LOGINL'entrée d'Ambre, Opale et Jasper dans la salle à manger suspendit le temps. Les trois enfants, encadrés par l'austère Marius, affichaient une prudence et une curiosité palpables. Les jumelles de seize ans, Ambre et Opale, avaient immédiatement passées au crible l'atmosphère, leurs regards vifs et intelligents balayant l'opulence figée de la pièce. Jasper, six ans, était plus subjugué par le silence étrange et les hauts plafonds.
Clara se leva prestement, sa carapace maternelle reprenant le dessus sur l'attraction. Elle se précipita vers eux, ignorant le regard fixe de Lucien. « Mes amours ! Ça va ? Vous n'avez pas eu froid ? » Les questions fusèrent, sa voix redevenant celle d'une mère inquiète. Lucien intervint alors, sa voix douce et chaleureuse, dénuée de l'autorité qu'il avait utilisée contre Clara. Il se rapprocha des enfants, évitant le geste physique, s'imposant plutôt par sa stature et son charisme. La peur de les blesser se mêlait déjà à une affection inattendue, alimentant son conflit intérieur. « Bienvenue à vous. Je m’appelle Lucien de Laroche, et je suis ravi d'accueillir la famille de Clara, » dit-il, avec une déférence calculée. Il s'adressa directement à Jasper. « Mon jeune ami, tu as l’air d'avoir l’âme d'un aventurier. L'attente est longue et ennuyeuse. Peut-être qu'après la soupe, Marius pourra te montrer la bibliothèque ? » Jasper, l'ordinaire timidité envolée face à l'attention d'un adulte si impressionnant, hocha vivement la tête. C'était une manœuvre parfaite : Lucien venait d'apaiser Clara en traitant son fils avec considération et en offrant une échappatoire. Lucien invita les enfants à s'asseoir. Les jumelles s'installèrent avec une certaine réticence, mais la faim et le confort du fauteuil eurent raison de leur méfiance. Elles se mirent à manger la tourte, et Clara les observa, un nœud de tension se desserrant légèrement dans sa poitrine. Le repas fut un étrange mélange de silence opulent et de bruits domestiques. Les jumelles parlaient à voix basse. Jasper, rassuré par la soupe, interrogeait sa mère sur l'arrivée du dépanneur. C'est alors que le téléphone antique du salon sonna. La domestique sans expression répondit, puis revint vers Lucien. « C'était l'assistance, » annonça-t-elle, ignorant Clara. « Le véhicule de dépannage initialement prévu a eu un problème moteur. Le prochain technicien disponible est dans soixante-douze heures. » Le silence tomba lourdement. Clara blêmit. Soixante-douze heures ? Trois jours bloqués dans cette demeure silencieuse. « C'est impossible ! » s'exclama Clara, se levant si brusquement que sa chaise tomba avec fracas. Elle se tourna vers Lucien, l'accusant du regard. « Vous vous moquez de moi ? Trois jours ? Je dois absolument partir ! Je dois trouver une autre solution ! » Lucien, restant parfaitement calme, posa son verre. « Calmez-vous, Clara. C'est un contretemps malheureux, mais c'est la réalité de cette zone rurale. Je ne peux rien y changer. » Son ton était factuel, inattaquable. « Mais mes enfants, l'école, mon installation à Toulouse ! » La panique montait, l'impression d'être prise au piège était écrasante. « Et où iriez-vous ce soir ? L'hôtel le plus proche est à trente kilomètres. Fatiguée comme vous l'êtes, c'est imprudent, » répondit Lucien. Il se leva, sa posture imposante. « Vous et vos enfants resterez ici. Ce n'est pas une question d'hospitalité, c'est une nécessité de sécurité. » Marius, qui se tenait près du mur, toussa sèchement, une intervention non autorisée. Lucien le foudroya du regard. L'avertissement était clair : C'est dangereux, Maître. Vous compromettez notre existence. Lucien ignora le valet. « Il semble que vous soyez nos ôtes pour les prochaine soixante-douze heures. » La dernière phrase fut prononcée à voix basse, uniquement pour Clara. Elle entendit cette phrase et fut traversée par un frisson, moitié de rage, moitié de désir. L'idée de sa captivité, dans cette bulle de luxe et de mystère, était à la fois terrifiante et étrangement séduisante. Lucien ne la laissa pas répliquer. Il s'adressa aux enfants. « Mes chers invités, votre maman est fatiguée, mais vous devez savoir que vous êtes ici en sécurité pour les jours à venir. Ambre, Opale, vous trouverez des romans dans la bibliothèque. Jasper, Marius sera ravi de te montrer le parc. » Il avait pris la situation en main, désarmant Clara de toute tentative de fuite immédiate. Pensée de Lucien : (Conflit intérieur) Trois jours. C'est une éternité. Je ne devrais pas faire cela. Le risque est monumental. Mais elle m'est destinée, et l'idée de les voir ici, en sécurité, est une douceur que je n'ai pas connue depuis des siècles. Je dois me maîtriser. Je ne la toucherais pas. Clara, épuisée, accepta l'inévitable. « Bien. Mais demain matin, je me charge de l'organisation de notre départ. » Lucien inclina la tête, un sourire infime aux lèvres lui livrant ce précieux sentiment de contrôle pour la rassurer. « Entendu. Maintenant, je vais vous montrer vos chambres. »L’appartement du quartier Saint-Cyprien sentait encore la peinture fraîche et le bois ciré, un contraste saisissant avec l'odeur de poussière séculaire et d'encens du manoir. Situé au deuxième étage d'un immeuble de briques roses typiquement toulousain, ce nouveau foyer offrait à Clara et ses enfants une lumière qu'ils n'avaient plus vue depuis longtemps. En ouvrant les grands volets de bois ce matin-là, Clara fut assaillie par l’effervescence du quartier : le tintement métallique du tramway sur l'avenue de la République, les éclats de voix des maraîchers du marché couvert et le parfum réconfortant des chocolatines sortant du four de la boulangerie voisine. Ici, la brique ne racontait pas des histoires de fantômes, mais battait au rythme d'une ville vivante. L'installation fut un tourbillon de cartons et de décisions hâtives. Pour Ambre et Opale, le changement était radical. À seize ans, passer du silence oppressant d'une tour isolée à l'agitation d'un quartier étudiant demandait u
