5

Au coeur du ranch...

— Que faites-vous ? Demanda Dallan lorsque Cunégonde se leva de son siège pour ramasser les assiettes.

— Vous aviez fait la cuisine alors c'est à moi de faire la vaisselle, vous ne croyez pas ?

Elle se dirigea vers la cuisine et posa les assiettes dans l'évier.

— Non laissez ça et aller dormir. Je vais m'en charger, dit-il en lui reprenant l'éponge.

— Mais...

— Allez dormir, il se fait tard, insista-t-il durement.

La jeune femme ne se fit pas prier une troisième fois et quitta la cuisine après lui avoir souhaité une bonne nuit. Il l'observait s'éloigner tandis qu'une lueur de tristesse planait dans son regard. Et voilà maintenant qu'il éprouvait de la compassion pour cette étrangère, songea-t-il. Il avait du mal à encaisser ce qu'elle lui avait révélé une demi-heure. Elle avait besoin d'aide, au pis des cas, elle finirait pas mettre sa vie en péril. Les assiettes proprement lavées, il les rangea dans le placard et entreprit d'aller voir ses chevaux. Il saisissait son manteau, prit une lampe torche et sortit de la pièce. Une fois dans l'étable, il s'assurait que ses chevaux avaient de quoi se nourrir. Il brossa ensuite minutieusement son cheval préféré tout en se ressassant des vieux souvenirs. Octavia, sa sœur adorait également ce cheval. Il ne comptait plus le nombre de fois qu'elle avait fugué avec lui pour échapper aux innombrables corvées et aux sauts d'humeurs de leur mère. La dernière fois qu'elle avait pris Harold pour faire une balade, personne ne se doutait qu'on n'allait plus jamais la revoir, rire de ses bonnes blagues et manger ses délicieux haricots qu'elle savait si bien cuisiner. Il s'était toujours voulu de la mort de sa sœur. Il n'aurait jamais dû avoir cette dispute avec elle, cette dispute ridicule qui lui avait coûté la vie. En se promenant dans les bois, elle n'avait pas réalisé qu'elle se trouvait sur le champ de vision de plusieurs chasseurs. Elle avait reçu une balle dans la poitrine. Harold était tellement effrayé qu'il s'était affolé. Octavia avait perdu le contrôle du cheval et sa chute brutale lui avait causé la mort. Depuis ce fameux jour, il n'était plus devenir le même. La mort de sa sœur n'avait cessé de peser sur sa conscience et cela le rendait si malheureux. Il aurait dû être là.

Il referma ensuite l'enclos et regagna l'intérieur de sa maison. Après s'être déchaussé il grimpa les escaliers et arpentait le couloir quand il entendit la jeune femme criée. En proie à la panique, il courut vers sa chambre. Il la trouva toute en sueur dans le lit tandis qu'elle marmonnait des phrases à peine audibles. Elle faisait un cauchemar.

— Cunégonde ! S'écria-t-il en la rejoignant dans le lit.

Il la réveilla puis s'approcha plus près d'elle pour l'enserrer dans ses bras. Le corps tremblant, elle se blottit fortement contre lui et cherchait désespérément à maîtriser le rythme cardiaque de son cœur.

— Chut ! C'est bon, je suis là. Ce n'était qu'un mauvais rêve, chuchota-t-il tendrement en caressant sa chevelure.

— Non... Ça à l'air réel... Putain il était réel, balbutia-t-elle en sanglot. Il... Il tenait une hache... Il s'apprêtait à me...

— Ce n'était qu'un mauvais rêve et je suis là, répéta-t-il. Je vous promets qu'il ne vous arrivera rien de mal. Je vous protégerai.

Les paroles rassurantes de Dallan Calma la jeune femme. Elle le serra plus davantage comme si elle voulait qu'il ne la lâche pas. Dallan alluma la lampe de chevet et essayait de se retirer d'elle quand elle l'attrapa sa chemise. Alors qu'elle le regardait avec ses yeux terrifiés elle le retenait encore plus pour qu'il ne bouge pas.

— Vous n'allez tout de même pas me laisser seule, s'écria-t-elle d'une voix étranglée.

— Je voulais juste refermer les fenêtres. Maintenant lâchez-moi.

La jeune femme rassurée le lâcha et l'observait fermer les fenêtres. Il s'assit ensuite sur l'un des canapés sans la quitter des yeux.

— Je vais rester jusqu'à ce que vous vous endormiez. D'accord ?

