LOGINPOV : Alima Je ne l'attendais pas. C'est peut-être ce qui me surprend le plus quand la gouvernante frappe doucement à la porte de la bibliothèque où je révise depuis une heure, mes notes de sémiologie éparpillées autour de moi, la lumière de fin d'après-midi déclinant déjà derrière les hautes fenêtres, m'annonçant que mon frère se trouve dans le hall, demandant à me voir.Je referme mon cahier, un peu trop vite, ce prénom suffisant à lui seul pour dissoudre toute la concentration que j'avais patiemment construite ces dernières heures. Igor n'est jamais venu ici depuis mon mariage, pas une seule fois, pas même pour la cérémonie où il s'était contenté d'un rôle discret, presque effacé, au fond de l'église. Le voir se présenter aujourd'hui, sans prévenir, sans passer par un appel préalable, suffit à réveiller en moi une inquiétude que je ne parviens pas totalement à raisonner.Je descends, un mélange de méfiance et d'espoir tenace me nouant la poitrine, cette part de moi qui continue, m
POV : Nikolai Il est encore tôt quand Artiom dépose l'enveloppe brune sur mon bureau, ce même rituel silencieux qui accompagne chaque sortie mondaine d'Alima depuis que j'ai renforcé sa protection après la tentative d'enlèvement. Il ne dit rien, se contentant d'un bref signe de tête avant de ressortir, refermant la porte avec cette discrétion que j'exige de chacun de mes hommes. Je bois une gorgée de café, déjà froid, avant même d'ouvrir l'enveloppe, sachant par expérience que ce qu'elle contient mérite rarement d'être consulté à la hâte.Les photographies s'étalent sur mon bureau dans l'ordre exact où Artiom les a imprimées, une succession de clichés pris à distance depuis la voiture garée en retrait de la propriété des Chernova, l'objectif assez puissant pour saisir chaque détail du perron, chaque visage qui a franchi cette porte hier soir. La lumière du petit matin qui filtre par la fenêtre de mon bureau donne à ces images en noir et blanc une froideur supplémentaire, presque clin
POV : AlimaJe regagne le salon principal, m'efforçant de retrouver une contenance avant que Nikolai ne remarque le trouble qui doit encore se lire sur mon visage. La musique feutrée de l'orchestre emplit la pièce d'une mélodie discrète, les conversations bourdonnant autour de moi comme un fond sonore que je peine désormais à traverser sans y prêter une attention nouvelle, méfiante.Je le retrouve près d'une fenêtre, en pleine discussion avec un homme d'affaires que je ne connais pas, et je m'approche discrètement, glissant ma main dans la sienne, un geste qu'il accueille sans surprise particulière, presque par automatisme, tout en continuant sa conversation.— Tout va bien ? me murmure-t-il, à peine tourn&eacut
POV : AlimaL'invitation arrive un jeudi après-midi, une enveloppe épaisse et crème, le sceau des Chernova gravé en relief sur le rabat, déposée directement sur la table de l'entrée par un porteur en livrée qui ne prononce pas un mot avant de repartir.Nikolai la lit en silence ce soir-là, son visage se fermant progressivement à mesure qu'il parcourt les lignes calligraphiées avec soin.— Une réception privée, dit-il enfin, la voix tendue. Konstantin en personne, dans sa propriété familiale. Il insiste pour que nous y assistions tous les deux.— On doit y aller ? je demande, sentant déjà une appréhension familière me nouer l
POV : NikolaiLe rapport de Timur, posé sur mon bureau ce matin-là, mentionne un détail insignifiant en apparence : Alima a mentionné, en passant lors d'un déjeuner avec ses amis, vouloir se procurer un manuel de cardiologie récent, un ouvrage difficile à trouver en dehors des librairies spécialisées.Je ne sais pas exactement pourquoi ce détail retient mon attention plus longtemps qu'il ne le devrait. C'est le genre d'information que je consulte habituellement d'un œil purement fonctionnel, cherchant uniquement les anomalies, les menaces potentielles, jamais les petites envies personnelles d'une étudiante en médecine.Je passe commande le jour même, sans vraiment m'attarder sur les raisons de ce geste, me convainquant qu'i
POV : AlimaLa cafétéria bourdonne de son animation habituelle quand je m'installe face à Sonia, son plateau déjà entamé, ses yeux se levant vers moi avec cette attention scrutatrice qui ne me quitte plus depuis plusieurs semaines.— Tu as encore ces cernes, dit-elle, sans préambule, avant même que je n'aie pu m'asseoir complètement. Et cette fois, ne me dis pas que c'est à cause des révisions.— Sonia, dis-je, fatiguée d'avance par cette conversation que je vois déjà venir.— Non, coupe-t-elle, sa voix ferme malgré la douceur qu'elle s'efforce d'y maintenir. J'en ai assez de te voir t'éteindre un peu plus chaque semaine sans que tu me laisses t'