Clara ne trouva point le repos cette nuit-là. Le mot « immortel » résonnait dans le silence sépulcral de la chambre, plus glacial encore que la pierre millénaire du manoir. Chaque craquement de la charpente lui semblait être un pas de Lucien s'approchant de sa porte. Elle ne pouvait exposer sa progéniture à une telle abyssale vérité, ni à la menace sourde qui semblait émaner des portraits dont les regards semblaient la suivre. À l'aube, alors que les premières lueurs d'un gris laiteux léchaient les vitraux et dessinaient des ombres distordues sur le tapis de laine, la décision s'imposa avec la force de l'évidence : la fuite. Elle se glissa hors de ses appartements, traversant les couloirs déserts avec la légèreté d'une ombre. L'air du manoir était chargé d'une odeur de cire ancienne et d'encens froid. Arrivée dans le vestibule imposant, elle rédigea à la hâte une unique missive sur le papier à en-tête du domaine, dont le grain épais résistait sous sa plume. Ce billet, elle le dest
Le soleil du second jour filtrait timidement à travers les lourds rideaux de velours. Clara se réveilla seule, un vide froid et intense à ses côtés. La ferveur violente du baiser était imprimée sur ses lèvres, une brûlure persistante qui contredisait le silence glacial du manoir. Elle se redressa, la tête légère, et constata l’absence de douleur ou de marques. Le danger, elle le sentait toujours là, non pas dans un bruit ou une odeur, mais dans l'intensité de son propre cœur. Elle avait dit : « Vous êtes à moi, Lucien. » Comment avait-elle pu dire cela à un homme qu’elle connaissait à peine, dont elle ne savait rien, sauf qu’il était magnifique, riche, et inexplicablement lié à elle ? Elle se sentait dans la confusion, le doute et la peur. En se préparant, elle remarqua sur sa table de nuit un plateau : café, fruits, et une unique rose noire. C’était un message muet, personnel, qui renforçait son désarroi. Il ne la laissait jamais seule, même dans son intimité. Elle déjeuna s
Alors qu'ils atteignaient le seuil du grand salon, la silhouette austère de Marius apparut subitement, barrant leur passage.« Maître, » dit le valet, sa voix basse et tendue. Il ignora Clara, mais l'urgence dans ses yeux était palpable. « Je vous prie de me laisser vous parler. Seul. »Lucien se raidit, un éclair d'irritation dans le regard. Il détestait cette rébellion, surtout devant Clara. « Ce n'est pas le moment, Marius. »« Si, Maître. Permettez-moi d'insister. Il s'agit d'une affaire des plus importante. 》.Ils se retirairent dans un bureau.《 Maître, elle a vu ce qu'elle n'aurait pas dû voir. Vous avez cédé à la fureur devant les enfants. Le risque que vous prenez est inacceptable. L'alliance de sang ne peut pas se faire avec des témoins ! Vous devez la renvoyer. La prudence est notre survie. » Marius s'inclina, un geste de respect forcé, mais son corps était inflexible.La révélation fut un électrochoc pour Clara.
Clara se réveilla dans une chambre d’une splendeur éteinte, après une nuit de sommeil hachée par l'anxiété. La veille, elle avait été conduite à cet endroit. L’air était frais, le silence absolu. Lucien avait agi avec une efficacité et une galanterie dénuées de toute tentative d'intimité, ce qui augmentait sa frustration et son désir. L'homme étrange était omniprésent dans ses pensées, défiant toute logique et toute prudence. Elle passa le premier matin à tenter désespérément de contacter d’autres dépanneurs ou taxis. L'absence de réseau était tenace, comme si la nature elle-même conspirait pour la maintenir captive. Lucien était absent, laissant la maison aux bons soins de Marius et de la domestique. Cherchant un moyen de canaliser son hyper-vigilance, Clara se rendit dans le petit bureau attenant à sa chambre, espérant y trouver une simple feuille de papier. Au lieu de cela, sur le grand secrétaire antique, elle découvrit une installation qui la laissa bouche bée. Une toi
L'entrée d'Ambre, Opale et Jasper dans la salle à manger suspendit le temps. Les trois enfants, encadrés par l'austère Marius, affichaient une prudence et une curiosité palpables. Les jumelles de seize ans, Ambre et Opale, avaient immédiatement passées au crible l'atmosphère, leurs regards vifs et intelligents balayant l'opulence figée de la pièce. Jasper, six ans, était plus subjugué par le silence étrange et les hauts plafonds.Clara se leva prestement, sa carapace maternelle reprenant le dessus sur l'attraction. Elle se précipita vers eux, ignorant le regard fixe de Lucien.« Mes amours ! Ça va ? Vous n'avez pas eu froid ? » Les questions fusèrent, sa voix redevenant celle d'une mère inquiète.Lucien intervint alors, sa voix douce et chaleureuse, dénuée de l'autorité qu'il avait utilisée contre Clara. Il se rapprocha des enfants, évitant le geste physique, s'imposant plutôt par sa stature et son charisme. La peur de les blesser se mêlait déjà à une a







