Aimer Sans Nom
Son corps était là, dans ce jardin, appuyé contre ce mur, mais son esprit était ailleurs, trente ans en arrière, dans un atelier de mécanique qui n’existait plus.
Il revoyait tout. L’odeur de l’huile de vidange et de la limaille de fer. Le bruit des clés à molette sur les établis. La radio qui grésillait dans un coin, branchée sur une station qui passait de vieux morceaux de jazz. Et Armand. Armand Fortier, debout près du pont élévateur, les manches retroussées, les mains dans le cambouis, ce sourire éclatant qui n’appartenait qu’à lui. Ce sourire qu’il avait aimé comme on aime un frère.