Beranda / Romance / Un mari , deux identités / Prologue : La Vérité en Héritage

Share

Un mari , deux identités
Un mari , deux identités
Penulis: Déesse

Prologue : La Vérité en Héritage

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-02-07 05:47:18

Amelia 

Les draps de soie sont froids contre ma peau. Le feu dans la cheminée de la chambre d’amis a baissé, ne laissant que des braises rougeoyantes qui dessinent des ombres dansantes sur les hauts murs. Je ne pleure plus. Je suis vide. Un récipient fissuré où plus aucune émotion ne tient. Clara dort enfin, épuisée, dans le fauteuil près de la fenêtre.

Le silence du manoir Harrington est épais, lourd des secrets qu’il renferme. Je fixe le motif du baldaquin au-dessus du lit, essayant de faire le compte de toutes les trahisons. Le mariage. La pauvreté feinte. La mort dans un jet. Cette fortune monstrueuse. Chaque couche du mensonge me semble plus absurde, plus cruelle que la précédente.

Un craquement.

Subtile. Différent du bruit de la vieille maison. Il vient du couloir.

Je me redresse sur les coudes, le cœur battant soudain à tout rompre. Clara ne bouge pas. Les pas sont étouffés, lents. Ils s’arrêtent devant ma porte.

La poignée tourne.

La porte s’ouvre sans un bruit, glissant sur ses gonds bien huilés. La silhouette qui se découpe dans l’embrasure est noire contre la faible lumière du couloir. Grande. Élancée. Une silhouette que je connais par cœur, que j’ai suivie des yeux à l’église, que j’ai serrée contre moi…

Mon sang se glace, puis se met à brûler dans mes veines.

— James… ?

Le mot n’est qu’un souffle rauque, incrédule.

Il entre dans la chambre et referme la porte derrière lui. La lumière des braises éclaire son visage. C’est lui. C’est son visage. Les mêmes traits ciselés, les mêmes yeux sombres, la même ligne de la mâchoire. Mais il y a quelque chose de différent. Une dureté autour de la bouche. Une lumière froide, calculatrice, dans le regard qui n’était pas là avant. Ou alors, si. À l’église, pendant une fraction de seconde.

Un sanglot de joie pure, sauvage, se déchire dans ma gorge. Je bondis du lit, mes pieds nus frappant le parquet froid. Je traverse la distance qui nous sépare en deux enjambées et me jette contre lui, mes bras s’enroulant autour de son cou, mon visage enfoui contre sa poitrine.

— Je le savais ! Je le savais que tu n’étais pas mort ! Je le sentais !

Je pleure, je ris, je l’inonde de baisers sur le cou, sur la joue, cherchant ses lèvres. Son corps est raide sous mon étreinte. Il ne me rend pas mon étreinte. Il ne bouge pas.

— Amelia, dit-il.

Sa voix. La même. Et pourtant…

Il pose ses mains sur mes bras et m’écarte de lui avec une fermeté irréfutable. La distance qu’il instaure est un gouffre.

— Écoute-moi, dit-il, et son ton est plat, urgent. Tu dois m’écouter très attentivement.

Je recule d’un pas, le bonheur se transformant en un effroi glacial. Je vois enfin ce qu’il y a dans ses yeux. Ce n’est pas l’amour. Ce n’est pas le soulagement. C’est de la tension. De la détermination.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es blessé ? Où étais-tu ? Ils ont dit que le jet…

— Le jet a bien disparu, l’interrompt-il. Avec James à son bord.

Le monde s’arrête.

— Quoi ? Mais… tu es James.

Il secoue la tête, lentement, et un sourire sans chaleur étire ses lèvres. Un sourire que je ne lui ai jamais vu.

— Non, Amelia. Je ne suis pas James Harrington. Je suis Nathaniel. Nathaniel Harrington.

Les mots n’ont aucun sens. Ils rebondissent sur moi comme des balles de caoutchouc.

— Harrington ? Mais… tu as dit…

— J’ai dit que j’étais son demi-frère, complète-t-il d’une voix précise, comme s’il récitait une leçon. C’est vrai. Nos pères étaient le même homme. Ma mère était sa maîtresse, longtemps. Puis elle est morte. Le vieux Harrington, par un rare accès de culpabilité, a reconnu sa bâtardise et m’a donné son nom. Mais il ne m’a jamais donné sa place. Jamais donné sa considération. J’étais le Harrington de l’ombre. Celui qu’on sortait pour les repas de famille quand il le fallait, mais qu’on ne présentait jamais aux partenaires importants. James, lui, était le prince héritier. Parfait en tout.

Il fait un pas vers moi. Je recule, heurtant le lit.

