Isadora Au matin, je suis réveillée par la lumière grise qui filtre entre les rideaux. Je mets un moment à me souvenir de la date, de ce qui s'est passé, de ce que je suis devenue. Puis le souvenir me frappe, lourd et froid, comme une pierre : je suis mariée. Je suis la duchesse de Clairval. Et mon mari ne m'a pas touchée. Je reste couchée un long moment, sans bouger. Puis je me lève, et c'est en me baissant pour ramasser un soulier tombé de l'armoire que je vois le papier. Il est glissé sous la porte, entre le bois et le parquet, à moitié visible. Un rectangle de papier grisâtre, plié en quatre, sans enveloppe, sans sceau, sans adresse. Je le ramasse. Mes doigts sont froids. Le papier est ordinaire, un peu jauni, comme ceux que l'on utilise dans les cuisines pour envelopper les victuailles. Il n'a aucune marque, aucune odeur. Je le déplie. L'écriture me saute aux yeux : une écriture penchée, appliquée, d'une rég
Dernière mise à jour : 2026-09-03 Read More