Elle hocha timidement la tête et se recoucha.

— Et si vous restez toute la nuit avec moi ? Demanda-t-elle craignant qu'il refuse.

— Ah ça non ! Je déteste dormir pas terre encore moins sur un canapé.

— Mais qui a dit que vous dormirez par terre ? S'enquit-elle en se redressant. Le lit est assez grand pour deux. Je vous en prie dormez près de moi. Juste pour cette nuit ? Supplia-t-elle en faisant les yeux doux.

Dallan la fixa interdit. Et il ne manquait plus que ça. Dormir dans le même lit qu'elle.

— Non mais je rêve là. Vous n'aviez pas trouvé mieux ? S'enquit-il en haussant les sourcils ?

— Quoi ? Fit-elle en fronçant les sourcils.

— Je vous observe depuis que vous vous hébergez chez moi, dit-il en poussant un rire moqueur.

— Où voulez-vous en venir ? S'enquit-elle en plissant le front.

— La façon dont vous me regardez en dit beaucoup trop. Et prétendre faire un cauchemar juste pour que je dorme avec vous est vraiment trop tordue de votre part.

Dépassez par les mots de Dallan aucun son ne pouvait sortir de la bouche de la jeune femme. La bouche entrouverte, les yeux plissés, elle le regardait avec une insolence et retenait son envie de lui coller une gifle.

— Vous... Vous êtes vraiment écœurant. Allez-vous-en ! S'extasia-t-elle en pointant du doigt la porte.

— Très bien. J'espère vraiment que vous allez réellement faire un cauchemar cette-fois ci.

Il s'éclipsa de la chambre en se retenant de rire. Furieuse, elle s'en prend à l'oreiller qu'elle balança au sol.

— Crétin, murmura-t-elle en se recouchant.

**

— Vous pouvez vous débrouiller sans moi. Vous l'avez toujours fait d'ailleurs alors pourquoi maintenant ? Non, c'est impossible. Je ne peux pas quitter le ranch. Si quelque chose me retient ? Mais évidemment. Je ne peux en aucun cas m'absenter pour deux semaines. Qui va s'occuper des chevaux ? Écoute maman. Vous allez trouver une solution comme toujours. Je dois raccrocher. À plus je t'aime.

Il raccrocha puis se retourna en croisant le regard de la jeune femme.

— Bonjour. Vous aviez bien dormi ? Demanda-t-il.

Cunégonde ignora sa question et boita

jusqu'à la cuisine. Nullement étonné par son comportement, il posa le téléphone sur la table basse. Cunégonde refait surface dans le salon avec un verre d'eau et s'assit sur l'un des Sofas sans même daigner le regarder.

— voici le téléphone portable déclara-t-il en le montrant du doigt. Vous pouvez passer un appel.

Cunégonde ne dit rien et se contentait de vider son verre d'eau.

— Bon écoutez. Je comprends que vous soyez fâchée contre moi, mais est-ce vraiment nécessaire de m'ignorer quand je vous parle ?

Les yeux rivés sur le verre qu'elle tenait, Cunégonde fit mine de ne rien entendre, ce qui agaça Dallan.

— Pourriez-vous me regarder quand je vous parle ?

Cunégonde sursauta et laissa tomber le verre qui se brisa au sol quand elle entendit quelqu'un frapper à la porte. Elle dévia son regard vers la porte d'entrée et resta figée.

— Vous n'allez toujours pas paniquer quand quelqu'un frappera à ma porte quand même.

Il poussa un soupir et s'avança pour aller ouvrir.

— Non, attendez ! Cria-t-elle. Il se peut que ça soit lui, babillard t-elle en avalant péniblement sa salive.

— Je vous ai dit que je vous protégerai alors vous n'aviez pas avoir peur.

Cunégonde fit un effort sur elle-même pour maîtriser sa peur pendant que Dallan ouvrait la porte.

— Surprise !

Visiblement choqué, Dallan écarquilla les yeux ne s'attendant pas à revoir son ex-fiancée.

— Gay... Gaytana ? Marmonna-t-il en passant une main nerveuse dans sa chevelure.

Cunégonde qui avait entendu la voix d'une femme avait retrouvé le rythme de sa respiration.

— Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Je ne m'attendais pas à te revoir après... tant d'années.

— Tu comptes me laisser planter sur le pas de ta porte ?

— Entre !

Il s'effaça de l'entrée tandis que Gaytana pénétrait l'intérieur de la maison. Cunégonde se leva du sofa quand elle aperçut la femme en question. Cette dernière la dévisageait puis lança un regard surpris à Dallan.

