로그인Robert ne dormit pas cette nuit-là. Pas vraiment. Il sombrait dans un demi-sommeil agité, puis se réveillait en sursaut, le cœur battant, l'image de William gravée derrière ses paupières. À quatre heures du matin, il abandonna tout espoir de repos et resta allongé dans le noir, fixant le plafond, essayant de se raisonner.
*C'est ridicule. Tu ne le connais même pas. C'était juste... un moment. Un instant d'égarement.* Mais son corps ne l'écoutait pas. Son pouls s'accélérait rien qu'en pensant à ce regard gris-vert, à ce sourire en coin, à cette voix qui semblait résonner encore dans ses os. Quand son réveil sonna à six heures, Robert était déjà debout, les yeux cernés mais l'esprit étrangement clair. Il se doucha, s'habilla costume gris anthracite aujourd'hui, cravate bordeaux et descendit affronter le petit-déjeuner familial. Sa mère lui lança un regard inquiet en le voyant. « Tu as une mine affreuse, mon chéri. Tu couves quelque chose ? » « Non, j'ai juste mal dormi. » « Le dîner d'hier s'est très bien passé, » intervint son père sans lever les yeux de son journal. « Maître Beaumont m'a appelé ce matin. Il est impressionné par toi. Et Élise aussi, apparemment. » Robert serra les dents, enfonçant son couteau dans sa tartine avec plus de force que nécessaire. « Parfait. » « Tu devrais l'inviter à déjeuner cette semaine. Faire plus ample connaissance. » « Je suis très occupé avec mes révisions. » Son père abaissa enfin son journal, le regard perçant. « Robert. Nous ne te demandons pas grand-chose. Juste de faire un effort. Cette alliance avec les Beaumont pourrait... » « Je sais, papa, » coupa Robert d'une voix plus sèche qu'il ne l'aurait voulu. « Tu me l'as déjà dit. Plusieurs fois. » Un silence pesant s'abattit sur la cuisine. Sa mère échangea un regard nerveux avec son père. « Surveille ton ton, jeune homme, » gronda ce dernier. Robert se leva brusquement, sa chaise raclant bruyamment le carrelage. « Je suis désolé. Je dois y aller. Je vais être en retard. » Il attrapa son sac et sortit avant que l'un ou l'autre puisse ajouter quoi que ce soit, claquant la porte peut-être un peu trop fort derrière lui. Dehors, l'air frais d'octobre le gifla, apaisant momentanément la rage qui bouillonnait en lui. Il s'adossa au mur de la maison, respirant profondément, les mains tremblantes. *Qu'est-ce qui m'arrive ? Je ne me comporte jamais comme ça.* Mais il connaissait la réponse. Quelque chose s'était réveillé en lui hier. Quelque chose qu'il avait passé des années à endormir, à enfouir, à nier. Et maintenant, c'était comme si une digue avait cédé. Toute la frustration, la colère, le ressentiment accumulés pendant vingt-trois ans menaçaient de déborder. ✿*:・゚ La matinée à l'université fut un calvaire. Robert était incapable de se concentrer. Les mots du professeur Durand n'étaient qu'un bourdonnement lointain. Ses notes, habituellement méticuleuses, n'étaient qu'un gribouillis incompréhensible. À plusieurs reprises, il surprit Maxime le regardant avec inquiétude. « Mec, t'es sûr que ça va ? » chuchota son ami pendant que le professeur écrivait au tableau. « Oui, oui. Juste fatigué. » « T'as vraiment une sale tête. Tu veux qu'on aille boire un café après le cours ? » « Non, je... j'ai quelque chose à faire à midi. » Maxime haussa un sourcil, surpris. Robert ne « faisait » jamais rien à midi. Il déjeunait toujours à la cafétéria avec le groupe, révisant ou discutant des cours. « Ah bon ? Quoi donc ? » « Juste... une course. » Robert détourna le regard, mettant fin à la conversation. Il sentait le poids du regard de Maxime sur lui, mais l'ignora. Les deux heures suivantes s'écoulèrent avec une lenteur insoutenable. Robert ne cessait de consulter sa montre. Dix heures trente. Dix heures quarante-cinq. Onze heures. Chaque minute semblait durer une éternité. Enfin, midi arriva. Robert ramassa ses affaires à une vitesse qui fit sourciller plusieurs de ses camarades lui qui rangeait toujours méticuleusement chaque livre, chaque stylo et se précipita hors de l'amphithéâtre. « Robert ! On se voit cet aprèm ? » cria Maxime dans son dos. « Ouais ! À plus ! » Il était déjà parti, dévalant les escaliers, traversant le campus au pas de course. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, mais ce n'était pas à cause de l'effort physique. *Qu'est-ce que je fais ? C'est de la folie. Je devrais retourner à la cafétéria, réviser comme d'habitude, oublier tout ça.* Mais ses pieds continuaient d'avancer, comme guidés par une volonté propre. Il franchit les grilles de l'université, s'engouffra dans le métro, émergea dans le centre-ville. Ses pas le menèrent à travers les rues familières, puis dans le quartier bohème qu'il avait découvert la veille. Et là, son estomac se noua. *Et s'il n'est pas là ? Et si hier était juste... un hasard ? Il a dit qu'il venait tous les jours, mais peut-être qu'il mentait. Peut-être que...* Il tourna le coin de la rue. La petite place s'ouvrit devant lui, avec sa fontaine délabrée, ses cafés aux terrasses à moitié vides, ses pavés inégaux. Et William. Il était là, au même endroit, assis sur le rebord de la fontaine, sa guitare sur les genoux. Aujourd'hui, il portait un jean noir déchiré et un sweat à capuche gris usé, ses cheveux encore plus ébouriffés que la veille. Il ne jouait pas encore, se contentant de gratter quelques accords distraitement, les yeux perdus dans le vague. Le soulagement qui envahit Robert fut si intense qu'il en eut le vertige. Il s'arrêta à l'entrée de la place, incertain. Devait-il s'approcher ? Faire semblant de passer par hasard ? Rester à distance et juste écouter ? Comme s'il avait senti sa présence, William leva les yeux. Leurs regards se croisèrent. Un sourire lent, paresseux, étira les lèvres du musicien. Pas de surprise dans ses yeux. Plutôt... de la satisfaction ? Comme s'il s'était attendu à le voir. William lui fit signe d'approcher d'un mouvement de tête. Robert hésita encore une seconde sa dernière chance de fuir, de retourner dans sa vie bien ordonnée puis avança. « Tiens, tiens, » dit William alors qu'il s'approchait. « Robert Lambert, étudiant en droit. J'avais parié avec moi-même que tu reviendrais. » « Ah oui ? » Robert s'efforça de garder un ton détaché, mais sa voix le trahit légèrement. « Et qu'est-ce qui te rendait si sûr de toi ? » « L'expression sur ton visage hier. » William posa sa guitare à côté de lui et se leva, glissant ses mains dans les poches de son jean. « T'avais l'air de quelqu'un qui venait d'entendre quelque chose qu'il cherchait depuis longtemps sans savoir qu'il le cherchait. » La justesse de l'observation coupa le souffle de Robert. Comment ce parfait inconnu pouvait-il lire en lui si facilement alors que sa propre famille ne voyait rien ? « C'est... très perspicace de ta part, » parvint-il à articuler. « J'observe les gens. Ça fait partie du boulot. » William l'étudiait avec cette même intensité troublante. « Alors, t'es venu pour la musique ou pour autre chose ? » La question était directe, presque provocante. Robert sentit ses joues s'embraser. « Pour la musique. Ta musique était... elle était vraiment impressionnante. Je voulais en entendre plus. » « Hmm. » William ne semblait pas entièrement convaincu, mais il n'insista pas. « T'as de la chance, j'ai justement préparé de nouveaux morceaux. Tu veux t'asseoir ou tu préfères rester debout comme un piquet ? » Robert jeta un coup d'œil à sa montre. Treize heures. Il avait un cours à quatorze heures. *Juste quelques minutes. Je peux me permettre quelques minutes.