LOGINClara se réveilla dans une chambre d’une splendeur éteinte, après une nuit de sommeil hachée par l'anxiété. La veille, elle avait été conduite à cet endroit. L’air était frais, le silence absolu. Lucien avait agi avec une efficacité et une galanterie dénuées de toute tentative d'intimité, ce qui augmentait sa frustration et son désir. L'homme étrange était omniprésent dans ses pensées, défiant toute logique et toute prudence.
Elle passa le premier matin à tenter désespérément de contacter d’autres dépanneurs ou taxis. L'absence de réseau était tenace, comme si la nature elle-même conspirait pour la maintenir captive. Lucien était absent, laissant la maison aux bons soins de Marius et de la domestique. Cherchant un moyen de canaliser son hyper-vigilance, Clara se rendit dans le petit bureau attenant à sa chambre, espérant y trouver une simple feuille de papier. Au lieu de cela, sur le grand secrétaire antique, elle découvrit une installation qui la laissa bouche bée. Une toile vierge trônait sur un chevalet. À côté, un assortiment précis de tubes d'acrylique : rouge de cadmium, bleu outremer, bleu de Prusse et Céruléen, le tout encadré de noir et de blanc. Des pinceaux fins étaient soigneusement alignés. C'était l'exact reflet de ses loisir et de son style : le nécessaire pour peindre des sujets en noir, blanc et gris, avec la possibilité d'intégrer des touches de rouge et de bleu. C'était stupéfiant. Pensée de Clara : Il a lu mes pensées ? C'est impossible. Comment a-t-il pu connaître mes couleurs, ma technique de couches fines ? Ce détail troublant renforça l'idée qu'il était bien plus qu'un homme riche. Clara se força à ignorer l'installation. Elle se concentra sur les enfants pour ne pas sombrer dans la panique. Elle trouva Ambre et Opale fascinées par la bibliothèque, feuilletant des ouvrages anciens. Jasper, lui, explorait le grand parc sous la surveillance discrète de Marius. Le valet exécutait ses ordres, mais ses regards froids vers Lucien étaient clairs : il désapprouvait cette incursion. En arpentant les jardins, Clara remarqua l'incroyable richesse de la flore. Elle, qui était incollable sur les plantes et leurs vertues medicinaless, identifiait sans peine des espèces rares, entretenues avec un soin maniaque. Elle s'arrêta un instant pour étudier un pied de valériane sauvage, cherchant dans le sol les signes d'une cultivation forcée, mais tout semblait naturel. Cette connaissance du monde végétal chez Lucien était un autre point d'interrogation. Quand Lucien réapparut en début d'après-midi, il n'était plus en costume, mais vêtu d'une chemise sombre, déboutonnée, qui lui donnait une allure plus dangereuse, plus accessible. Il entra dans le salon où Clara consultait des cartes routières, l'air sombre. « Vous cherchez à fuir, Clara, » constata-t-il, sans accusation, juste un fait. « Je cherche à reprendre le contrôle de ma vie, » rétorqua-t-elle. « Je ne suis pas une touriste, je suis en pleine migration professionnelle et familiale. » Lucien s'approcha lentement, son regard ne quittant jamais le sien. « Vous avez fui une vie insatisfaisante, Clara. L'Univers vous a offert trois jours de pause, de sécurité, pour vous concentrer sur vous. Pourquoi luttez-vous autant contre un luxe qui vous est offert sans condition ? » Elle sentit l'intensité du rapprochement. Son cœur s'accéléra. Elle repoussa l'image du matériel de peinture. « La condition, c'est vous, Monsieur de Laroche, » répondit-elle, sa voix plus rauque qu'elle ne l'aurait voulu. « Je ne fais pas confiance à ce que je ne comprends pas. Et je ne vous comprends pas. » Lucien eut un sourire lascif. « La compréhension est le tombeau du