— Tu ne m'as pas dit que tu t'étais marié, fit-elle avec une expression d'étonnement inscrite sur les traits de son visage.

— Ce n'est pas ma femme Gaytana.

— Oh... Alors qui est-ce ?

— Je m'appelle Cunégonde, intervint la jeune femme. Dallan m'héberge chez lui pour quelque temps.

— Vous vous...

— Qu'est-ce qui t'amène chez moi ? S'enquit-il pour la couper.

— Tu pourrais au moins me demander de m'asseoir. On dirait que tu n'es pas content de me revoir.

— Excuse-moi, mais je ne m'attendais pas du tout à cette visite de ta part. Assied toi, je vais te chercher à boire.

— Un café s'il te plaît.

— Sans lait et avec beaucoup de sucre, je suppose.

— Ravie que tu n'aies pas oublié comment j'aime mon café.

Il releva brièvement le coin de sa bouche pour afficher un sourire crispé avant de tourner les talons. Elle s'assit sur le canapé en esquissant un sourire à l'endroit de Cunégonde.

— Dallan et vous...

— Je ne suis pas sa petite amie si c'est ce que vous vous demandez, s'empressa-t-elle de dire pour mettre les choses au clair.

— Je vois. Que vous est-il arrivé au pied ? Demanda-t-elle lorsqu'elle remarqua le pansement sur le pied gauche de Cunégonde.

— Un accident. Je me suis cognée le pied.

— J'espère que vous n'aviez rien de cassé.

— Non, heureusement.

— Tant mieux.

Dallan revint d'une minute à l'autre avec deux tasses de café qu'il posa sur la table basse. Il en donna une à Gaytana qui le remercia. Cunégonde prit la seconde tasse sans oublier de lui jeter un regard noir.

— Bon je t'écoute, dit-il en prenant siège à côté de Cunégonde.

— On pourrait parler seul à seul s'il te plaît ?

Cunégonde s'apprêtait à se lever quand Dallan la força à reposer ses fesses.

— Non, tu peux tout me dire en sa présence.

Elle hésita un moment avant de résigner à le faire en présence de cette femme.

— Mon équipe et moi voulions tourner un film. Ce film promet de cartonner. Pour ce fait, nous aurions besoin de ton ranch pour le réaliser. Il s'agit d'un film ayant pour thème '' les chevaux ''. Ce serait plus favorable pour nous si tu acceptais.

— Tu n'es pas sérieuse j'espère. Avec tous les ranches qui existent au monde il a fallu que tu choisisses le mien ?

— En fait nous avions décidé de le réaliser ici et vu qu'il existe qu'un seul ranch dans les environs..

— Désolé, mais je ne peux pas accepter.

— J'étais sûr que tu refuserais.

— Alors pourquoi avoir perdu ton temps ?

— Je comptais te faire changer d'avis au cas où.

— Te rappelles-tu que j'ai fui la ville pour m'éloigner du monde, de la civilisation juste pour avoir de la tranquillité ? Et maintenant tu débarques chez moi avec l'intention d'encombrer mon ranch.

— Juste pour deux mois Dallan. Nous n'en demandons pas plus.

— Mes chevaux ne supporteront pas tout ce monde, puisque le tournage impliquera plusieurs personnes. En plus ils ne sont pas dressés pour tourner des films je te signale alors tu peux faire une croix sur mon ranch.

— Je commence à me demander si c'est vraiment les chevaux le problème, s'indigna-t-elle

— Qu'insinues-tu ? S'enquiert-il en haussant vivement ses sourcils.

— Tu n'as jamais encaisser le fait que j'ai rompu nos fiançailles pour me concentrer uniquement sur le cinéma. Serais-tu en train de te venger en refusant ce que je te demande ? Oui ça te fait plaisir hein de me voir te supplier.

— Cela n'a absolument rien avoir avec le fait que t'ai renoncé à moi pour de la célébrité Gaytana. Je ne veux tout simplement pas avoir du monde dans mon ranch. Je vois bien que tu as terminé ton café. Alors si tu peux bien nous excuser. Nous attendons une visite.

Il alla ouvrir la porte tandis que Gaytana s'approcha de lui sous un air déçu.

— C'est moi le problème en fait, admit-elle. En venant ici j'avais cru que tu allais accepter ne serait-ce que pour...

