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Chapitre 4 : La Captivité Douce et la Retard du Monde

Author: Amberi Belym
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-13 07:23:18

L'entrée d'Ambre, Opale et Jasper dans la salle à manger suspendit le temps. Les trois enfants, encadrés par l'austère Marius, affichaient une prudence et une curiosité palpables. Les jumelles de seize ans, Ambre et Opale, avaient immédiatement passées au crible l'atmosphère, leurs regards vifs et intelligents balayant l'opulence figée de la pièce. Jasper, six ans, était plus subjugué par le silence étrange et les hauts plafonds.

​Clara se leva prestement, sa carapace maternelle reprenant le dessus sur l'attraction. Elle se précipita vers eux, ignorant le regard fixe de Lucien.

​« Mes amours ! Ça va ? Vous n'avez pas eu froid ? » Les questions fusèrent, sa voix redevenant celle d'une mère inquiète.

​Lucien intervint alors, sa voix douce et chaleureuse, dénuée de l'autorité qu'il avait utilisée contre Clara. Il se rapprocha des enfants, évitant le geste physique, s'imposant plutôt par sa stature et son charisme. La peur de les blesser se mêlait déjà à une affection inattendue, alimentant son conflit intérieur.

​« Bienvenue à vous. Je m’appelle Lucien de Laroche, et je suis ravi d'accueillir la famille de Clara, » dit-il, avec une déférence calculée. Il s'adressa directement à Jasper. « Mon jeune ami, tu as l’air d'avoir l’âme d'un aventurier. L'attente est longue et ennuyeuse. Peut-être qu'après la soupe, Marius pourra te montrer la bibliothèque ? »

​Jasper, l'ordinaire timidité envolée face à l'attention d'un adulte si impressionnant, hocha vivement la tête.

C'était une manœuvre parfaite : Lucien venait d'apaiser Clara en traitant son fils avec considération et en offrant une échappatoire.

​Lucien invita les enfants à s'asseoir. Les jumelles s'installèrent avec une certaine réticence, mais la faim et le confort du fauteuil eurent raison de leur méfiance. Elles se mirent à manger la tourte, et Clara les observa, un nœud de tension se desserrant légèrement dans sa poitrine.

​Le repas fut un étrange mélange de silence opulent et de bruits domestiques. Les jumelles parlaient à voix basse. Jasper, rassuré par la soupe, interrogeait sa mère sur l'arrivée du dépanneur.

​C'est alors que le téléphone antique du salon sonna. La domestique sans expression répondit, puis revint vers Lucien.

​« C'était l'assistance, » annonça-t-elle, ignorant Clara. « Le véhicule de dépannage initialement prévu a eu un problème moteur. Le prochain technicien disponible est dans soixante-douze heures. »

​Le silence tomba lourdement. Clara blêmit. Soixante-douze heures ? Trois jours bloqués dans cette demeure silencieuse.

​« C'est impossible ! » s'exclama Clara, se levant si brusquement que sa chaise tomba avec fracas. Elle se tourna vers Lucien, l'accusant du regard. « Vous vous moquez de moi ? Trois jours ? Je dois absolument partir ! Je dois trouver une autre solution ! »

​Lucien, restant parfaitement calme, posa son verre. « Calmez-vous, Clara. C'est un contretemps malheureux, mais c'est la réalité de cette zone rurale. Je ne peux rien y changer. » Son ton était factuel, inattaquable.

​« Mais mes enfants, l'école, mon installation à Toulouse ! » La panique montait, l'impression d'être prise au piège était écrasante.

​« Et où iriez-vous ce soir ? L'hôtel le plus proche est à trente kilomètres. Fatiguée comme vous l'êtes, c'est imprudent, » répondit Lucien.

Il se leva, sa posture imposante. « Vous et vos enfants resterez ici. Ce n'est pas une question d'hospitalité, c'est une nécessité de sécurité. »

​Marius, qui se tenait près du mur, toussa sèchement, une intervention non autorisée.

Lucien le foudroya du regard. L'avertissement était clair : C'est dangereux, Maître. Vous compromettez notre existence.

​Lucien ignora le valet. « Il semble que vous soyez nos ôtes pour les prochaine soixante-douze heures. » La dernière phrase fut prononcée à voix basse, uniquement pour Clara.

​Elle entendit cette phrase et fut traversée par un frisson, moitié de rage, moitié de désir. L'idée de sa captivité, dans cette bulle de luxe et de mystère, était à la fois terrifiante et étrangement séduisante.

​Lucien ne la laissa pas répliquer. Il s'adressa aux enfants. « Mes chers invités, votre maman est fatiguée, mais vous devez savoir que vous êtes ici en sécurité pour les jours à venir. Ambre, Opale, vous trouverez des romans dans la bibliothèque. Jasper, Marius sera ravi de te montrer le parc. »

​Il avait pris la situation en main, désarmant Clara de toute tentative de fuite immédiate.

​Pensée de Lucien : (Conflit intérieur) Trois jours. C'est une éternité. Je ne devrais pas faire cela. Le risque est monumental. Mais elle m'est destinée, et l'idée de les voir ici, en sécurité, est une douceur que je n'ai pas connue depuis des siècles. Je dois me maîtriser. Je ne la toucherais pas.

​Clara, épuisée, accepta l'inévitable. « Bien. Mais demain matin, je me charge de l'organisation de notre départ. »

​Lucien inclina la tête, un sourire infime aux lèvres lui livrant ce précieux sentiment de contrôle pour la rassurer. « Entendu. Maintenant, je vais vous montrer vos chambres. »

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