로그인Il embrasse mon cou, ma gorge, la naissance de ma poitrine. Ses mains descendent, font glisser ma robe le long de mes jambes. Je me retrouve en culotte, sous lui, et je ne me suis jamais sentie aussi vulnérable ni aussi puissante à la fois. Ses doigts trouvent l'élastique de mon slip, hésitent.
— S'il te plaît, je souffle. Il le fait glisser. Lentement. Trop lentement. Le tissu frotte contre ma peau, contre mes cuisses, et quand il l'enlève complètement, je me retrouve nue sous son regard. Il me regarde comme si j'étais une œuvre d'art, comme s'il voulait mémoriser chaque centimètre de mon corps. — Mateo. Ma voix est suppliante. Je n'ai plus honte. Je n'ai plus peur. Je veux juste lui. Il se déshabille à son tour, rapidement, maladroitement. Le jean tombe, le caleçon aussi. Et quand il revient sur moi, peau contre peau, je sens tout. Chaque centimètre de lui contre chaque centimètre de moi. Sa chaleur. Son poids. Son désir dur contre mon ventre. Je noue mes jambes autour de ses hanches, je l'attire plus près, je le sens se positionner à l'entrée de moi. — Regarde-moi, murmure-t-il. Je le regarde. Ses yeux dans les miens. Et il me pénètre. Le monde bascule. Je m'accroche à ses épaules, mes ongles s'enfoncent dans sa peau, et je sens chaque centimètre de lui qui me remplit, qui m'étire, qui me découvre. Il s'arrête, me laisse m'habituer, ses lèvres sur ma tempe, ses murmures dans mes cheveux. — Tu vas bien ? — Oui. Bouge. S'il te plaît, bouge. Il bouge. Lentement d'abord, des mouvements doux, mesurés, comme s'il avait peur de me briser. Puis plus profond, plus rapide, quand il sent mes hanches venir à sa rencontre, quand il entend les sons que je ne peux plus retenir. Le lit grince. La lampe projette nos ombres dansantes sur les murs. Sa bouche trouve la mienne, avale mes gémissements, et je sens quelque chose se construire au creux de mon ventre, une tension, une chaleur, une vague qui monte, qui monte... — Mateo... — Je sais. Laisse-toi aller. Je te tiens. Et je me laisse aller. La vague me submerge, me traverse, me brise en mille morceaux. Je crie son nom contre son épaule, je m'accroche à lui comme si le monde s'effondrait. Il me suit quelques secondes plus tard, un grognement rauque qui vibre contre mon cou, son corps qui se cambre, qui se vide en moi dans une série de soubresauts. Après, il reste là. En moi. Sur moi. Sa respiration chaude contre ma tempe. Son cœur qui bat contre le mien. Nos corps collés par la sueur et autre chose. — Tu vas bien ? murmure-t-il enfin. — Je vais bien. Il se retire doucement, s'allonge à côté de moi, me tire contre lui. Je pose ma tête sur son épaule, sens son bras se refermer autour de moi. La lampe est toujours allumée. Dehors, la pluie continue de tomber. Quelque part dans la rue, une voiture passe. Le monde continue de tourner. Je ferme les yeux. Je ne sais pas encore que ce moment est le dernier avant le chaos. Valentina La pluie s'est arrêtée. Je ne sais pas quand. Il ne reste plus que le bruit lointain d'un colectivo qui passe dans la rue et le tic-tac d'une horloge que je ne vois pas. La ville dort. Buenos Aires respire doucement, quatre étages sous nous, et moi je ne dors pas. Je suis allongée sur le flanc, la joue contre l'oreiller qui sent son parfum. Les draps sont froissés autour de nous, un désordre magnifique de coton blanc et de membres entremêlés. Mon corps est encore chaud, encore vibrant, comme une corde qu'on vient de pincer. Chaque endroit où ses mains sont passées garde une trace invisible, une marque fantôme de chaleur et de désir. Je me surprends à sourire dans l'obscurité comme une idiote. Mateo dort sur le dos, un bras replié derrière la tête. La lumière de la rue filtre à travers