Clémentine de Sicile
Une nouvelle crise m'avait frappée. Ma meilleure amie, Manon, m'a arraché le couteau des mains, le visage déformé par la colère.
« Tu comptes continuer ton cinéma encore longtemps ? Ce n'est pas parce que tu souffres de dépression que tu peux faire vivre un enfer à tout le monde ! Pas étonnant que Gabriel t'ait quittée ! »
Je suis restée pétrifiée.
Mais Manon, elle, semblait soulagée d'avoir enfin vidé son sac.
« J'aurais dû te le dire depuis longtemps. Aujourd'hui, Gabriel m'a spécialement demandé de rester avec toi. Il avait peur que tu viennes gâcher son mariage avec Juliette. »
Elle s'est plantée devant la porte, l'air convaincu d'être dans son bon droit.
« Écoute-moi bien. Même si tu te taillades les veines et que tu meurs ici aujourd'hui, ça ne te donne pas le droit de briser son couple ! Et alors, si Gabriel te doit quelque chose ? Après toutes ces années passées à s'occuper de toi, il a largement remboursé sa dette ! »
Ma mère est arrivée précipitamment pour prendre le relais de Manon, qui devait rejoindre le mariage en tant que demoiselle d'honneur.
Sa voix était presque suppliante.
« Sans Gabriel, notre famille n'aurait jamais tenu le coup toutes ces années. Aie un peu de cœur. Laisse-le enfin trouver le bonheur. »
Un sentiment d'absurdité m'a submergée.
Sur mon téléphone, les messages que Gabriel m'avait envoyés étaient toujours là.
« Mon amour, je pars à l'étranger consulter un spécialiste qui pourrait vraiment t'aider. Ne t'inquiète pas, je te promets que je trouverai un moyen de te guérir. »
« Quand tu iras mieux, on se mariera. »
Je me suis effondrée sur le sol.
Mes larmes tombaient en silence sur l'écran de mon téléphone.
Ce qu'ils ignoraient tous, c'était que j'avais un cancer. Et que depuis longtemps déjà, je ne voulais plus être un fardeau pour Gabriel.
J'ai levé les yeux vers ma mère et esquissé un sourire désespéré.
« D'accord. Je te le promets. Je vais laisser Gabriel partir. Je ne l'empêcherai pas d'être heureux. »