La chambre d’hôtel est un tombeau. Les rideaux, d’un beige défraîchi, filtrent une lumière grise qui écrase les ombres contre les murs. Anna est assise au bord du lit, les mains posées sur ses cuisses, le regard perdu dans les motifs fanés du papier peint. Elle n’a pas bougé depuis des heures. Le temps n’a plus de consistance. Il s’étire, se déchire, se replie sur lui-même. Elle respire à peine, comme si chaque inspiration risquait de faire s’effondrer ce qui reste d’elle. Le silence est si profond qu’elle entend son propre sang battre à ses tempes. Elle a fini par s’allonger, sans se déshabiller. La couverture rêche gratte sa joue. L’oreiller sent la poussière humide et le détergent bon marché. Elle fixe la tache au plafond, une auréole brune aux contours incertains, et se surprend à y chercher une forme, un visage, un signe. Il n’y a rien. Que le vide. Le même vide qui a avalé Christopher, Émilie, la maison, les vingt-trois années de sa vie. Le même vide qui
Last Updated : 2026-08-11 Read more