les rideaux et dessine des bandes pâles sur sa poitrine. Je le regarde. Je n'ai jamais pu le regarder aussi longtemps sans qu'il détourne les yeux, sans qu'on se fasse surprendre. Alors je prends mon temps. Je mémorise la ligne de sa mâchoire, le pli léger entre ses sourcils qui ne le quitte même pas dans son sommeil, ses cils trop longs pour un homme, la petite cicatrice blanche qu'il a sur l'épaule gauche et dont il m'a raconté un jour l'histoire en riant. Une chute de skate à douze ans. Santiago avait paniqué, il l'avait porté jusqu'à chez nous en criant. Je tends la main. Du bout de l'index, je suis le contour de cette cicatrice. Il ne bouge pas. Sa respiration reste régulière. Je descends le long de son bras, sur le creux de son coude, jusqu'à sa main ouverte sur le drap. Une main d'architecte, longue, précise, avec des callosités aux endroits où le crayon appuie. Je glisse mes doigts entre les siens. Dans son sommeil, il les referme. Mon cœur fait un bond ridicule. Je pense à tout ce chemin. Le mate arraché de ses mains le soir de mes dix-huit ans. Les semaines de stratégie sur une nappe en papier avec Facundo. L'immeuble où j'ai pris un appartement en prétendant que c'était un hasard. Les dîners de cinq minutes qui duraient trois heures. Le carnet de croquis. Chaque geste que j'ai osé, chaque regard que j'ai volé, chaque fois où j'ai retenu mon souffle en attendant qu'il craque. Il a craqué. C'est moi qui ai fait ça.MateoLa porte de l'immeuble se referme derrière moi avec ce bruit sourd que je connais depuis quinze ans, le même claquement métallique qui marque la fin de toutes les nuits où je suis monté chez Valentina sans jamais vraiment monter, ces nuits où je restais une heure, deux heures, assis sur le bord d'une chaise comme un invité qu'on n'a pas invité à rester, à parler de choses ordinaires en évitant soigneusement toutes les autres. La rue est vide, ou presque, un chien qui fouille dans un sac poubelle éventré, la lueur orange d'un lampadaire qui clignote à intervalles irréguliers, l'air qui sent la pluie proche sans qu'une goutte soit tombée, cette odeur de fer et de poussière mouillée qui monte du fleuve certains soirs et qui vous colle à la peau. Je la vois. Elle est à une demi-rue, la silhouette que je reconnaîtrais entre mille, le dos droit, le pas rapide, ce pas à elle de quand elle compte les pas pour ne pas compter autre chose, ce pas que je lui ai vu adopter toutes les fois où
CamilaJe ne suis pas bête. Je veux que ce soit dit, quelque part, une fois : je ne suis pas bête.Je suis une femme qui plie ses serviettes en triangle et qui range ses affaires par couleur, alors les gens croient que je vois le monde à travers du coton repassé. C'est l'inverse. C'est parce que je vois tout que je plie. C'est parce que tout menace, toujours, de se déranger, que je passe ma vie à ranger.Ce que j'ai vu, ce soir-là, a duré deux secondes. Deux secondes, à peine, entre la fin du gâteau et le mate.Valentina racontait quelque chose, une histoire drôle, tout le monde riait, et Mateo l'a regardée. Pas un regard de beau-frère. Pas un regard d'ami de la famille. Un regard d'homme qui regarde l'endroit où il habite vraiment, au fond de lui, un regard de quelqu'un qui ouvre sa propre porte. Deux secondes. Puis il a baissé les yeux vers la calebasse, et elle a ri plus fort, une fraction de seconde trop fort, et personne n'a rien vu, et moi j'ai vu.J'ai vu parce que je regarde c
