Cette table se souviendrait de lui. Il le savait. Il le sentait à chaque coup de rabot, à chaque passage de papier de verre, à chaque application d’huile. Elle porterait la trace de ses mains, de ses gestes, de ses heures de travail. Elle serait son chef-d’œuvre, même si personne ne le savait, même si personne ne le voyait, même si le client anonyme qui l’avait commandée ne saurait jamais combien d’âme il avait mis dans ce bois. La première semaine fut consacrée au dégrossissage. Le plateau de noyer, livré brut par le fournisseur de Haute-Saône, était une pièce massive de près de quatre mètres de long. Il fallut le débiter, le dégauchir, le raboter, le préparer à recevoir le travail de finition. Raphaël maniait la scie circulaire avec la précision d’un chirurgien, vérifiait chaque coupe au millimètre près, rectifiait le moindre écart avec une obstination presque maladive. Djibril et Kylian l’assistaient, lui passaient les outils, maintenaient les pièces, mais le travail de précision,
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