Mag-log inUne ruelle plus étroite que les autres. Un passage couvert, voûté, qui sent l'urine et la pisse de chat. Nous nous y engouffrons. Kaelan s'arrête brusquement, se plaque contre le mur de pierre froide. Je fais de même, mon dos contre la pierre rugueuse, ma poitrine se soulevant à un rythme effréné.Nous retenons notre souffle. L'air siffle dans mes poumons, mais je le force à se taire. Je plaque ma main sur ma bouche pour étouffer le bruit de ma respiration.Les pas approchent. Lourds. Rapides. Ils résonnent dans la ruelle voisine, de l'autre côté du mur contre lequel nous sommes plaqués. Je les entends distinctement. Le bruit des semelles sur le pavé. Le souffle court des hommes qui courent. Le grésillement d'une oreillette.Ils passent devant l'entrée de notre passage sans s'arrêter. Continuent tout d
Il sourit. Un sourire qui ressemble à celui de Jacqueline, toutes dents dehors et aucune chaleur. Un sourire de défi, de provocation. Le sourire d'un homme qui a accepté sa mort et qui n'a plus rien à perdre.— Mais tu ne le sauras jamais. Quoi que tu me fasses, quoi que tu me fasses subir, je ne te dirai rien. Tu peux me torturer, me briser, me tuer. Tu ne sauras jamais qui m'a aidé. Tu ne sauras jamais où sont les originaux. Tu ne sauras jamais rien. Et tu passeras le reste de ta vie à te demander qui t'a trahie, qui t'a vendue, qui attend dans l'ombre le moment de frapper à nouveau.Le visage de Jacqueline se décompose lentement. La rage remplace le triomphe, déformant ses traits, creusant des rides autour de sa bouche et de ses yeux. Elle avait prévu qu'il plie. Elle avait prévu qu'il négocie, qu'il supplie, qu'il essaie de sauver sa peau. Elle n'avait pas
Le signal.Ses hommes de main se mettent en marche immédiatement. Ils convergent vers nous à travers la foule, silhouettes sombres et menaçantes dans leurs costumes parfaitement coupés. Je les compte machinalement, comme je l'ai fait toute la soirée. Six hommes. Toujours les mêmes. Celui du hall d'entrée, massif comme une armoire à glace, le cou épais et les mains comme des battoirs. Celui du bar, plus mince, plus nerveux, les yeux toujours en mouvement. Les deux de l'escalier, presque identiques dans leurs costumes gris, des frères peut-être, ou simplement sortis du même moule. Celui de la mezzanine, dont je n'aperçois que la silhouette qui descend l'escalier quatre à quatre. Et un sixième que je n'avais pas repéré, surgi de nulle part, qui se tient près des portes-fenêtres.Ils ne courent pas. Ils n'ont pas besoin de courir. L
ÉlianeJacqueline se tourne vers Kaelan comme un fauve qui vient de sentir le sang. Son visage n'est plus un visage. C'est un masque antique, taillé dans une matière dure et froide, figé dans une expression de rage si pure qu'elle transcende l'humain. Ses yeux sont deux braises noires qui brillent d'un feu intérieur. Ses lèvres sont retroussées sur ses dents, découvertes dans un rictus qui n'a rien d'un sourire. Ses narines palpitent, comme si elle humait l'air, comme si elle sentait notre peur et qu'elle s'en nourrissait.— Tu as osé, répète-t-elle.Sa voix est basse, grave, dangereuse. Elle ne crie pas. Elle n'a pas besoin de crier. Chaque mot est une pierre qu'elle laisse tomber dans le silence de la salle, et les ondes de choc se propagent jusqu'aux murs les plus lointains.— Tu as osé me trahir. Moi. Après tout ce que j'ai fait pour to
Il ne répond pas. Ses yeux balaient la salle, rapides, méthodiques. Je vois son regard passer d'une issue à l'autre, calculer les distances, évaluer les obstacles, peser les probabilités. Le hall principal est bloqué. Les hommes de Jacqueline y sont déjà, deux colosses en costume sombre qui barrent la grande porte. L'escalier d'honneur est gardé, deux autres hommes postés de chaque côté comme des sentinelles. La mezzanine est trop haute pour être atteinte sans passer par l'escalier. Les fenêtres donnent sur une cour intérieure fermée, puis sur le vide, quatre étages plus bas.Il n'y a pas d'issue. Nous sommes pris. Jacqueline a conçu cette maison comme une forteresse, et ce soir, la forteresse remplit parfaitement son office.Je regarde Jacqueline. Elle sourit maintenant. Un sourire de triomphe qui étire ses lèvres mince
Elle comprend. Tout. D'un coup. La lumière se fait dans ses yeux, terrible, aveuglante. La danse que nous avons dansée toute la soirée, toujours au milieu de la piste, toujours visibles de partout. Les sourires que nous avons affichés, ce masque de couple parfait que nous avons porté sans faiblir. Les coupes de champagne que nous avons bues, ce toast à la vérité que Kaelan a porté en la regardant droit dans les yeux. Tout cela n'était qu'une mise en scène. Un rideau de fumée. Une façon de gagner du temps, minute par minute, seconde par seconde, pendant que les documents faisaient leur chemin à travers le monde, rebondissant de serveur en serveur, de continent en continent.Son visage se décompose. La surprise s'efface, balayée par une rage qui monte des profondeurs de son être comme de la lave en fusion. Une rage froide, pure, absolue, qui d&eacu
KaelanSa voix est un souffle. Je lève les yeux. Son visage est d’une pâleur de cire, sauf la mince traînée de sang séché sur sa tempe et la petite égratignure à la clavicule. Ses yeux, immenses, me fixent. Ils ne pleurent pas. Ils brûlent.— On n’est pas en sécurité ici, je dis, la voix plus dure
ÉlianeElle éclate d’un rire hystérique.— Ce n’est plus l’argent ! C’est lui ! C’est VOUS ! Vous avez tout gâché !Son doigt se crispe sur la détente. Je vois la décision se faire dans ses yeux. L’élimination de l’obstacle. Moi.Mais Kaelan a profité de cette seconde d’hésitation. Il a lâché l’hom
ÉlianeLe froid est devenu une seconde peau. Il s’est infiltré dans mes os, a remplacé le sang dans mes veines. Je grelotte, un tremblement fin, incontrôlable, qui vient du plus profond de moi.Nous sommes revenus en ville. Je l’ai compris au son des sirènes lointaines, au changement de lumière fil
ÉlianeJe ne prends pas le temps d’appeler la police. Pas encore. Je sors mon téléphone et compose un numéro que je n’ai jamais effacé, un numéro lié à un monde que j’ai voulu quitter. Un monde d’informations rapides et sans scrupules.— Lorentz ? C’est Thorne. J’ai un problème. Une personne a disp