MateoSantiago m'a coincé dans le couloir, entre la salle de bains et la cuisine, son verre à la main, son bras sur mon épaule, et son haleine de bon vin, et je savais que ce moment viendrait, je l'attendais comme on attend le dentiste.— Alors.— Alors quoi.— Alors, Mateo. Trois mois. Tu me caches une femme pendant trois mois. À moi. On a partagé une chambre, des chaussures, un pneu crevé sur la General Paz, tu te souviens du pneu, et tu me caches une femme.— Je ne cachais rien. Je vérifiais.— Vérifiais quoi ?— Que ce soit vrai.Il m'a regardé. Il a ce regard, Santiago, un regard d'avocat qui n'a jamais tout à fait quitté le tribunal, et pendant une seconde j'ai cru qu'il allait voir. Qu'il allait lire la façade fissurée, les caves inondées, toute la structure. Puis il a ri, et le moment est passé, comme ils passent tous, comme je les laisse tous passer.— Tu es le seul homme du monde qui vérifie l'amour comme un devis, il a dit. Ma grand-mère disait : celui qui teste le lit avan
ValentinaIl y a quatre fourchettes, six verres, huit couteaux, deux saladiers, une carafe.Je compte. C'est ce que je fais quand le monde menace de se déformer, je compte ce qui ne ment pas, les objets, les marches, les carreaux, tout ce qui reste à sa place quand les gens, eux, changent de trajectoire sans prévenir.Ma compagne depuis trois mois.Trois mois. J'ai fait le calcul tout de suite, on fait toujours le calcul, c'est un réflexe de victime, et le calcul disait : la nuit, sa nuque sous mes doigts, c'était une erreur, tout ça tenait à l'intérieur de ses trois mois. Je n'étais pas une révélation. J'étais un écart. On m'a comptée dans la catégorie des accidents, et elle, elle est dans la catégorie des projets, avec son gâteau et sa robe crème et ses mains qui tremblent quand elle croit que personne ne voit.Je vois, moi. Je vois tout. C'est mon talent et ma punition.Elle est gentille. C'est le pire, vous savez. Le pire aurait été une pimbêche, une arrogante, une femme qu'on peu
MateoIl y a un moment, dans chaque catastrophe, où l'on peut encore tout arrêter. Un train peut encore freiner. Un incendie peut être éteint à la pédale. Je connais ce moment, je l'ai vu passer devant moi dans le couloir de Rosa, entre la porte et la table, cinq mètres de céramique que j'ai traversés comme on traverse un pont qui s'effondre, en sachant, en sachant, et en avançant quand même.— Voici Camila, j'ai dit. Ma compagne. Depuis trois mois.Le silence.Je connais les silences de cette maison comme je connais mes plans. Le silence joyeux d'avant le repas. Le silence rond de la sieste. Le silence électrique des disputes de Santiago. Celui-là, je ne l'avais jamais entendu. Il a duré trois secondes, peut-être quatre, et il contenait tout.Rosa, la première, parce que Rosa est toujours la première, parce qu'une mère est un pompier qui court vers le feu.— Trois mois ! Et tu nous la cachais, cet ange ? Assieds-toi, mi vida, assieds-toi là, à côté de moi, Mateo tu l'as fait asseoir
CamilaJ'ai mis deux heures à choisir cette robe. Deux heures, et je veux que quelqu'un le sache, une fois, parce que personne ne le saura jamais, et que ça méritait mieux que ça, ces deux heures.La bleue était trop sévère. La noire, trop veuve. La rouge, hors de question, la rouge c'est un drapeau, et je ne suis pas une femme à drapeaux, je suis une femme à serviettes pliées et à listes, et je le sais, et ce soir-là je le savais plus que jamais. J'ai fini par la crème, celle avec les petites manches, celle qui dit : je suis douce, je suis sérieuse, vous pouvez me confier votre fils, votre frère, votre trésor.Le gâteau, je l'ai fait trois fois. Non. Je l'ai fait deux fois, la première pâte a raté, ou plutôt elle n'a pas raté, elle était très bien, mais pas assez bien pour la mère de l'homme que j'aime, alors je l'ai donnée à la voisine et j'ai recommencé à minuit, en pleurant un peu sur le chocolat fondu, sans savoir pourquoi je pleurais, enfin si, je savais. Je savais depuis le déb