* Il s'assit sur le rebord de la fontaine, laissant un espace respectable entre eux. William récupéra sa guitare et se réinstalla, ajustant les cordes. « Des requêtes particulières ? » « Je... je ne connais pas vraiment ton répertoire. » « Alors surprise. » William lui lança un regard en coin, ce demi-sourire jouant toujours sur ses lèvres. « J'espère que t'aimes les émotions fortes, parce que je fais pas dans la chanson à l'eau de rose. » Ses doigts se posèrent sur les cordes. La première note résonna, grave et mélancolique. Puis la voix de William s'éleva, rauque et chargée d'une tristesse brute qui serra le cœur de Robert. C'était une chanson sur la perte, la solitude, le sentiment d'être un étranger dans sa propre vie. Chaque mot résonnait en Robert comme si William chantait son histoire à lui. Il observa le musicien, fasciné par la transformation qui s'opérait. Les yeux fermés, le visage tendu par l'émotion, William ne jouait pas seulement de la musique – il *était* la musique. Vulnérable, authentique, d'une beauté déchirante. Tout ce que Robert n'avait jamais eu le courage d'être. La chanson se termina sur une note plaintive qui flotta dans l'air quelques secondes avant de s'évanouir. William rouvrit les yeux, rencontrant immédiatement le regard de Robert. « Alors ? » demanda-t-il doucement. « C'était... » Robert cherchait ses mots, la gorge serrée. « C'était magnifique. Et déchirant. » « Ouais, ben, c'est un peu ma spécialité. » William haussa les épaules, mais Robert perçut une vulnérabilité dans ce geste désinvolte. « Les chansons joyeuses, c'est pas trop mon truc. » « Pourquoi ? » La question lui avait échappé. William le regarda longuement, comme s'il jaugeait s'il pouvait faire confiance à cet inconnu en costume. « Parce que la vie est pas joyeuse, » répondit-il finalement. « Du moins, pas la mienne. Alors autant être honnête, non ? » « Je suppose. » Un silence confortable s'installa entre eux. Autour d'eux, la vie continuait – des gens passaient, entraient et sortaient des cafés, vaquaient à leurs occupations mais ici, dans cette bulle, c'était comme si le temps s'était suspendu. « À ton tour, » dit soudain William. « Pardon ? » « À ton tour d'être honnête. Pourquoi t'es vraiment revenu ? » Robert ouvrit la bouche pour mentir, pour donner une réponse polie et convenable. Mais sous ce regard gris-vert qui semblait voir à travers lui, les mensonges mouraient sur ses lèvres. « Je ne sais pas, » avoua-t-il, et c'était à la fois vrai et faux. « Enfin, si, je sais, mais... c'est compliqué. » « La vie est compliquée. » William se pencha légèrement vers lui. « Mais les raisons pour lesquelles on fait les choses, elles, sont souvent très simples. Alors ? Simple version. Pourquoi t'es là ? » Robert déglutit péniblement. Son cœur battait si fort qu'il était certain que William pouvait l'entendre. « Parce que... quand je t'ai entendu hier, j'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais ressenti avant. Ou plutôt, quelque chose que je m'interdis de ressentir. Et je... je voulais savoir si c'était réel. » Les mots étaient sortis dans un souffle précipité. Robert n'en revenait pas de sa propre audace. Jamais il n'avait été aussi transparent, aussi vulnérable avec qui que ce soit. William ne dit rien pendant un long moment, se contentant de l'observer. Puis, lentement, son sourire s'élargit. « C'était réel. » Trois mots. Trois mots qui firent vaciller le monde de Robert. « Comment tu peux en être sûr ? » « Parce que moi aussi j'ai ressenti quelque chose hier. Quelque chose qui m'a fait me retourner et te courir après quand t'as fait tomber ton portefeuille. » William se rapprocha imperceptiblement. « Normalement, j'aurais juste crié. Mais j'avais envie de te parler. De savoir qui t'étais. » L'air sembla manquer autour de Robert. Ils étaient si proches maintenant qu'il pouvait voir les paillettes dorées dans les yeux de William, sentir l'odeur légère de tabac et de cuir qui émanait de lui. « William, je... » « WILL ! » Les deux hommes sursautèrent et s'écartèrent brusquement. Une fille venait de débouler sur la place, grande et mince, avec des cheveux roses coupés au carré et un piercing au nez. Elle portait une veste militaire sur une robe vintage et des doc martens couvertes d'autocollants. « Will, faut qu'on y aille ! On a répète dans vingt minutes et Sébastien va péter un câble si t'es encore en retard ! » William grimaça. « Merde, j'avais complètement oublié. » Il se leva d'un bond, ramassant sa guitare. « Désolé Robert, faut que j'y aille. Répétition avec mon groupe. » « Oh. Bien sûr. » Robert se leva également, s'efforçant de masquer sa déception. La