— Alors j’ai eu une idée. Prendre sa place. Pas seulement son nom, je l’avais déjà. Prendre sa vie. Juste le temps d’épouser quelqu’un de… malléable. Quelqu’un qui hériterait à sa place. Et puis, une fois James discrètement écarté…

— Écarté ? tu répètes, l’horreur commençant à filtrer à travers la confusion. L’accident… le jet… c’était toi ?

Il ne répond pas. Il n’en a pas besoin. La vérité est dans son silence complice, dans la froideur de ses yeux.

— Tu… tu devais le tuer ? Et puis… et puis quoi ? Tu comptais revenir ? Me retrouver ?

— Bien sûr, dit-il, avec une fausse douceur qui me glace le sang. Une fois que tu aurais hérité, nous aurions pu être ensemble. Pour de vrai. Sans secrets. Tu serais devenue riche. Très riche. Et moi, le frère survivant, réconfortant la veuve éplorée… puis, plus tard, l’épousant. Tout l’héritage resterait dans la famille. Dans ma branche de la famille.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • Un mari , deux identités    Chapitre 156 — FIN

    AmeliaLes enfants ont grandi. C'est une évidence, mais c'est une évidence qui me prend par surprise chaque matin, quand je passe devant leurs chambres vides. James Jr est parti pour l'université, puis pour un stage à l'étranger, puis pour un poste dans une grande banque de la City. Il a rencontré une jeune femme, brillante, belle, qui s'appelle Victoria. Elle a les yeux ambrés et le caractère bien trempé. Elle me ressemble, dit James en souriant. James Jr l'a présentée à la famille, et j'ai tout de suite su qu'elle serait ma belle-fille.— Elle est parfaite, m'a glissé James à l'oreille.— Elle lui ressemble. Ou plutôt, elle lui correspond.— Comme nous.— Comme nous.Emma, elle, est au collège. Une adolescente rebelle, passionnée, qui peint des fresques sur les murs de sa chambre sans demander la permission, qui écrit des poèmes qu'elle refuse de montrer, qui écoute de la musique à tue-tête et qui claque les portes quand elle est en colère. Une Harrington jusqu'au bout des ongles, d

  • Un mari , deux identités    Chapitre 155 — Vingt ans de mariage

    AmeliaVingt ans. Vingt ans se sont écoulés depuis notre second mariage, celui que nous avons célébré dans la salle de bal dévastée, avec le sang d'Eleanor sur ma robe et l'amour dans nos cœurs. Vingt ans de bonheur, de passion, de construction patiente et acharnée. Vingt ans à élever nos enfants, à les voir grandir et s'épanouir. Vingt ans à voir mon restaurant prospérer, décrocher des étoiles, devenir une institution. Vingt ans à regarder notre famille s'agrandir, se réconcilier, se guérir.Pour notre anniversaire, James a tout organisé dans le plus grand secret. Une cérémonie de renouvellement de vœux, dans les jardins du domaine, au coucher du soleil. Pas de foule, pas de mondanités. Juste la famille, les amis proches, et nous.Les jardins sont magnifiques, baignés de cette lumière dorée qui précède le crépuscule. Les roses sont en fleurs, blanches et rouges, nos couleurs. Les lanternes suspendues aux branches des chênes centenaires diffusent une lumière douce et tremblante. Une a

  • Un mari , deux identités    Chapitre 154 — Le temps qui passe

    JamesLe jour où James Jr part pour sa première année de pension, je sens quelque chose se briser en moi. Quelque chose de profond, d'essentiel, d'irréparable. Mon fils. Mon petit garçon. Celui que j'ai tenu dans mes bras quand il n'était qu'un nouveau-né fripé. Celui à qui j'ai appris à faire du vélo, à nager, à lire. Celui qui m'a regardé avec ses grands yeux gris en me demandant pourquoi le ciel était bleu et pourquoi les gens mouraient. Il a douze ans, il est grand pour son âge, il a déjà ma carrure et mes yeux gris. Il se tient droit, fier, un sourire confiant aux lèvres. Mais quand il me serre dans ses bras pour me dire au revoir, je sens ses épaules trembler. Il est encore un enfant. Mon enfant.— Prends soin de toi, papa. Et prends soin de maman. Et d'Emma.— Toi aussi, fiston. Écris-nous. Appelle-nous. N'oublie jamais qu'on t'aime. Jamais. Où que tu sois, quoi que tu fasses.— Je sais, papa. Je sais.Il grimpe dans le train, son sac sur l'épaule, et je reste sur le quai, immo