désir. Pourquoi vouloir tout décortiquer ? Pourquoi ne pas simplement ressentir ? » Il leva lentement la main. Pensée de Lucien : (Conflit intérieur) Sa peau est si chaude, son sang si vibrant. Je dois m'éloigner, avant que l'instinct ne prenne le dessus. Mais c'est elle. Elle est ma destinée. Je dois me contenter de briser sa résistance sans la toucher. Sans les toucher. Clara ferma les yeux, anticipant le contact. Elle voulait ce contact. Mais Lucien arrêta son geste à quelques millimètres de sa joue. « Vous êtes une femme de principes, de barrières, Clara Tour. Mais la flamme que j'ai vue dans vos yeux hier soir m'a dit que vous avez besoin de brûler. Et je suis prêt à être le bûcher. » Clara rouvrit les yeux, furieuse et excitée par cette tension inachevée. « Vous êtes arrogant et manipulateur ! » « Et vous, vous vous mentez à vous-même, » répliqua-t-il, un éclair de possessivité dans les saphirs. La soirée s'acheva sur une tension extrême, amplifiée par la proximité forcée lors du dîner. Les enfants, désormais plus à l'aise, posaient des questions sur le domaine à Lucien. Il répondait avec une douceur et une patience qui alarmaient Clara. Elle voyait la vulnérabilité de ses enfants face à son charme calculé. Plus tard, après avoir couché Jasper et s'être assurée que les jumelles lisaient, Clara se réfugia dans la cuisine, incapable de dormir. Lucien l'y rejoignit. « Vous ne trouvez pas le repos, » constata-t-il. « Je ne trouve pas la liberté, » corrigea-t-elle, cherchant à s'éloigner de lui. « La liberté est une illusion, Clara. Nous sommes tous enchaînés à nos désirs. » Il s'approcha d'elle dans la pénombre, plus vite qu'elle ne u le percevoir. Sa froideur était palpable, et son parfum métallique envahissait l'espace. « Laissez-moi tranquille ! » cria-t-elle, pressant ses mains contre sa poitrine pour se défendre de la force d'attraction. « Vous vous débattez contre la fatalité, » murmura-t-il, un souffle sur sa tempe. La dispute s'intensifia. La fureur de Clara, née de son impuissance et de la frustration de son désir refoulé, éclata. Elle lui reprocha son luxe insultant, son détachement du monde, sa froideur. Elle le traita de monstre égocentrique qui utilise les gens, en particulier ses enfants, pour la piéger. Lucien, piqué au vif par ces accusations qui touchaient à l'essence de son existence cachée, devint glacial. Il lui saisit le bras avec une force anormale qui la laissa pantelante. « Vous n'avez aucune idée de ce qu'est la solitude, Clara. Vous ne savez pas ce que je suis ! » « Je sais que je vous déteste ! » hurla-t-elle, ignorant la douleur de sa prise. Les voix, trop fortes, résonnèrent dans le silence de la maison. Soudain, un bruit de pas pressé retentit dans le couloir adjacent. Ambre apparut au seuil de la cuisine, les yeux écarquillés par la peur, Opale derrière elle, le visage livide. Lucien relâcha immédiatement le bras de Clara, comme si le contact des enfants l'avait brûlé. Il y eut un silence lourd, uniquement brisé par la respiration rapide de Clara. « Maman ! » s'exclama Ambre, non pas pour se plaindre, mais pour exprimer son choc. « Qu'est-ce qui se passe ? » Clara se précipita vers ses filles. « Rien, mes chéries, c'est fini. Allez dormir, c'était juste une… discussion animée. » « Non, ce n'est pas une discussion, » intervint Opale, la plus réservée, sa voix tremblante. Elle pointa du doigt Lucien, puis sa mère. « Vous étiez en colère, mais vous vous regardez bizarrement depuis hier. Ce n'est pas de la haine, Maman. On voit que tu l'aime bien ! » La remarque, simple et directe, faite par son enfant, frappa Clara de plein fouet. Les enfants, souvent plus lucides que les adultes, avaient