Anouk L’encre de l’épigraphe a séché, laissant sur la page une noirceur mate qui semble absorber la lumière. « L’amour le plus pur est celui qui consent à sa propre dévoration. » Les mots me brûlent les yeux, plus confession qu’arme, soudain. Je reste assise, la plume encore à la main, le poids des vingt-cinq chapitres à mes pieds comme un corps étranger, né de moi.La frénésie est retombée. Dans son sillage, une lucidité glacée s’installe, et avec elle, une nécessité pratique, urgente. Les feuilles volantes, les pages éparses… c’est du désordre. C’est vulnérable. Dante pourrait les confisquer d’un geste, les réduire en boule, les brûler. Il le ferait peut-être, par pur caprice, pour voir l’étincelle mourir dans mes yeux. L’idée me tord les entrailles d’une terreur pire que toute menace physique.Mon livre doit exister hors de cette chambre. Il doit avoir une forme solide, numérique, indestructible. Une forme que je pourrais, d’un clic, envoyer dans le nébuleux monde extérieur, comme
Última actualización : 2025-12-14 Leer más