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CHAPITRE 3 : Pas dormi

Penulis: Darkness
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-08 19:34:10

Éliane

L’aube n’est qu’une blessure pâle à l’horizon, une traînée de lumière malade qui saigne à travers les vitraux du hall d’entrée. Je n’ai pas dormi. Les ombres du plafond voûté ont dansé une sarabande macabre sur mon plafond, épousant les courbes de mes angoisses.

Je marche sur la pointe des pieds, comme une voleuse dans ma propre vie. Le parquet froid mord mes pieds nus à travers les chaussettes fines. Le manoir, à cette heure, est un organisme qui respire à peine. Les craquements de la structure ancienne sont ses os qui gémissent. Je cherche du café, un semblant de normalité, un cordon ombilical vers le monde d’avant.

La cuisine est une cathédrale de cuivre et de pierre. Immense, froide, d’une propreté chirurgicale. Aucune trace de désordre, de vie. Comme si les repas s’y matérialisaient par magie. Je trouve une cafetière, un moulin, des grains. Mes gestes sont mécaniques, le bruit du broyage, un vacarme sacrilège dans le silence.

Le parfum du café commence à emplir l’air, une promesse d’humanité, quand une présence se découpe dans l’embrasure de la porte.

Kaelan.

Il n’a pas l’air d’un homme qui vient de se réveiller. Il a l’air d’un homme qui a passé la nuit à veiller, à calculer, à posséder les ténèbres. Il est vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise blanche, non boutonnée, qui révèle la cartographie de cicatrices sur son torse. Des lignes pâles, des histoires de violence et de survie.

— Vous cherchez déjà un échappatoire ? Sa voix est rauque, érodée par la nuit.

— Je cherche du café.

— Le café est une drogue. Une béquille pour affronter le jour. Ici, vous n’en avez pas besoin. Ici, vous affronterez la réalité à visage découvert.

Il avance, ses pas sont silencieux sur les dalles. Il s’arrête devant la cafetière, pose une main sur le bec, comme pour en sentir la chaleur. Un geste presque intime.

— Vous tremblez.

Ce n’est pas une question. C’est un constat. Je serre les poings pour le faire cesser, en vain.

— J’ai froid.

— Non. Vous avez peur. Et c’est une chose magnifique. La peur est le plus véridique des langages. Le corps ne sait pas mentir. Pas comme la bouche.

Il se tourne vers moi, me coinçant entre le comptoir de granit et l’immobilité de son corps. L’odeur du café, riche et réconfortante, est maintenant mêlée à la sienne, ce mélange de savon coûteux, de nuit froide et de quelque chose de foncièrement sauvage, de mâle.

— Regardez-moi, Éliane.

Je lève les yeux. Son regard gris n’est plus celui de l’homme d’affaires ou du collectionneur. C’est celui d’un archéologue de l’âme, prêt à excaver mes secrets les plus enfouis.

— Vous vous demandez ce que je veux. Vraiment. Au-delà des papiers, au-delà de votre corps même.

Il lève une main, et je flanche, m’attendant à un contact, une violence. Mais sa main reste en l’air, puis se referme lentement, comme s’il capturait l’air entre nous.

— Je veux le son que vous ferez quand vous briserez. Pas un cri. Un soupir. L’abandon total. Je veux voir la lumière dans vos yeux se rendre, et choisir les ténèbres. Mes ténèbres.

Ses mots ne sont pas des menaces. Ce sont des prophéties. Ils tracent un chemin dans ma chair, un sillon où quelque chose de nouveau et de terrible pourrait germer.

— Pourquoi moi ? La question s’échappe, faible, pathétique.

Un sourire effleure ses lèvres, sans atteindre ses yeux.

— Parce que vous avez une forteresse en vous. Une citadelle de douleur et de fierté. La détruire sera mon chef-d’œuvre.

Il se penche, son souffle chaud contre ma tempe, un murmure qui est une possession.

— Le café est prêt. Buvez-le. Savorer chaque gorgée amère. Ce sera la dernière béquille que je vous autoriserai.

Il se redresse, et son regard parcourt mon visage, mon cou, la fragile architecture de mes clavicules, comme s’il mémorisait chaque détail pour le modeler plus tard à sa guise.

Puis il tourne les talons et sort, me laissant seule avec le grondement de la cafetière et le tremblement incontrôlable de mes mains.

Je me verse une tasse. Le liquide noir et brûlant. Je porte la tasse à mes lèvres. L’amertume m’envahit, un goût de cendres et de vérité.

Il a raison. C’est une béquille. Et il vient de la briser.

Je regarde par la fenêtre. Le jour se lève, impitoyable, sur le paysage sauvage et captif qui entoure le manoir. Aucune échappatoire. Seulement la bataille à venir. Une bataille où je sens, avec une terreur et une excitation nauséeuse, que je pourrais bien vouloir perdre.

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