— Je t'arrête toute suite Gaytana, l'interrompit-il. Je m'opposerais également si ça été une autre personne. De toute façon, je m'en fiche. Tu peux bien penser ce que tu veux. Bonne route à toi.

— Ça été un plaisir de te revoir, fit-elle avec un faible sourire. Merci quand même de m'avoir accordé un peu de ton temps.

Il referma la porte d'un bruit sec. Cunégonde le dévisageait minutieusement et perçu une lueur de satisfaction dans son regard.

— Quoi ? S'écria-t-il lorsqu'il remarqua que la jeune femme l'observait.

— Vous ne m'aviez pas dit que vous aviez été fiancé.

— Rien ne m'obligeait à vous le dire, non ? Fit-il d'une voix où perçait un ton glacial.

— En effet, murmura-t-elle.

Dans le but d'arrêter le flot de souvenirs qui ressurgissait dans sa tête dès le départ de Gaytana, il s'enferma dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Cunégonde poussa un soupir las et reprit son siège. Elle avait deviné que la visite de cette femme le tracassait au plus haut point et son attitude laissait à croire qu'il la désirait toujours. Elle l'avait remarqué dès le moment où il l'avait regardé dans les yeux lorsqu'il lui avait tendu la tasse de café. À ce moment-là elle avait ressenti une jalousie insensée. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? C'était cette question qu'elle s'était posée à ce moment-là Puisque d'habitude elle ne s'était jamais sentit attirer de cette façon par un homme. En effet, celui-ci faisait vibrer ses sens lorsqu'elle se trouvait plus près de lui.

Traversée par un douloureux élan de tristesse, elle saisit le téléphone portable posé sur la table et composa le numéro portable de la maison. Plus vite elle rentrera plus vite le désir qu'elle ressentait pour lui allait s'évaporer. À cette pensée son cœur se serra.

**

— Fait chier !

Cunégonde s'abaissa pour récupérer le téléphone portable du sol. Elle dardait un regard de déception sur le téléphone brisé qui ne lui servirait à rien à présent. Puis lorsqu'elle se rappelait qu'elle l'avait laissé tomber à cause de l'appréhension qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait entendu à nouveau quelqu'un frapper à la porte, elle reposa le téléphone portable sur la table et se leva du sofa pour prévenir Dallan quand ce dernier fit irruption dans le salon.

— Quel... quelqu'un à frapper à la porte, marmonna-t-elle d'une voix tremblante.

— Ça doit être le médecin, dit-il en adressant un regard rassurant à la jeune femme.

— Un médecin ?

— Oui, pour votre pied. Aviez-vous oublié ?

Il avança vers la porte et en même temps qu'il l'ouvrit, il reçut un violent coup sur le front et s'échoua au sol. Cunégonde s'écria puis eut du mal à respirer lorsque son agresseur entra dans la pièce. Elle écarquilla les yeux tandis qu'une grande peur la submergeait.

— Non ! Non ! Murmura-t-elle en secouant à plusieurs reprises la tête.

— Si ! Il m'a fallu bien du temps avant de me rendre compte que tu te trouvais ici.

Cunégonde morte de frayeur reculait lentement lorsqu'il s'approchait de lui.

— Tu vas regretter de m'avoir fait ce coup-là. Ça je peux te l'assurer.

— Ne vous approchez pas. Je vous défends de faire un pas de plus, s'extasia-t-elle en le pointant du doigt.

— Sinon quoi ? Te rends-tu compte de l'effort que j'ai dû fournir pour te retrouver ? Tu n'aurais jamais dû t'échapper. Quand j'y pense que cet imbécile m'a assuré que tu ne trouvais pas ici. Il mérite que je lui ...

— Ne le nui faite rien, je ... Je vous en supplie.

Ses paupières se brouillaient de larme, redoutant qu'il lui fasse plus de mal qu'il en avait déjà fait.

— On rentre, lança-t-il en invitant de la main la jeune femme à le suivre.

Cunégonde ne bougea pas. Elle secoua négativement la tête tout en reculant à petit pas. Agacé, il s'approcha d'elle d'un pas très vif. Cunégonde couru dans la pièce et avant même qu'elle regagne les escaliers, il l'attrapa par les cheveux. Elle lui ordonna de la lâcher tout en lui assénant des coups.

— Ça suffit !

— Lâchez-moi ! Cria-t-elle en couinant. Sale enfoiré !

— Je déteste quand tu me traites de cette façon, s'indigna-t-il en l'assommant d'une gifle.

À suivre...

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