ?

Je souris, pas trop. Juste assez.

— Quelqu’un qui s’ennuyait.

Ses yeux ne quittèrent pas les miens.

— Et vous pensez que je vais vous distraire ?

Je haussai légèrement les épaules.

— J’en suis sûre.

Cette fois, il se leva.

La distance entre nous disparut en un instant.

Trop proche. Volontairement.

— Les gens comme vous font souvent la même erreur, dit-il doucement.

Je ne bougeai pas.

— Laquelle ?

Son regard s’assombrit légèrement.

— Penser qu’ils contrôlent le jeu.

Mon sourire s’étira à peine.

— Peut-être que je ne joue pas selon vos règles.

Un battement.

Et pour la première fois, quelque chose changea.

Pas dans son attitude, dans l’air.

— Alors vous ne savez pas encore dans quoi vous venez d’entrer.

Je soutins son regard, sans reculer.

— Si.

Un souffle.

— Et c’est exactement pour ça que je suis là.

Le silence retomba.

Mais cette fois… il n’était plus neutre.

Le jeu venait de commencer.

Et aucun de nous deux n’avait l’intention de perdre.

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