fille aux cheveux roses le remarqua pour la première fois et haussa un sourcil. « Tiens, une nouvelle recrue ? » demanda-t-elle à William avec un sourire en coin. « C'est Robert. Robert, voici Léa, notre batteuse et emmerdeuse officielle. » « Enchanté, » dit Robert poliment, tendant la main. Léa la serra avec une poigne surprenante, l'examinant de la tête aux pieds avec une curiosité non dissimulée. « Un mec en costard qui traîne avec Will ? C'est nouveau. T'es flic ou quoi ? » « Étudiant en droit. » « Oh putain, c'est pire. » Mais son sourire adoucissait ses paroles. « Bon, Will, sérieux, faut bouger. » « Ouais, ouais. » William se tourna vers Robert, et il y avait quelque chose d'hésitant dans son expression. « Tu... tu reviendras ? » La question était simple, mais chargée d'un espoir qui fit quelque chose d'étrange à l'estomac de Robert. « Je ne sais pas. Je... j'ai beaucoup de cours, et... » « C'est bon, j'ai compris. » Le visage de William se ferma légèrement, et il fit mine de partir. « Attends ! » Robert l'attrapa par le bras sans réfléchir. Le contact électrifia l'air entre eux. William baissa les yeux vers la main de Robert sur son bras, puis releva son regard vers lui. « Demain, » dit Robert avant de pouvoir se raviser. « Je reviendrai demain. Même heure. » Le sourire revint, éclatant. « Cool. J'y serai. » « WILL ! » « J'arrive, merde ! » William recula, mais ne rompit pas le contact visuel. « À demain, Robert Lambert. » « À demain, William Mercier. » William lui fit un salut moqueur et s'éloigna au pas de course, rejoignant Léa qui l'attendait au coin de la rue. Cette dernière se retourna et adressa un clin d'œil à Robert avant de disparaître. Robert resta immobile, son cœur battant la chamade, encore sous le choc de ce qui venait de se passer. *Qu'est-ce que je viens de faire ?* Il venait de promettre de revenir. De s'engager dans... dans quoi exactement ? Une amitié ? Quelque chose de plus ? *Non. Pas quelque chose de plus. C'est impossible. Je ne peux pas. Je ne dois pas.* Mais même en se répétant ces mots, il savait qu'il ne pourrait pas rester loin. Pas maintenant. Pas après avoir goûté à cette sensation de liberté, d'authenticité, de connexion réelle avec quelqu'un. Il consulta sa montre. Treize heures quarante-cinq. Merde. Il était vraiment en retard pour son cours. Robert se mit à courir, son attaché-case battant contre sa jambe, totalement surréaliste dans ce quartier bohème. Mais pour une fois, il s'en fichait.Tout ce qu'on a oséDix ans.Robert les compta un matin de mai sans l'avoir décidé il faisait du café, regardait la lumière entrer par les fenêtres sud, et réalisa soudain que c'était mai, et que mai voulait dire dix ans depuis la première fois qu'il avait entendu William jouer dans une rue.Il resta un moment avec cette pensée.Dix ans ne ressemblaient pas à ce qu'il aurait imaginé. Ils ne pesaient pas. Ils n'avaient pas cette texture de durée qu'on attribue aux longues périodes au contraire, ils semblaient compacts, denses, pleins de chaque journée qui les composait sans en écraser aucune.Il prit les deux tasses. Alla dans la chambre.---William dormait encore.Il dormait toujours sur le côté gauche, le bras passé sur le côté de Robert même quand Robert n'était plus là une habitude du corps qui cherchait sans se réveiller. Les cheveux légèrement plus longs qu'avant, quelques fils gris aux tempes qu'il ne re
Léa Mia était concentrée sur la guitare, la langue légèrement sortie un tic de concentration qu'elle tenait de William qui le tenait lui-même de quelque part sans l'avoir jamais remarqué. Ses petits doigts cherchaient les cordes.Elle joua quatre notes.Justes.Leva les yeux vers Robert avec une expression qui n'avait pas besoin d'être traduite.« C'est parfait, » dit-il.« Je sais. » Elle reposa la guitare sur ses genoux. « Pa dit que je suis douée. »« Pa a raison. »William croisa le regard de Robert par-dessus la tête de Léa Mia.Il y avait dans ses yeux quelque chose que Robert connaissait par cœur maintenant cette façon d'être complètement là, complètement présent, sans chercher à être ailleurs.La même chose que ce soir sur la place Saint-Sulpice.Juste plus.---Plus tard, après le dîner, après que Léa Mia eut négocié puis finalement accepté l'heure du coucher avec la