décodé le conflit. Clara sentit son visage s'embraser. Elle n'avait pas réussi à dissimuler l'attraction. Elle baissa les yeux, incapable de contredire ses filles. Elle ne détestait pas Lucien. Elle avait peur de ce qu'il lui faisait ressentir. Lucien, observant la scène, laissa un rictus triomphant apparaître sur ses lèvres. L'intervention des jumelles était le meilleur des plaidoyers. Il s'inclina légèrement vers Ambre et Opale. « Votre mère est parfois obstinée, mes chères, » dit-il, avec une douceur calculée. « Elle a peur d'admettre la vérité. Je suis désolé de vous avoir effrayées. Maintenant, retournez dormir. » Clara les escorta rapidement, son esprit en désordre. Elle avait été démasquée. Elle se sentait nue. Quand elle revint dans la cuisine, Lucien était appuyé contre le comptoir, triomphant et pourtant fébrile. « Vos avocats ont parlé, » dit-il simplement. « Maintenant, la vérité. » Clara s'appuya contre le mur opposé, cherchant un ancrage. « C'est vrai. Vous m'attirez. Mais cela ne change rien. Vous êtes un monstre, et je suis une mère. » Lucien se redressa, faisant le premier pas délibéré. « Le monstre est enchaîné à son destin. Et ce destin, c'est vous. Venez, Clara. Vous ne dormirez pas ici. » Il lui tendit la main, l'invitant à quitter la cuisine. Clara, vaincue par l'épuisement de la résistance, ne put que lui emboîter le pas, laissant la cuisine éclairée derrière elle. Elle savait qu'elle se dirigeait vers la confrontation finale.L’appartement du quartier Saint-Cyprien sentait encore la peinture fraîche et le bois ciré, un contraste saisissant avec l'odeur de poussière séculaire et d'encens du manoir. Situé au deuxième étage d'un immeuble de briques roses typiquement toulousain, ce nouveau foyer offrait à Clara et ses enfants une lumière qu'ils n'avaient plus vue depuis longtemps. En ouvrant les grands volets de bois ce matin-là, Clara fut assaillie par l’effervescence du quartier : le tintement métallique du tramway sur l'avenue de la République, les éclats de voix des maraîchers du marché couvert et le parfum réconfortant des chocolatines sortant du four de la boulangerie voisine. Ici, la brique ne racontait pas des histoires de fantômes, mais battait au rythme d'une ville vivante. L'installation fut un tourbillon de cartons et de décisions hâtives. Pour Ambre et Opale, le changement était radical. À seize ans, passer du silence oppressant d'une tour isolée à l'agitation d'un quartier étudiant demandait u
Clara ne trouva point le repos cette nuit-là. Le mot « immortel » résonnait dans le silence sépulcral de la chambre, plus glacial encore que la pierre millénaire du manoir. Chaque craquement de la charpente lui semblait être un pas de Lucien s'approchant de sa porte. Elle ne pouvait exposer sa progéniture à une telle abyssale vérité, ni à la menace sourde qui semblait émaner des portraits dont les regards semblaient la suivre. À l'aube, alors que les premières lueurs d'un gris laiteux léchaient les vitraux et dessinaient des ombres distordues sur le tapis de laine, la décision s'imposa avec la force de l'évidence : la fuite. Elle se glissa hors de ses appartements, traversant les couloirs déserts avec la légèreté d'une ombre. L'air du manoir était chargé d'une odeur de cire ancienne et d'encens froid. Arrivée dans le vestibule imposant, elle rédigea à la hâte une unique missive sur le papier à en-tête du domaine, dont le grain épais résistait sous sa plume. Ce billet, elle le dest
