CŒUR EN RÉVOLTE
ARMAND
Les marais sont un être vivant. Il respire par la brume, son sang est l’eau noire et stagnante, ses os sont les racines tordues des saules. Aujourd’hui, il se prépare à se nourrir.
Nous les laissons s’enfoncer. Nous les observons, Julien et moi, dissimulés dans un enchevêtrement de branches et de lianes. Cinquante hommes, peut-être soixante. Ils avancent en formation serrée, maladroits, leurs bottes s’enfonçant profondément dans la tourbe. Je reconnais les couleurs de la maison de mon père. Et je vois, au centre, deux silhouettes que je hais plus que tout : le Comte, imposant et rageur, et Montbray, élégant même dans cet enfer, son visage un masque de mépris.
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