  • Un mari , deux identités    Chapitre 153 — Discours d'anniversaire

    AmeliaJames a cinquante ans. Cinquante ans, et il est plus beau que jamais. Le temps a déposé sur lui une patine, une noblesse, une profondeur qui n'appartiennent qu'aux hommes qui ont vécu, qui ont souffert, qui ont aimé. Les tempes grisonnantes, argentées, lui donnent un air de sage, de philosophe, de poète guerrier. Quelques rides au coin des yeux, des pattes d'oie qui se plissent quand il sourit. Cette cicatrice sur le sourcil, fine ligne blanche qui lui donne un air de pirate, de corsaire, d'aventurier. Il a gardé la silhouette athlétique de sa jeunesse, il court tous les matins dans le parc du domaine, il soulève des haltères dans la salle de sport qu'il a fait installer dans l'aile ouest. Mais c'est surtout son regard qui n'a pas changé. Ce regard gris acier, intense, qui me transperce et me fait fondre depuis le premier jour. Ce regard qui a vu le pire de moi et qui m'aime quand même. Ce regard qui est mon phare, mon nord, ma boussole.Pour son anniversaire, j'ai organisé une

  • Un mari , deux identités    Chapitre 152 — Consécration et mariage

    Les applaudissements crépitent, assourdissants. James, lui, ne dit rien. Il ne peut pas parler, je le sais. Il se contente de poser deux doigts sur ses lèvres et de m'envoyer un baiser muet. Mais je vois les larmes qui coulent sur ses joues, ces larmes rares et précieuses, et je sais ce que ce silence veut dire. Je sais tout ce qu'il ne peut pas exprimer.Quelques semaines plus tard, un autre événement vient illuminer notre vie. Clara se remarie.Elle a rencontré un homme, un veuf tranquille nommé Daniel, père de deux enfants, propriétaire d'une petite librairie à Douvres. Un homme bon, patient, qui l'aime sans la juger, qui l'aide à élever ses filles, qui lui a redonné confiance en elle et en l'avenir. Quand elle m'annonce la nouvelle, sa voix tremble au téléphone, cette voix que je connais si bien, cette voix qui a prononcé tant de mensonges et qui, aujourd'hui, ne demande qu'à dire la vérité.— Je sais que ce n'est pas facile à croire, après tout ce que j'ai fait. Après tout le mal

  • Un mari , deux identités    Chapitre 151— La famille complète

    Malgré la fatigue, malgré les nuits sans sommeil, malgré les cernes qui creusent nos visages et les bâillements que nous réprimons à peine, nous volons des moments pour nous. Des moments précieux, furtifs, arrachés au chaos domestique. Un baiser volé dans la cuisine pendant que les enfants dorment, les lèvres qui se frôlent à peine, le goût du café et du désir. Une étreinte rapide dans le couloir, à l'abri des regards, les corps qui se pressent l'un contre l'autre, les souffles qui se mêlent. Et parfois, la nuit, quand les deux petits sont enfin endormis, quand le silence retombe sur le domaine comme un manteau de velours, nous nous retrouvons dans notre chambre, et nous faisons l'amour.Ce n'est plus la passion débridée des premiers mois, cette urgence fiévreuse qui nous jetait l'un contre l'autre à toute heure du jour et de la nuit. Ce n'est plus l'urgence désespérée des jours de danger, quand chaque étreinte pouvait être la dernière, quand chaque baiser était un adieu possible. C'e

  • Un mari , deux identités    Chapitre 11 : La réalité 2

    AméliaSa peau, sous mon nez. Sa joue, où mes lèvres rencontrent le frottement rêche d’une barbe de plusieurs jours. Son cou, à la jonction de l’épaule, cette place que j’aimais tant. Ses lèvres , je cherche ses lèvres comme si ma vie en dépendait, comme si en les touchant je pouvais ressusciter to

  • Un mari , deux identités    Chapitre 19 : L'usurpatrice 2

    JamesMa femme.Ce mot dans sa bouche.Elle est là, dans l'encadrement de la porte, et je ne la connais pas. Je ne me souviens pas d'elle. Je ne me souviens de rien. Mais mon corps, lui, réagit.Mon cœur s'accélère.Mes doigts se crispent sur le drap.Il y a quelque chose chez elle... quelque chose

  • Un mari , deux identités    Chapitre 16 : La proie idéale 1

    EleanorIl est là.Devant moi.James.En chair et en os, vivant, respirant, debout sur ses deux jambes nos deux jambes, bientôt, quand nous serons mariés et il me regarde avec ses yeux vides, ses yeux qui ne savent plus rien, et c'est parfait.C'est tellement parfait.Je me presse contre lui dans l

  • Un mari , deux identités    Chapitre 12 : La réalité 3

    AméliaIl a l’air de quelqu’un qui a répété cette scène mille fois dans sa tête. Qui a savouré chaque mot, chaque révélation, comme un vin précieux qu’il aurait gardé des années en cave.— L’accident… murmuré-je. Le jet…Je ne peux pas finir ma phrase.Il ne répond pas.Il n’en a pas besoin.Son si

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status