Le soleil du second jour filtrait timidement à travers les lourds rideaux de velours. Clara se réveilla seule, un vide froid et intense à ses côtés. La ferveur violente du baiser était imprimée sur ses lèvres, une brûlure persistante qui contredisait le silence glacial du manoir. Elle se redressa, la tête légère, et constata l’absence de douleur ou de marques. Le danger, elle le sentait toujours là, non pas dans un bruit ou une odeur, mais dans l'intensité de son propre cœur. Elle avait dit : « Vous êtes à moi, Lucien. » Comment avait-elle pu dire cela à un homme qu’elle connaissait à peine, dont elle ne savait rien, sauf qu’il était magnifique, riche, et inexplicablement lié à elle ? Elle se sentait dans la confusion, le doute et la peur. En se préparant, elle remarqua sur sa table de nuit un plateau : café, fruits, et une unique rose noire. C’était un message muet, personnel, qui renforçait son désarroi. Il ne la laissait jamais seule, même dans son intimité. Elle déjeuna s
Alors qu'ils atteignaient le seuil du grand salon, la silhouette austère de Marius apparut subitement, barrant leur passage.« Maître, » dit le valet, sa voix basse et tendue. Il ignora Clara, mais l'urgence dans ses yeux était palpable. « Je vous prie de me laisser vous parler. Seul. »Lucien se raidit, un éclair d'irritation dans le regard. Il détestait cette rébellion, surtout devant Clara. « Ce n'est pas le moment, Marius. »« Si, Maître. Permettez-moi d'insister. Il s'agit d'une affaire des plus importante. 》.Ils se retirairent dans un bureau.《 Maître, elle a vu ce qu'elle n'aurait pas dû voir. Vous avez cédé à la fureur devant les enfants. Le risque que vous prenez est inacceptable. L'alliance de sang ne peut pas se faire avec des témoins ! Vous devez la renvoyer. La prudence est notre survie. » Marius s'inclina, un geste de respect forcé, mais son corps était inflexible.La révélation fut un électrochoc pour Clara.
Clara se réveilla dans une chambre d’une splendeur éteinte, après une nuit de sommeil hachée par l'anxiété. La veille, elle avait été conduite à cet endroit. L’air était frais, le silence absolu. Lucien avait agi avec une efficacité et une galanterie dénuées de toute tentative d'intimité, ce qui augmentait sa frustration et son désir. L'homme étrange était omniprésent dans ses pensées, défiant toute logique et toute prudence. Elle passa le premier matin à tenter désespérément de contacter d’autres dépanneurs ou taxis. L'absence de réseau était tenace, comme si la nature elle-même conspirait pour la maintenir captive. Lucien était absent, laissant la maison aux bons soins de Marius et de la domestique. Cherchant un moyen de canaliser son hyper-vigilance, Clara se rendit dans le petit bureau attenant à sa chambre, espérant y trouver une simple feuille de papier. Au lieu de cela, sur le grand secrétaire antique, elle découvrit une installation qui la laissa bouche bée. Une toi
L'entrée d'Ambre, Opale et Jasper dans la salle à manger suspendit le temps. Les trois enfants, encadrés par l'austère Marius, affichaient une prudence et une curiosité palpables. Les jumelles de seize ans, Ambre et Opale, avaient immédiatement passées au crible l'atmosphère, leurs regards vifs et intelligents balayant l'opulence figée de la pièce. Jasper, six ans, était plus subjugué par le silence étrange et les hauts plafonds.Clara se leva prestement, sa carapace maternelle reprenant le dessus sur l'attraction. Elle se précipita vers eux, ignorant le regard fixe de Lucien.« Mes amours ! Ça va ? Vous n'avez pas eu froid ? » Les questions fusèrent, sa voix redevenant celle d'une mère inquiète.Lucien intervint alors, sa voix douce et chaleureuse, dénuée de l'autorité qu'il avait utilisée contre Clara. Il se rapprocha des enfants, évitant le geste physique, s'imposant plutôt par sa stature et son charisme. La peur de les blesser se mêlait déjà à une a