Ce que les années font Léa Mia eut trois ans en mars. Ils organisèrent une fête simple l'appartement décoré de guirlandes jaunes que William avait choisies avec une logique évidente, un gâteau au chocolat que Robert avait fait lui-même en suivant la recette de sa mère avec une concentration qui avait amusé tout le monde, les deux familles réunies dans le salon de la rue Beaurepaire avec ce bruit particulier des fêtes d'enfants qui déborde légèrement de ce qu'on avait prévu. Léa Mia avait soufflé ses bougies avec une détermination totale une seule tentative, les joues gonflées, les trois flammes mortes d'un coup. Puis elle avait regardé les adultes applaudir avec l'expression de quelqu'un qui trouve la réaction des grands légèrement disproportionnée mais l'accepte avec grâce. Elle parlait maintenant. Vraiment parlait des phrases, des questions, des opinions sur tout. Sur la couleur de ses chaussures. Sur la façon dont Willia
Ce qu'on gardeLéa Mia revint un jeudi.Puis le jeudi suivant.Puis elle resta le weekend.Puis le weekend suivant elle ne repartit pas.Ce ne fut pas annoncé comme un grand moment Madame Forestier avait prévenu que ça se passerait souvent ainsi, progressivement, une nuit puis deux puis une semaine, jusqu'à ce que l'appartement devienne le repère naturel et que la question du retour ne se pose plus vraiment. Les enfants de cet âge s'adaptent par le corps avant de comprendre par la tête. Laissez les habitudes s'installer. La routine est votre meilleur allié.Robert avait retenu ça. La routine.Il avait toujours été quelqu'un de routine le café à la même heure, le bureau rangé avant de travailler, les habitudes comme armature invisible d'une journée. Ce qu'il n'avait pas anticipé c'était comme une petite personne de vingt-deux mois pouvait s'insérer dans ces habitudes et les transformer sans les briser. Les enrichir, plutô
Ce qu'on devient ensembleLéa Mia entra dans l'appartement de la rue Beaurepaire un jeudi de novembre.Pas définitivement pas encore. C'était la première visite à domicile, une des étapes de la transition progressive. Trois heures, avec la référente présente, pour que l'enfant découvre l'espace avant d'avoir à y vivre.Madame Forestier avait appelé la veille pour confirmer. Robert avait dit oui, bien sûr, tout est prêt. Raccroché. Regardé William.Ils avaient passé la soirée à ne pas vraiment regarder la télévision.---Le matin du jeudi, Robert se leva à six heures.Il ne chercha pas à se rendormir. Il fit du café, s'assit à la table de la cuisine, et regarda Paris s'allumer par la fenêtre avec cette patience de celui qui a compris que les grandes journées ne se précipitent pas.William le rejoignit à sept heures, ébouriffé, sans un mot, se versa du café et s'assit en face de lui.Ils se regardèrent.« T'as dormi ? » demanda Robert.« Un peu. Toi ? »« Pareil. »William but son café
La première foisLa salle de l'agence Lumière où avait lieu la rencontre était petite et pensée avec soin.Pas un bureau une pièce différente, à l'arrière du couloir, avec un tapis coloré sur le sol, des jouets dans un bac en plastique, deux fauteuils bas pour les adultes et un espace ouvert au centre où un enfant pouvait se déplacer librement. La lumière était douce, les murs d'un blanc neutre. Quelqu'un avait accroché des guirlandes de papier au plafond des étoiles, des lunes, des formes géométriques simples qui tournaient légèrement dans le courant d'air de la ventilation.Robert les regarda tourner pendant que Madame Forestier leur expliquait ce qui allait se passer.*Elle va entrer avec la référente qui la connaît. Laissez-lui le temps. Ne vous précipitez pas vers elle. Laissez-la venir si elle le veut. Et si elle ne vient pas aujourd'hui, c'est normal ça ne veut rien dire.*Robert hocha la tête.Il entendit les mots. Il les comprit. La partie de lui qui fonctionnait en mode rati